Une mesure qui aurait dû être prise depuis longtemps, selon des syndicats

Publié le 2 février
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Deux semaines après la rentrée scolaire en présentiel, le gouvernement du Québec ajoute 1000 échangeurs d’air pour les écoles afin de diminuer les risques de transmission de la COVID-19 en milieu scolaire. Les syndicats doutent que ce soit suffisant.

Depuis avril dernier, Québec a distribué 499 échangeurs d’air dans les quelque 52 000 classes sans ventilation mécanique1 ; 72 échangeurs d’air sont aussi en cours de livraison vers les écoles. Afin de répondre à la demande au cours des prochaines semaines, le gouvernement vient de commander 1000 autres échangeurs d’air, pour porter le total à 1500. Il a déjà reçu une partie de sa nouvelle commande.

Il n’y a « aucun enjeu de capacité de livraison » des échangeurs d’air, selon Caroline Imbeau, sous-ministre adjointe aux infrastructures au ministère de l’Éducation. Québec précise n’avoir refusé aucune demande de la part d’un centre de services scolaire ou d’une école privée. Ce sont eux qui peuvent demander un échangeur d’air à Québec, s’il y a une concentration de plus de 1500 ppm de CO2 dans une classe (moyenne pendant la journée d’école) même en ouvrant les fenêtres. Québec analyse ensuite chaque demande.

Les syndicats voient la situation différemment. Ils estiment qu’il y a une « dichotomie » entre la situation sur le terrain et le discours gouvernemental.

On veut nous faire croire qu’avec 56 % des écoles au Québec en mauvais état [selon un rapport de Québec], on aurait besoin de 500 ou de 1500 échangeurs d’air. J’ai passé l’âge de croire au père Noël.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente 50 000 enseignants et enseignantes

Selon les directives du ministère de l’Éducation, on essaie d’abord de trouver d’autres solutions avant de commander un échangeur d’air. Notamment d’ouvrir davantage les fenêtres de la classe afin de faire diminuer le taux de CO2 sous les 1500 ppm – le seuil « limite », selon Québec.

« L’échangeur d’air n’est pas une solution mur à mur, dit Caroline Imbeau. On recommande d’aérer la classe [en premier]. On analyse la situation [avec le centre de services scolaire]. Si l’établissement maintient sa position [qu’il veut un échangeur d’air], on lui en envoie un. »

Processus d’analyse « opaque »

Les syndicats – qui reconnaissent que c’est à la direction de l’établissement de prendre la décision – dénoncent le processus d’analyse « opaque ».

« Le prof dit qu’il y a [un problème], mais est-ce que ça se rend au centre de services ? On demande de connaître les résultats [de CO2] en temps réel pour qu’on soit capables de suivre la situation de beaucoup plus près », dit Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui représente 125 000 enseignants et employés en éducation. « On continue à voir des photos [de lecteurs de CO2] avec des seuils à 3000-4000 ppm », s’inquiète Sylvain Mallette, de la FAE.

Les deux syndicats estiment que les échangeurs d’air auraient dû être installés depuis longtemps, notamment l’été dernier.

Lecteurs de CO2

Selon Québec, la presque totalité (environ 98 %) des classes sans ventilation mécanique – le type de classe le plus problématique en matière de qualité de l’air – a maintenant un lecteur de CO2 fonctionnel et calibré.

En date du 31 janvier, 51 758 des 90 000 classes du Québec avaient un lecteur de CO2 fonctionnel, qui permet de vérifier la qualité de l’air. Il y aurait environ 52 000 classes (1870 écoles sur 3227) sans ventilation mécanique1.

D’ici la fin de février, il y aura un lecteur de CO2 dans chacune des 90 000 classes, même celles avec un système de ventilation mécanique.

Purificateurs d’air

En Ontario, il y a un purificateur d’air dans toutes les classes sans ventilation mécanique (70 000 purificateurs). Le Québec n’a pas suivi cette approche. La Santé publique du Québec a réitéré mardi qu’un purificateur d’air n’offre pas de « valeur ajoutée […] lorsque la ventilation est adéquate » dans une classe. « L’ouverture des fenêtres de façon intermittente permet un échange d’air et une ventilation adéquate dans la très grande majorité des cas », indique la Santé publique.

En pratique, il y a au moins un millier de purificateurs d’air dans les classes du Québec, principalement dans les commissions scolaires anglophones (1480 purificateurs pour les trois commissions scolaires de Montréal et de Laval) et des écoles privées. Certaines écoles privées ont aussi installé à leurs frais des échangeurs d’air sans attendre Québec.

Dans le réseau public, le Centre de services scolaire de Montréal a installé 20 purificateurs d’air. Un centre de services scolaire en Montérégie en a installé six dans des locaux où les fenêtres ne s’ouvraient pas, en attendant six échangeurs d’air commandés à Québec.

1. Il s’agit d’une estimation basée sur le fait que 58 % des écoles du Québec n’ont pas de ventilation mécanique. Québec ne connaît pas le nombre précis de classes sans ventilation mécanique.

En savoir plus

  • 5000 ppm
    COVID-19 ou pas, la CNESST estime que, pour des motifs généraux de santé, la concentration de CO2 dans l’air d’une pièce où on passe environ huit heures par jour ne doit pas dépasser ce seuil.
    source : INSPQ
    74 352
    Nombre de lecteurs de CO2 envoyés aux écoles en date du 31 janvier. Il s’agit de 82 % de l’objectif de 90 000 lecteurs.
    Source : Ministère de l’Éducation du Québec