Le contrôle aux frontières que le Canada a instauré pour combattre la pandémie de COVID-19 est l’un des plus sévères du monde industrialisé.

Publié le 11 février
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

En plus d’être un casse-tête pour les voyageurs étrangers et pour les Canadiens qui rentrent au pays, ces mesures de contrôle constituent un frein au tourisme et aux déplacements d’affaires. Et en cette période où la plupart des pays allègent leurs contraintes sanitaires, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander au gouvernement fédéral de se mettre à jour et d’assouplir des règles « décalées par rapport à la réalité ».

« Le Canada est le seul pays du G20 à avoir des mesures aussi strictes », affirme Manuela Goya, vice-présidente aux affaires publiques de Tourisme Montréal. « On est de plus en plus perçus comme un pays fermé. Et ça fait énormément de dégâts pour le tourisme d’affaires et le tourisme d’agrément. »

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, est du même avis.

« Ailleurs, dans le monde, les tests PCR, ça n’existe plus, signale-t-il. On est des dinosaures sur la planète ! La vraie décision qui est prise, pays par pays, c’est d’arrêter de demander des tests de dépistage de COVID-19 et d’exiger le passeport vaccinal. La Suisse, le Royaume-Uni et le Danemark ont déjà annoncé l’abandon des tests pour les voyageurs vaccinés. On veut que le gouvernement traite le voyage aérien comme il traite le voyage en train. »

Selon M. Leblanc, « le gouvernement fédéral est dans une torpeur décisionnelle ».

C’est comme si le Canada était dans une situation de “traumatisé” qui n’arrive pas à regarder d’une façon pragmatique l’évolution de la situation et à prendre les bonnes décisions. Il faut qu’on s’habitue à des mesures sanitaires différentes avec la vague Omicron.

Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Ce qui rend le Canada absolument unique, c’est qu’il exige que les passagers pleinement vaccinés, qui arrivent de surcroît avec en poche un test négatif, passent un autre test PCR à l’arrivée au pays.

Et surtout, la façon dont ce système est déployé indispose les gens. Les voyageurs, canadiens ou étrangers, à qui on fait passer le test doivent en effet s’isoler tant qu’ils n’ont pas reçu un résultat négatif. Or, pour des raisons mystérieuses, la divulgation de ce résultat, dans certains cas, peut prendre cinq jours, voire une semaine. Un délai étonnant quand on sait que des Québécois qui ont subi un tel test dans le réseau québécois de la santé ont reçu leur résultat le jour même ou le lendemain.

En Ontario, un groupe de médecins, de concert avec la Table ronde canadienne du voyage et du tourisme, demande aussi au gouvernement fédéral d’éliminer les restrictions qui s’appliquent aux voyages à l’étranger, dont les tests PCR.

« Le ridicule tue »

Claude Diwan, à la tête de l’entreprise québécoise de vêtements pour enfants Deux par Deux, a vécu l’expérience à son retour de voyage, au début du mois.

Je suis vraiment outrée de voir qu’on gaspille des tests PCR sur des voyageurs qui viennent de se faire tester pour rentrer au Canada avec un test PCR négatif et qu’on en prive la population.

Claude Diwan, copropriétaire de Deux par Deux

« De plus, quand tu as un voyage à faire qui n’est pas un voyage de tourisme et que tu dois retrouver ton travail le plus vite possible, comment est-ce possible de nous coincer cinq ou six jours chez nous alors qu’on a trois doses de vaccin, un test PCR négatif remontant à moins de 48 heures et pas de symptômes ? C’est ridicule ! Tous les employés à qui j’ai parlé à l’aéroport étaient d’accord avec moi. »

Mme Diwan ajoute : « On n’a pas le droit de photographier l’installation à l’aéroport avec les tables et les 50 préposés qui font les tests. Oui, le ridicule tue. »

Tour d’horizon des mesures dans d’autres pays

États-Unis

Les États-Unis demandent une preuve de vaccination aux voyageurs adultes. À partir de 2 ans, il faut aussi présenter un résultat négatif à un test de dépistage datant au plus tard d’un jour avant le départ, si on arrive par avion. Un résultat à un test antigénique (rapide) est accepté.

Royaume-Uni

À compter du 11 février, les voyageurs pleinement vaccinés n’auront pas besoin de passer un test de dépistage pour se rendre en Angleterre. Seuls ceux qui ne sont pas vaccinés devront présenter un test négatif, effectué dans les deux jours précédant le voyage, et passer un autre test de dépistage à l’arrivée.

France

Les voyageurs entièrement vaccinés peuvent se rendre en France. Ils doivent avoir un résultat de test de dépistage de la COVID-19 négatif, PCR ou antigénique, effectué au maximum 48 heures avant le départ. Les enfants non vaccinés de 12 ans et plus doivent présenter un résultat de test négatif.

Italie

Pour entrer en Italie, les voyageurs doivent présenter un résultat de test négatif, PCR ou antigénique. Les personnes non vaccinées doivent s’isoler à domicile pendant cinq jours et fournir un test négatif à la fin de la période d’isolement.

Allemagne

En Allemagne, où un test négatif est exigé pour entrer au pays, PCR ou antigénique, les touristes provenant de zones classées à haut risque de COVID-19 ne sont pas les bienvenus. C’est le cas du Canada depuis le 1er janvier 2022. « Seuls les résidents de l’Union européenne et de l’espace Schengen, ainsi que les voyageurs en provenance de pays à faible risque désignés, devraient entrer en Allemagne pour des raisons touristiques ou non essentielles », précise-t-on.

Danemark

« Si vous êtes complètement vacciné ou avez déjà été infecté et que vous êtes en mesure de le documenter, par exemple avec un passeport vaccinal, vous pouvez entrer depuis tous les pays sans test ni auto-isolement », indique le gouvernement danois sur son site.

Australie et Nouvelle-Zélande

Après avoir fermé ses frontières depuis presque deux ans, l’Australie va les rouvrir le 21 février aux voyageurs pleinement vaccinés qui présentent un test de dépistage négatif, PCR ou antigénique, effectué au maximum 72 heures avant le départ. En Nouvelle-Zélande, les frontières sont toujours fermées et les déplacements non essentiels sont interdits.

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    Nombre de jours depuis que l’Agence de la santé publique du Canada a recommandé aux voyageurs d’éviter tout voyage non essentiel à l’étranger, peu importe leur statut vaccinal.
    GOUVERNEMENT DU CANADA