Les Québécois ont-ils été « dociles » durant la première année de la pandémie, marquée par la première vague, une accalmie durant l’été et la deuxième vague ? La réponse est oui. La moitié des Québécois ont suivi à la lettre les règles sanitaires, et une autre tranche de 40 % les a assez bien respectées.

Publié le 10 février
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

C’est la conclusion à laquelle est arrivée une équipe de l’Université Concordia, dont l’étude a été publiée dans la revue Psychology & Health.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Sasha MacNeil, candidate au doctorat en psychologie clinique à l’Université Concordia

« Nous voulions connaître les tendances liées au respect de la distanciation physique, explique l’étudiante Sasha MacNeil. Notre objectif était de découvrir si des différences entre les croyances de différents groupes sur la pandémie et la distanciation physique pouvaient expliquer le respect ou le non-respect des mesures sanitaires au fil du temps. »

Consultez l’étude (en anglais)

Pour mener leur étude, les auteurs ont examiné cinq directives de la Santé publique : réduire les contacts sociaux ; minimiser les courses non essentielles à l’extérieur ; éviter de recevoir des gens à la maison ; ne pas se rassembler ; maintenir une distance de deux mètres avec les autres. Ils ont aussi demandé aux gens dans quelle mesure ils respectaient la recommandation de s’isoler, au début de la deuxième vague, lorsqu’ils avaient des symptômes de la maladie.

Quatre trajectoires

L’étude a été menée en trois phases durant la première année de la pandémie, sur une période de huit mois. Pour ce faire, les auteurs ont recruté 1003 adultes représentatifs de la population du Québec en ce qui a trait à l’âge, au sexe et au lieu de résidence, rural ou urbain.

Les données ont été recueillies entre le 7 et le 15 avril 2020, au début de la pandémie, entre le 19 mai et le 7 juin, durant la baisse des infections, et entre le 28 septembre et le 18 octobre, lors de la deuxième vague.

Résultat ? Quatre trajectoires d’adhésion aux règles ont été identifiées : une trajectoire à forte adhésion, une autre à déclin lent, une trajectoire fluctuante et une dernière à déclin rapide.

Le premier groupe en importance est constitué des gens qui ont suivi à la lettre les règles sanitaires. Il représente 50 % des répondants. Le deuxième groupe, à « déclin lent », est formé de 32 % des répondants.

Chez [les répondants du deuxième groupe], l’observation des mesures sanitaires a décliné graduellement après une très forte observation au début de la pandémie. Ces participants ont toutefois assez bien respecté les mesures en général.

Extrait de l’étude de l’Université Concordia

Le groupe suivant, composé de 10 % des répondants à « observation fluctuante », a cessé de suivre les règles après la première vague et a recommencé à les suivre au début de la deuxième. Le dernier groupe, en majorité des jeunes, a rapidement cessé de suivre les règles.

Selon l’équipe de l’Université Concordia, les groupes qui respectaient moins les consignes partageaient certaines croyances : ils avaient une moins bonne perception de l’efficacité des mesures, trouvaient qu’il s’agissait d’un fardeau trop lourd dans leur quotidien et avaient un comportement prosocial moins grand.

« Une excellente nouvelle »

« Nos résultats étaient rassurants dans une certaine mesure, car, contrairement aux études précédentes qui faisaient état d’une baisse globale de l’adhésion à la distanciation physique au fil du temps, nous avons constaté qu’une majorité de personnes continuaient à suivre les consignes pendant la période d’étude », analyse Sasha MacNeil.

« C’est une excellente nouvelle, étant donné que ces comportements étaient primordiaux pour atténuer la propagation du virus avant l’accès aux vaccins, ajoute-t-elle. Nous avons également pu apporter plus de nuances sur les différentes trajectoires de non-adhésion aux règles et sur ce que les gens qui adhèrent moins aux mesures pensent de la pandémie et des règles de distanciation physique, et montrer comment ces croyances prédisent leur comportement. »

Autre constat : dans le futur, la Santé publique pourrait mettre l’accent sur l’importance de se soucier des autres pour favoriser l’adhésion aux consignes. « Nous ne pouvons pas changer l’âge de quelqu’un, mais nous pouvons aider les gens à accroître leur confiance dans leur capacité à suivre les règles, minimiser les obstacles qu’ils rencontrent et augmenter leur sentiment de solidarité envers les autres dans le contexte de la pandémie », souligne Sasha MacNeil.

En savoir plus

  • 8 %
    Pourcentage des répondants qui ont dit avoir rapidement cessé de respecter les règles sanitaires au début de la pandémie
    Source : Étude de l’Université Concordia