(Québec) Le premier ministre François Legault abandonne l’imposition d’une taxe ou d’une « contribution santé » aux non-vaccinés pour préserver la paix sociale, alors que l’« on voit la grogne grandir de jour en jour ».

Mis à jour le 1er février
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

Mardi, à l’occasion de la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, François Legault a affirmé que le projet de loi sur cette taxe modulée selon le revenu (d’un minimum de 100 à 200 $ jusqu’à un maximum de 800 $ à 1000 $ selon les plus récentes informations) est « prêt », mais qu’il ne sera pas déposé afin de « faire avancer le Québec dans un climat social serein ».

« Cette annonce-là », faite le 11 janvier, « est venue diviser les Québécois », a-t-il reconnu en conférence de presse, en compagnie du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, et du directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau. Le caucus caquiste lui-même était divisé sur la question, ce qui a été relevé lors d’une réunion à huis clos pour préparer la session parlementaire à la fin de la semaine dernière.

Il y a trois ou quatre semaines, on voulait évidemment mettre des incitatifs pour que plus de gens se fassent vacciner. Depuis trois semaines, la grogne est montée au Québec, et donc il faut tenir compte de ça.

François Legault, premier ministre du Québec

Il a également observé que les partis de l’opposition ont critiqué ce projet de taxe, en soulevant des enjeux d’éthique et d’équité. « Ça aurait amené un débat pas nécessairement constructif à l’Assemblée nationale », a-t-il soutenu. Son chef de cabinet, Martin Koskinen, disait pourtant sur les réseaux sociaux le 11 janvier que « le débat démocratique sur cette question va être passionnant », ajoutant que tout citoyen « a des droits, mais aussi des responsabilités ».

François Legault a fait valoir mardi que son rôle de premier ministre est à la fois d’assurer la sécurité de la population et de « protéger la paix sociale », de « rassembler les Québécois ».

« Quand on voit ce qui se passe dans notre société, et les médias sociaux, j’ai une inquiétude de voir les Québécois divisés », a-t-il déclaré. « La contribution santé aurait pu aider à être un incitatif pour certaines personnes » non vaccinées, mais dans la « balance » des avantages et des inconvénients, « c’est important de protéger la paix sociale et la cohésion sociale ».

Legault veut « tendre la main aux non-vaccinés »

De son côté, la Santé publique s’était gardée de prendre position formellement. Le DLuc Boileau avait refusé d’émettre une recommandation sur cette mesure, pendant que des directeurs régionaux avaient exprimé des critiques. « Il s’agit d’une mesure économique, et moi, je préfère ne pas commenter les mesures économiques. Ça ne relève pas de l’expertise de la Santé publique », expliquait le DBoileau.

Le gouvernement plaidait jusqu’à maintenant que l’imposition d’une taxe aux non-vaccinés avait pour objectif non seulement de les inciter à se retrousser la manche, mais de répondre à la grogne des personnes vaccinées.

Or, aujourd’hui, pour François Legault, « c’est le temps de rebâtir les ponts entre les Québécois ». Il a invité tout le monde à « mettre un peu d’eau dans son vin ». Pour convaincre les non-vaccinés de tendre le bras, il mise sur la méthode douce déployée depuis quelques jours par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant. « Je veux tendre la main aux non-vaccinés », a-t-il dit dans un changement de ton évident.

« Je comprends certaines personnes qui ne voient pas ça d’un bon œil de se faire vacciner, d’avoir un produit dans leur corps même si les experts sont à peu près unanimes [qu’]il n’y a à peu près pas d’effets secondaires. Des centaines de millions de doses ont été données dans le monde, et ça a été testé. »

Les chiffres sont très clairs : si vous n’êtes pas vaccinés, vous avez beaucoup plus de chances de vous retrouver à l’hôpital et de mourir de la COVID.

François Legault, premier ministre du Québec

Une personne non vaccinée à l’hôpital « prend la place d’un autre patient » ; donc sa décision n’est pas strictement « personnelle », il y a un enjeu de « solidarité », a ajouté le premier ministre.

Des opposants aux mesures sanitaires promettent de « jammer » Québec dès cette fin de semaine en organisant des convois comme ceux qui ont convergé vers Ottawa. Ils ont le droit de s’exprimer et de manifester, mais « ça doit être fait dans le respect, pas avec des symboles haineux. On espère que ça va se faire dans le respect », a réagi François Legault.

Autres assouplissements

Le premier ministre a confirmé la reprise des activités sportives et artistiques pour les adultes, jusqu’à un maximum de 25 personnes par groupe, tout comme la réouverture des gyms et des spas, à 50 % de leur capacité, le 14 février. « On doit faire un pas de ce côté-là », afin de contribuer à la « santé mentale » des Québécois qui sont « tannés » de cette pandémie, a-t-il expliqué.

« Ce qu’on espère, c’est d’être capables d’annoncer d’autres assouplissements dans les prochaines semaines, mais en même temps, on ne peut pas faire de miracles. Vous voyez comme moi la situation dans nos hôpitaux, on ne peut pas prendre trop de risques. Il faut penser aux employés [et] à tous les Québécois qui attendent pour une chirurgie qui [a été] reportée. »

Il a réitéré qu’une hausse du taux de vaccination permettrait « d’accélérer le déconfinement ». C’est insuffisant que seulement 61 % des adultes aient reçu une troisième dose, a-t-il souligné.

Réactions des partis de l’opposition à l’abandon de la taxe santé

Le passeport vaccinal devrait être élargi, pense Fitzgibbon

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, pense « qu’on devrait élargir » l’utilisation du passeport vaccinal à un plus grand nombre de commerces afin d’encourager la vaccination contre la COVID-19. « Le passeport vaccinal, je pense qu’on devrait l’élargir. Ce qu’on veut, c’est de trouver des façons d’encourager la vaccination. Le passeport vaccinal, c’est moins coercitif selon moi qu’une taxe aux non-vaccinés », a-t-il dit mardi en réaction à l’abandon du projet d’imposer une contribution santé aux Québécois non vaccinés. Selon le ministre, le passeport vaccinal est « un outil qui va probablement demeurer pour longtemps » et le gouvernement pourrait étudier la possibilité de l’imposer dans « tous les commerces ».

Hugo Pilon-Larose, La Presse

Une mêlée de presse du Dr Boileau sème la confusion

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le DLuc Boileau, directeur national de santé publique par intérim

Les minutes qui précèdent la période des questions sont le théâtre de frénétiques mêlées de presse à l’Assemblée nationale. L’une d’elles a créé une certaine confusion, mardi, alors que le directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau, s’est présenté après son point de presse dans le corridor où les correspondants parlementaires sont rassemblés. Alors qu’il était questionné au sujet de la dose de rappel du vaccin contre la COVID-19, l’attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Marjaurie Côté-Boileau – qui est aussi la fille du DBoileau –, s’est précipitée pour interrompre son père. Elle l’a invité à quitter le corridor pour retourner au bureau du premier ministre. Le nouveau directeur national de santé publique, qui se dit indépendant des cabinets politiques depuis sa nomination, n’a pas écouté cette recommandation et a répondu aux questions. En temps normal, Mme Côté-Boileau n’anime pas les points de presse et les évènements médiatiques impliquant son père. Le DBoileau s’est défendu devant les journalistes d’avoir changé de position au sujet du délai de la troisième dose pour les personnes doublement vaccinées ayant contracté la COVID-19.

Hugo Pilon-Larose, La Presse