Des aidants naturels non vaccinés, qui n’ont plus accès à leurs proches vulnérables hospitalisés ou hébergés en CHSLD, contestent devant les tribunaux la validité des mesures gouvernementales, qui ont des « conséquences dramatiques », selon eux.

Publié le 2 février
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

« Certaines personnes hébergées ont arrêté de se nourrir, envisagent de se laisser mourir ou deviennent suicidaires à cause de la solitude et de la perte de réconfort », a fait valoir mercredi l’avocate Natalia Manole, qui représente les proches aidants non vaccinés, devant un juge de la Cour supérieure au palais de justice de Montréal.

MManole a aussi cité des cas de personnes hébergées en CHSLD qui s’automutilent « à cause de la souffrance de ne pas pouvoir voir leurs proches aidants », ou qui ne peuvent plus marcher ni parler, faute de stimulation, en raison de la pénurie d’employés dans le réseau de la santé.

D’autres familles n’ont pas pu voir un parent avant sa mort, qui est survenue de façon imprévue, a souligné l’avocate, qui représente plus de 80 personnes âgées et proches aidants non vaccinés.

On a des patients qui sont décédés seuls et isolés.

Me Natalia Manole

Elle a déposé vendredi une injonction pour demander la suspension du décret gouvernemental qui interdit aux non-vaccinés de visiter une personne hospitalisée en CHSLD ou à l’hôpital. Auparavant, pendant quelques semaines, les proches aidants pouvaient présenter un test PCR négatif s’ils n’étaient pas vaccinés.

MManole a souligné qu’il était incongru que des travailleurs de la santé non vaccinés puissent s’occuper des malades, alors que les proches aidants qui ne sont pas vaccinés sont bannis.

Un dilemme pour le gouvernement

Le procureur qui représente le gouvernement dans cette cause, MFrançois-Alexandre Gagné, a de son côté soulevé le fait que le soutien offert par les aidants naturels, bien qu’ayant son importance, varie énormément d’un cas à l’autre.

« Mais ce serait se tromper de penser que chacun d’entre eux offre un service qui est nécessaire à la survie et à la vie », a-t-il dit.

De plus, le décret gouvernemental prévoit des exceptions de nature humanitaire au passeport vaccinal, a-t-il rappelé, notamment lorsqu’une personne est en fin de vie.

Ultimement, c’est au gouvernement de tracer la ligne de ce qui sera permis ou non en période de pandémie, a ajouté MGagné.

Le dilemme est là : agrandir l’accès aux personnes proches aidantes non vaccinées, [contre] prévenir un risque d’éclosion, une bête contre laquelle on se bat depuis le début et qu’on espère vaincre une bonne fois pour toutes.

MFrançois-Alexandre Gagné

Trouver un équilibre

Le juge Christian J. Brossard, qui prévoit rendre une décision dans les prochains jours sur la demande d’injonction, a lui aussi souligné qu’il devait trouver un équilibre. D’un côté, les personnes vulnérables doivent être protégées de la COVID-19, mais de l’autre côté, il faut aussi protéger leur droit à la sécurité et à la protection.

« Ce sont des personnes vulnérables qui ont besoin de leurs proches aidants pour leur santé physique, leur bien-être et leur santé psychologique », a-t-il noté.

Le juge a souligné qu’il se pencherait, dans sa décision, sur le droit des personnes vulnérables à recevoir du soutien de leurs proches, et non sur le droit des proches aidants à ne pas se faire vacciner.

« Les “proches aidés” sont des victimes de la situation, ils n’ont rien à voir avec la décision de leurs proches aidants de ne pas se faire vacciner », a-t-il précisé.