Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, lance à son tour un appel à la « bienveillance », au respect et au calme, à quelques heures d’une importante manifestation de camionneurs venus d’un peu partout au Canada, contre l’imposition de la vaccination obligatoire.

Mis à jour le 28 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Nous sommes tous dans le même convoi, nous sommes dans un convoi pour sortir le plus rapidement possible de la COVID-19. Et c’est quand on est unis dans ce convoi qu’on peut y arriver », a souligné le ministre, en faisant ainsi référence au nom du regroupement de camionneurs, le « convoi de la liberté ».

S’il dit « comprendre qu’il y ait de la frustration autour » de la pandémie, le ministre Duclos a martelé plusieurs fois que « la vaccination reste la seule façon » de retourner vers une vie normale. « On parle beaucoup d’anti-vaccination. Mais la menace, ce n’est pas la vaccination, c’est la COVID-19 », a-t-il encore insisté, en répétant que cette vaccination n’a pas pour but « de punir les gens, mais bien de les protéger ». « On doit protéger les travailleurs, protéger notre chaîne d’approvisionnement, protéger notre économie. »

Parti de la Colombie-Britannique, le convoi vise à dénoncer la décision du gouvernement Trudeau d’imposer la vaccination obligatoire aux camionneurs qui franchissent la frontière canado-américaine. Cette mesure est entrée en vigueur il y a environ deux semaines. Mercredi, le premier ministre Justin Trudeau a qualifié ce convoi de petite minorité marginale.

Jeudi, le chef conservateur Erin O’Toole s’est dit inquiet de la tournure que pourrait prendre cette manifestation à laquelle des groupuscules extrémistes prêchant la violence ont donné leur appui au cours des derniers jours. M. O’Toole a d’ailleurs l’intention de rencontrer des camionneurs qui prennent part au « convoi de la liberté » afin d’entendre leurs doléances. « Je n’ai jamais vu le pays aussi divisé. Et je n’ai jamais vu un moment aussi important que maintenant pour s’unir », a-t-il martelé.

Le mot-clé ici, c’est la bienveillance. On a le droit au Canada de manifester ses points de vue, mais on doit toujours le faire dans le respect et la paix. Il faut respecter les droits des gens autour de nous, dont leur droit de vivre en sécurité.

Jean-Yves Duclos, ministre de la Santé

Le chef du Parti populaire du Canada (PCC), Maxime Bernier, a de son côté dit livrer « un message simple et clair pour le gouvernement fédéral ». « Je crois que je parle aux millions de Canadiens quand je dis ceci : nous voulons ravoir nos vies. Cela fait 22 mois que la pandémie a commencé. La grande majorité des Canadiens sont vaccinés, et pourtant nous devons encore subir toute une série de mesures autoritaires liées à la COVID », a-t-il déploré, en ajoutant que « chaque semaine, de plus en plus de pays » annoncent des assouplissements. « Le Canada est en train de devenir l’exception. »

Manque de données

L’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), la Dre Theresa Tam, a reconnu vendredi que son organisation ne recueille pas de données sur le taux de transmission chez les camionneurs, dont seulement 10 % ne seraient pas vaccinés, mais que cela était fait à travers la population en général, en fonction du taux de positivité, des hospitalisations et des décès.

« Il n’y a pas de mesures aux frontières qui soient complètement efficaces », a-t-elle aussi avoué en anglais, ajoutant toutefois que le gouvernement « a augmenté ces exigences en matière de vaccination aux frontières, parce que nous savons à quel point la vaccination fonctionne ».

Le ministre Duclos est demeuré évasif à deux reprises lorsque questionné sur la nature des données sur lesquelles il s’était basé pour imposer la vaccination obligatoire aux camionneurs. « La vaccination obligatoire est l’une des mesures qu’on va continuer à faire valoir, pour s’assurer qu’on passe à travers cette crise dans un convoi unifié et solidaire », a-t-il simplement offert.

Sur Twitter, le chef néodémocrate Jagmeet Singh a rappelé que « la meilleure façon de s’en sortir est de faire ce que la grande majorité des camionneurs ont fait – se faire vacciner et écouter les experts en santé publique ». « Nous devons tous nous soutenir. Et ne pas répandre la désinformation », a-t-il dit en remerciant « les nombreux camionneurs et responsables qui ont travaillé sans relâche » pendant la pandémie. « Nous savons que ce convoi ne parle pas en votre nom », leur a-t-il adressé.

Plus de 100 cas du BA.2

« Plus d’une centaine » de cas de la nouvelle souche BA.2 du variant Omicron ont par ailleurs jusqu’ici été identifiés au Canada, dont 77 proviennent du Laboratoire national de microbiologie, à Winnipeg.

Nous en apprenons encore sur ce sous-variant, mais les données internationales suggèrent qu’il pourrait potentiellement avoir une augmentation de la propagation, mais il ne semble pas y avoir d’augmentation spécifique des hospitalisations ou de complications sévères, en comparaison avec BA.1.

La Dre Theresa Tam

L’accélération du BA.2 est une « possibilité », a enchaîné la Dre Tam, en rappelant que le Danemark a vu une forte hausse du nombre de cas en lien avec ce sous-variant. « Arriver au pic de la vague est une chose, mais en redescendre de l’autre côté, ça inclut aussi que beaucoup de personnes vont être infectées. »

Son adjoint, le DHoward Njoo, a confirmé qu’en date du 26 janvier, la moyenne des nouveaux cas au Canada sur sept jours était d’environ 19 000, rappelant toutefois qu’il s’agit probablement d’une « sous-estimation ». Le taux de positivité demeure toutefois moins élevé qu’avant, à 19 %, « ce qui nous rassure sur le fait que les efforts individuels ont contribué à ralentir la transmission », a-t-il dit. Pour l’heure, plus de 10 800 patients demeurent hospitalisés en lien avec la COVID-19 à l’échelle du Canada, dont plus de 1200 se trouvent aux soins intensifs. Environ 168 décès sont signalés quotidiennement.

Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse