Le Paxlovid de Pfizer, qui vient d’être approuvé au Canada, est le plus efficace des traitements actuels contre la COVID-19, selon une nouvelle étude montréalaise. Mais il n’est pas le moins coûteux. Analyse des traitements offerts et de leur efficacité.

Publié le 29 janvier
Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

« Avec le Paxlovid, on doit traiter 24 patients pour éviter une hospitalisation », explique Todd Lee, interniste à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill. Il est l’auteur principal d’une étude publiée le 19 janvier dans la revue Open Forum Infectious Diseases. « Avec la fluvoxamine, on doit traiter 80 patients, mais le coût est 10 fois moins élevé. »

Pour un patient, prendre du Paxlovid réduit le risque d’hospitalisation davantage que la fluvoxamine, un antidépresseur générique. Les essais cliniques sur la fluvoxamine ne sont pas terminés, mais sont néanmoins prometteurs, nuance le DLee. Le CUSM participait au départ aux essais cliniques de la fluvoxamine pour prévenir l’hospitalisation chez les patients atteints de la COVID-19, mais a dû interrompre sa participation en raison de problèmes de recrutement. « L’Ontario a inclus la fluvoxamine dans ses recommandations de traitement, mais on en saura plus sur l’efficacité réelle avec d’autres études en cours, dit le DLee. De manière générale, les études publiées avec les médicaments à donner en consultation externe portent sur des non-vaccinés. On fait l’analogie pour les vaccinés, sans données d’essai randomisé. »

Coût élevé

Gros hic : le Paxlovid coûte 12 720 $ par hospitalisation évitée, contre 1122 $ pour la fluvoxamine. Le molnupiravir, un antiviral semblable au Paxlovid – mais développé par Merck – nécessite quant à lui 50 patients traités pour éviter une hospitalisation, pour un coût de 35 000 $ par hospitalisation évitée. Le molnupiravir est autorisé aux États-Unis, mais pas encore au Canada.

Pourquoi ne pas calculer le coût par décès évité ? « Les études utilisent l’hospitalisation, parce que sinon, il faudrait beaucoup trop de participants dans les essais cliniques, explique le DLee. En général, le risque d’hospitalisation reflète assez bien le risque de décès. »

L’analyse du DLee postule un taux d’hospitalisation de 5 % parmi tous les patients infectés. Détail important, l’analyse dépend des indications de traitement utilisées dans les essais cliniques.

Si on réserve le Paxlovid aux personnes les plus à risque, le nombre de patients à traiter pour éviter une hospitalisation sera moins élevé.

Le DTodd Lee, interniste à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill

Les essais cliniques de Pfizer sur le Paxlovid portaient sur des patients ayant au moins un facteur de risque de COVID-19 grave, par exemple l’obésité, l’âge ou une cardiopathie. Mais au Québec, pour le moment, seuls les immunosupprimés graves peuvent en recevoir.

L’étude se penche également sur la colchicine, un anti-inflammatoire générique qui a suscité beaucoup d’espoirs en 2020, avant d’obtenir des résultats décevants dans une étude clinique pilotée par l’Institut de cardiologie de Montréal. Pour éviter une hospitalisation avec la colchicine, il faut traiter 91 patients à un coût de 3333 $, selon l’étude du DLee, qui précise que les résultats avec la colchicine ne sont pas statistiquement significatifs.

Anticorps monoclonaux

Les anticorps monoclonaux et le Remdesivir, deux traitements peu utilisés au Canada, sont les plus coûteux, avec des coûts par hospitalisation évitée dépassant 50 000 $. Par contre, ils sont relativement efficaces, avec moins de 30 patients traités par hospitalisation évitée. Le Remdesivir a connu une certaine renommée parce qu’il a été utilisé pour traiter Donald Trump, alors président des États-Unis, en octobre 2020.

Les anticorps monoclonaux sont des médicaments qui font l’objet d’une intense campagne de l’Association canadienne de santé communautaire, organisme fondé par l’homme d’affaires montréalais Samuel Herzog. Aux États-Unis, les anticorps monoclonaux, qui doivent être donnés par transfusion dans les premiers jours après l’apparition des symptômes, sont dans certains États administrés par des ambulanciers dépêchés au domicile des patients à risque. Au Canada, ils sont généralement administrés à l’hôpital, ce qui augmente les problèmes logistiques. Des projets pilotes de transfusion d’anticorps monoclonaux dans des services de consultation externe (communément appelés cliniques externes) ont été lancés en Ontario.

Des données préliminaires semblent toutefois indiquer que certains anticorps monoclonaux sont moins efficaces contre le variant Omicron, selon le DLee. Une étude sud-africaine publiée le 26 janvier dans le New England Journal of Medicine confirme cela, mais constate que le molnupiravir et le Remdesivir conservent leur efficacité contre Omicron. L’étude sud-africaine n’a toutefois pas testé le Paxlovid.

À noter, comme les essais cliniques sur la fluvoxamine ne sont pas encore terminés, ce traitement ne semble pas être beaucoup utilisé au Canada et aux États-Unis. « On a vu aux États-Unis, au début de la pandémie, une grosse augmentation de la prescription de certains médicaments qui finalement ne donnent rien contre la COVID-19, comme l’hydroxychloroquine ou l’ivermectine, indique le DLee. Mais on n’a pas vu le même phénomène avec la colchicine ou la fluvoxamine. C’est peut-être une illustration du proverbe “chat échaudé craint l’eau froide”. »