La campagne de vaccination québécoise montre des signes d’essoufflement, le nombre de doses administrées quotidiennement diminuant depuis deux semaines.

Mis à jour le 2 février
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

La perception d’un faible risque lié au variant Omicron, combinée à un épuisement général, pourrait expliquer ce ralentissement, jugent des experts, selon qui un passeport vaccinal à trois doses pourrait aider à relancer les efforts.

« La réalité, c’est que la situation va beaucoup mieux depuis un moment, et on s’en va vers de meilleurs jours. Les gens se demandent donc probablement pourquoi ils feraient un effort, alors qu’en Europe, on lève tout plein de mesures. La vague la plus difficile est passée. Ça paraît », explique la Dre Marie-Pascale Pomey, spécialiste des politiques publiques à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM).

Elle soutient que de relancer la vaccination sera « très difficile, surtout chez les jeunes », qui tardent à venir chercher leur troisième dose, probablement parce qu’ils se sentent « peu concernés » par la nécessité de se protéger. Le Québec administre actuellement 70 000 doses en moyenne par jour, contre 105 000 à la mi-janvier. À ce jour, plus de 80 % des 60 ans et plus ont été triplement vaccinés, alors qu’à peine 23 % des jeunes de 18 à 29 ans ont reçu leur troisième dose.

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Aux yeux de la spécialiste, « il n’y a que l’élargissement du passeport vaccinal à trois doses qui fera bouger les choses à ce point-ci ». « À un moment donné, si on veut propulser les chiffres, il faut qu’il y ait un incitatif à la socialisation. Tout passera par le fait d’avoir accès à des activités, surtout chez les jeunes. En France, le passeport sanitaire est maintenant à trois doses depuis la mi-janvier, et quand ils l’ont fait, ça a propulsé l’effort de vaccination », rappelle-t-elle.

Sauf qu’au Québec, le gouvernement Legault n’a pas pour l’instant l’intention d’exiger trois doses pour le passeport vaccinal. « C’est trop tôt. On ne peut pas mettre de dates, parce qu’on ne sait pas quand les gens vont avoir eu l’occasion de l’obtenir, cette troisième dose », a répondu mardi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en point de presse. Il affirme que plusieurs « limitations » imposent à certaines personnes de patienter, dont le « fameux délai de huit semaines » entre chacune des doses.

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a néanmoins reconnu peu après que le Québec « devrait élargir » le passeport vaccinal à plus d’établissements. « Ça pourrait être tous les commerces », a-t-il dit, en parlant « d’un outil qui va probablement demeurer pour longtemps ».

Un jeu « risqué »

Pour Alain Lamarre, professeur et chercheur spécialisé en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), la perception du variant Omicron comme étant « largement moins dangereux » joue probablement pour beaucoup dans le ralentissement de la vaccination.

« De plus en plus, les gens, et surtout les jeunes, voient moins l’urgence, car ils ne craignent plus de complications, et se disent que tout le monde va l’avoir, qu’on pourra donc passer à autre chose. Or, la réalité, c’est que c’est un jeu risqué quand même, sachant qu’on ne sait jamais vraiment sur qui va tomber le billet malchanceux », résume-t-il.

Si les personnes aux prises avec d’importants facteurs de risque sont en effet plus vulnérables, « il y a quand même des gens avec aucun facteur de risque qui se retrouvent à l’hôpital aussi ».

Selon moi, il y a encore d’autres facteurs qu’on comprend mal. Et dans ce contexte, mieux vaut être très prudents, et aller chercher sa troisième dose, qui offre une protection nettement plus adéquate.

Alain Lamarre, professeur et chercheur spécialisé en immunologie et en virologie à l’INRS

« Je comprends qu’en voyant tout le monde déconfiner un peu partout dans le monde, on ait envie de se dire : ce n’est plus grave, la COVID, et il n’y a plus besoin de se faire vacciner. Mais c’est beaucoup plus compliqué que ça », insiste l’expert.

Mardi, François Legault, lui, a de nouveau dit vouloir « tendre la main » aux non-vaccinés. « Je comprends que dans une société comme la nôtre, la liberté, c’est un élément fondamental, mais la liberté des uns s’arrête là où commence la liberté des autres. Quand une personne se retrouve à l’hôpital avec la COVID, elle prend la place d’un autre patient qui attend pour une chirurgie. Il y a une question de solidarité. Ce n’est pas juste une décision personnelle », a-t-il martelé.

La situation au Québec en bref

Lundi, 52 345 doses supplémentaires ont été administrées, auxquelles s’ajoutent 1610 vaccins donnés avant le 31 janvier qui n’avaient pas encore été comptabilisés. Jusqu’ici, 86,1 % des Québécois ont une dose, 80,2 % en ont deux et 43 % ont maintenant trois doses.

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Les 63 nouveaux décès rapportés mardi portent la moyenne quotidienne à 50. La tendance est en baisse de 28 % sur une semaine. On a observé une nouvelle baisse de 36 hospitalisations. À ce jour, 2852 patients demeurent hospitalisés en lien avec le virus, dont 218 se trouvent toujours aux soins intensifs, une baisse de 5 cas. Ces 2852 personnes hospitalisées représentent une baisse de 13 % sur une semaine. La baisse est de 17 % aux soins intensifs.