(Québec) Après avoir prêté flanc à la critique, le gouvernement Legault jette du lest pour les aînés vivant en milieu d’hébergement comme les CHSLD et les résidences privées. Les mesures d’isolement seront moins strictes pour éviter les confinements à répétition provoqués par le variant Omicron. Il sera aussi permis d’accueillir 10 visiteurs et de partager un repas avec autant de convives. Des allègements salués par le milieu.

Mis à jour le 16 février
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

« J’aimerais ça qu’on arrête de faire de la surprudence. On fait très, très attention pour que nos personnes âgées ne réattrapent pas le virus, mais parfois, on est trop prudents par rapport à ces personnes », a lancé la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, qui est revenue mercredi d’un congé de maladie.

« Il faut apprendre à gérer le risque », a-t-elle ajouté, faisant écho aux propos du premier ministre du Québec, François Legault, qui a affirmé la semaine dernière que les Québécois devaient maintenant « apprendre à vivre avec le virus ».

Depuis les derniers jours, le gouvernement de la Coalition avenir Québec était par ailleurs critiqué pour ne pas avoir autorisé davantage d’assouplissements pour les aînés alors que l’« essentiel » des mesures sanitaires doivent être abandonnées d’ici le 14 mars. Les partis de l’opposition lui reprochaient d’avoir « encore oublié » les personnes âgées.

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) déplorait également les effets dévastateurs du « surconfinement » des personnes âgées en santé et triplement vaccinées. La ministre Blais s’est dite sensible à la situation vécue par les personnes âgées depuis le début de la pandémie.

Quand on vieillit, on a une urgence de vivre, et quand on perd des journées enfermés, bien ces jours-là nous semblent, je n’aime pas ce terme, mais je vais le dire entre guillemets, nous semblent “volés”.

Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants

La Santé publique a donné le feu vert à la révision des consignes d’isolement des cas et des contacts. Dorénavant, seul l’usager qui est déclaré positif à la COVID-19 sera isolé pendant 5 jours en résidence privée pour aîné (RPA), et 10 en CHSLD. Les aînés qui n’ont pas été en contact avec un cas positif n’auront plus à s’isoler ni à subir de tests de dépistage dans tous les milieux de vie.

L’isolement préventif sera exigé seulement pour les « contacts étroits », ce qui veut dire que la personne a été en « contact intime » pendant plus de 10 minutes et sans protection avec une personne déclarée positive. Dans ce cas, la personne devra s’isoler pendant 5 jours si elle est adéquatement vaccinée et 10 si elle ne l’est pas.

« On a redimensionné ça pour faire en sorte que ce soit plus simple, pour que ça corresponde à la réalité clinique et au risque de contagion avec l’Omicron », a illustré le directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau, qui a évoqué le « confinement cyclique » d’aînés « pendant de nombreuses journées ».

« Une autre étape »

Ces nouvelles directives entrent en vigueur immédiatement. Les dirigeants des CIUSSS et des CISSS ont été informés plus tôt, mercredi. Il faut préciser que l’on définit toujours une éclosion par l’apparition de deux cas reliés et plus. Elles devront être gérées localement selon la situation épidémiologique de l’endroit, a dit le DBoileau.

Les autorités québécoises se défendent d’avoir trop tardé avant de donner de l’air aux aînés. « Il est normal dans ces milieux, qui avaient expérimenté des risques beaucoup plus grands, il y a de cela quelques vagues, d’avoir voulu mettre l’accent sur la prudence pour éviter des situations difficiles », a indiqué le DBoileau.

On est capables aujourd’hui avec une solide assurance médicale de dire : “On peut passer à une autre étape.”

Le DLuc Boileau, directeur national de santé publique par intérim

Plus de visiteurs, retour des coiffeurs

Dès le 21 février, un résidant d’une RPA pourra accueillir jusqu’à 10 visiteurs dans une seule journée, et il sera possible de partager un repas avec autant de convives en respectant une distance minimale d’un mètre entre les tables. Ces consignes seront en vigueur une semaine plus tard dans les CHSLD, soit dès le 28 février.

Comme annoncé mardi, on laissera tomber le passeport vaccinal et le registre des visiteurs à l’entrée à compter du 14 mars. Les professionnels hors établissement comme les audioprothésistes, les récréologues, les zoothérapeutes et les coiffeurs sont également admis dans les différents milieux d’hébergement.

Le port du masque demeure en vigueur comme dans la population en général. « Le choix sera sans doute éventuellement individuel, a précisé le DBoileau. Dans les RPA et les CHSLD, on s’en va vers des recommandations plutôt que des obligations. » Il en sera probablement autrement pour le personnel soignant, a-t-il ajouté.

Assouplissements « nécessaires »

Selon le gériatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) le DQuoc Nguyen, ces nouveaux allègements étaient devenus nécessaires. « On sait que dans le cas de mesures de confinement, lorsqu’elles se prolongent, leurs effets délétères s’accumulent », explique-t-il.

Dans cette vague-ci, ça fait un petit bout que les gens sont confinés. Et surtout, je pense que si dans la société générale, on change de paradigme, c’est correct de faire pareil pour les aînés, tout en les protégeant.

Le DQuoc Nguyen, gériatre au CHUM

Le RQRA a salué l’annonce du gouvernement. « On a finalement été écoutés, on est heureux […]. Pour nous, la surprudence, c’est assez. On en a trop fait, on est ailleurs aujourd’hui », a indiqué son président-directeur général, Marc Fortin.

« Il était temps de permettre aux résidants et aux familles de reprendre une vie normale considérant le niveau de vaccination des résidants et du personnel », a quant à elle déclaré l’Association des établissements privés conventionnés. Même son de cloche du côté de l’Association des établissements de longue durée privés du Québec.

Avec la collaboration d’Henri Ouellette-Vézina, La Presse

Réactions des partis de l’opposition

On ne peut pas être contre une annonce qui assouplit les règles pour les aînés. Ma réaction, c’est que oui, c’est important, cette annonce, mais ça arrive très tard. Ça fait des semaines que les aînés sont isolés dans leur chambre. Ç’a pris des reportages, mes questions et celles de mes collègues pour que le gouvernement agisse.

Monique Sauvé, porte-parole du Parti libéral du Québec pour les aînés et les proches aidants

Le ministre Dubé a admis cette semaine qu’il n’y a pas vraiment de spécialiste en gérontologie sur la cellule de crise du gouvernement. Ça paraît. Par chance, des proches aidants ont sonné l’alarme, et on a pu réveiller le gouvernement, qui semblait avoir oublié les aînés dans la solitude de leur chambre. On va demeurer vigilants pour que les directives émises par le Ministère soient suivies.

Sol Zanetti, porte-parole de Québec solidaire pour les aînés

La CAQ agit encore une fois de façon réactive. Il aura fallu des dénonciations, la révélation de cas de maltraitance inadmissibles avant d’obtenir enfin un geste d’humanité pour les personnes vulnérables en hébergement. La CAQ a oublié les aînés trop longtemps sans tenir compte de leur santé mentale et de leur intégrité physique dans l’application des mesures sanitaires.

Joël Arseneau, chef parlementaire du Parti québécois

Une baisse marquée qui devrait se poursuivre

La baisse marquée du nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19 s’est poursuivie mercredi au Québec, passant officiellement sous la barre des 2000. Au total, 1995 patients (- 57) sont hospitalisés en lien avec le virus, dont 129 (- 3) aux soins intensifs. C’est il y a 40 jours, alors que la vague du variant Omicron entraînait une forte hausse du nombre d’hospitalisations au début du mois de janvier, que le Québec avait franchi le seuil symbolique des 2000 hospitalisations. Dans de nouvelles projections parues mercredi, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux prévoit d’ailleurs « une diminution du nombre de lits réguliers occupés par des patients COVID, pour atteindre environ 1500, soit au-dessus du niveau 3 défini par le ministère de la Santé et des Services sociaux ».

Henri Ouellette-Vézina, La Presse