Deux millions. C’est le nombre minimal de Québécois qui ont contracté la COVID-19 depuis le début de la cinquième vague. S’il semble acquis que le plan de déconfinement annoncé mardi aura un « effet sur la transmission », la Santé publique a bon espoir de pouvoir contrôler la situation, au vu des nouvelles données.

Mis à jour le 10 février
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« La situation est sérieuse, elle est toujours fragile. Le risque existe toujours, mais il est calculé. Et tout le monde doit faire partie de l’équation. Il ne faut pas oublier que le virus circule encore beaucoup », a déclaré le directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau, en conférence de presse mercredi. Selon lui, le déconfinement pourra fonctionner parce que le Québec est nettement plus vacciné, mais aussi parce qu’il a été très infecté au cours des dernières semaines.

M. Boileau et ses équipes estiment « qu’au moins 1 million de personnes ont été en contact avec le virus et ont fait l’infection depuis le 31 décembre ». « Depuis le début de la cinquième vague, 2 millions de personnes ont eu la COVID-19. C’est beaucoup », a aussi fait valoir le DBoileau, qui calcule que le quart des Québécois ont donc contracté la maladie assez récemment.

Officiellement, le Québec a rapporté 440 000 cas depuis le début du mois de décembre.

Deux millions, c’est donc au moins quatre fois plus de Québécois infectés que ce que les données gouvernementales ont démontré.

En ajoutant les quatre dernières vagues, « on s’approche du seuil des 50 % » de Québécois infectés, « sinon même on y touche », a soulevé M. Boileau. « Malgré tout ça, ça demeure impératif d’aller chercher sa dose de rappel », a encore insisté le directeur national, rappelant que d’avoir la maladie permet néanmoins d’attendre entre 8 et 12 semaines avant de se faire vacciner.

Autant d’infections en quelques semaines, « ça nous permet d’avancer avec un peu plus de sécurité », a précisé le DBoileau, jugeant que si de nombreuses personnes ont eu la maladie, le risque devient « plus faible » qu’il y ait à nouveau une vague d’infections. « Ça a été une information importante pour nous aider à annoncer ce plan de déconfinement », a-t-il aussi avoué.

Ces 2 millions de cas pourraient être sous-estimés. « On pourrait même parler de 2,5 millions. Ça a été tellement gros comme vague. On n’est pas capables de tout mesurer, mais ce sont des calculs indirects qui nous amènent à annoncer qu’il y a vraiment autant de personnes [infectées] », a précisé le DBoileau, qui dit prendre les travailleurs de la santé comme « population repère » dans ses calculs.

« Le BA.2 est rentré au Québec »

Le nouveau variant BA.2, sous-lignée du variant Omicron, « est rentré au Québec », a aussi prévenu la Santé publique mercredi. L’expert clinique en appui à la gestion scientifique de la pandémie du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Jean Longtin, a précisé que le BA.2 serait « 30 % plus transmissible » que la souche originale d’Omicron. « La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas plus dangereux que l’Omicron standard », a-t-il indiqué.

M. Longtin espère avoir des données plus précises sur le BA.2 « sous peu ». Pour l’heure, l’Institut national de santé publique du Québec ne diffuse aucune donnée sur la prévalence de ce nouveau variant. « On sait à ce stade qu’il n’y a pas eu de seconde vague après le BA.1 dans les pays où le BA.2 est arrivé plus tardivement, donc c’est rassurant en termes de protection », a ajouté M. Longtin.

« On a calculé le BA.2 dans nos projections », a de son côté assuré le DBoileau, qui prévoit toujours conserver la distanciation physique, le port du masque et l’imposition du passeport vaccinal jusqu’à la mi-mars, minimalement. « On espère que non, mais on verra », s’est-il limité à dire lorsque questionné à savoir si le BA.2 pourrait bousculer cet échéancier préliminaire. Quant à l’état d’urgence sanitaire, « il a été nécessaire et l’est encore », a-t-il insisté.

Tendance à la baisse

Les 31 nouveaux morts rapportés mercredi portent à 35 par jour la moyenne quotidienne calculée sur une semaine. La tendance est ainsi en baisse de 25 % sur une période d’une semaine. On a observé une baisse de 32 hospitalisations. À ce jour, 2348 patients sont hospitalisés en lien avec la COVID-19, dont 171 se trouvent toujours aux soins intensifs, une baisse de 7 cas sur ce plan. Dans de nouvelles modélisations diffusées mercredi, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux prévoit d’ici deux semaines « une diminution du nombre de nouvelles hospitalisations, pour atteindre environ 90 par jour ». Côté vaccination, la campagne peine toujours à reprendre de la vitesse. Le Québec administre actuellement moins de 38 000 doses par jour.

Milieux de travail

Les autorités pourraient par ailleurs plancher sur des « assouplissements en milieu de travail » dès la semaine prochaine, de concert avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, a révélé la Dre Marie-France Raynault, conseillère médicale au ministère de la Santé et des Services sociaux. « On travaille sur des scénarios pour maximiser la présence des députés à l’Assemblée nationale et en commission parlementaire », a-t-elle aussi indiqué.