« Je ne m’attendais pas à ce que la COVID-19 attaque mon enfant », lâche Nathalie Picard. Jamais elle ne se serait imaginé que son fils de 8 ans, en pleine santé et une fois vacciné, se retrouverait à l’hôpital après avoir contracté le virus.

Publié le 26 janvier
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

La vague Omicron n’épargne pas les enfants, qui sont de plus en plus nombreux à être hospitalisés en raison de la COVID-19. Depuis le 1er janvier, 292 enfants de moins de 10 ans ont été hospitalisés.

Vincent Picard est l’un d’entre eux. Il s’est réveillé abruptement dans la nuit du 10 janvier. Il toussait et suffoquait. « On aurait dit qu’il avait quelque chose de pris dans la gorge », raconte sa mère.

Elle se souvient du regard apeuré de son fils. « Il était en panique », dit-elle.

Elle contacté Info-Santé, où on lui a conseillé de mettre du froid sur la gorge de son fils et de lui donner des Tylenol, ce qui a fini par l’apaiser. Mais vers 6 h 30, le garçon s’est réveillé avec le même sentiment d’étouffement. La toux a repris de plus belle.

« Maman, je pense que je vais mourir », a dit le garçon.

« Non, je ne te laisserai pas mourir. On va prendre soin de toi », a répondu sa mère.

Nathalie Picard a appelé le 911. Vincent a été transporté en ambulance à l’hôpital Sainte-Justine.

Sur les images (scans), les médecins remarquent des tissus plus épais dans sa trachée, signe d’une trachéite aiguë virale causée par la COVID-19.

Il a passé deux jours à l’hôpital avant d’obtenir son congé.

Deux semaines après son hospitalisation, Vincent n’est pas complètement remis. « Il n’est pas en forme comme avant. Il est très essoufflé et fatigué. Il prend ça un jour à la fois », dit sa mère. Il est retourné à l’école vendredi dernier.

Hausse des hospitalisations chez les enfants

On observe depuis une semaine une hausse des hospitalisations chez les moins de 10 ans, alors qu’on enregistre au contraire une baisse dans tous les autres groupes d’âge.

« Ça peut être dû au fait que les 0 à 5 ans ne sont toujours pas admissibles à la vaccination et que la couverture vaccinale des 5 ans à 11 ans n’est pas idéale », indique le DOlivier Drouin, pédiatre au CHU Sainte-Justine, à Montréal. Il rappelle que la transmission demeure très élevée dans la population, ce qui peut se refléter particulièrement chez les populations non vaccinées.

« Avec Omicron, on commence à noter que les enfants en bas de 1 an semblent être un groupe plus à risque d’être hospitalisé », ajoute le DJesse Papenburg, infectiologue pédiatrique et microbiologiste médical à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

Les enfants plus âgés ont souvent des comorbidités qui augmentent les risques de souffrir d’une infection grave, observe le médecin. « Des études pancanadiennes montrent que la moitié des enfants hospitalisés pour une infection COVID-19 avaient une maladie subjacente qui les mettait à risque », dit-il.

C’est le cas d’Arville Araiz. Le 10 janvier, la fillette de 9 ans n’allait pas bien. Elle avait des haut-le-cœur, beaucoup de sécrétions et faisait de la fièvre. Ses parents l’ont amenée d’urgence à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

PHOTO FOURNIE PAR LE CENTRE UNIVERSITAIRE DE SANTÉ MCGILL

Arville Araiz et sa mère Lindy Sevillo

« Elle vient souvent à l’hôpital, parce qu’elle a des infections. On pensait que c’était juste un autre virus », raconte sa mère, Lindy Sevillo. La fillette vit avec une trachéotomie depuis sa naissance, ce qui la rend vulnérable aux infections.

À son arrivée à l’hôpital, elle a passé un test de COVID-19 qui s’est révélé positif, au grand désarroi de ses parents. « On était sous le choc, parce qu’on est tellement prudents », dit Mme Sevillo.

Depuis le début de la pandémie, les parents d’Arville font l’école à la maison. « C’est juste mon mari qui va travailler et qui va à l’épicerie. On ne va pas dans les endroits publics et on sort seulement si elle a un rendez-vous chez le médecin », dit Mme Sevillo.

On ne voit personne, pas de famille ni d’amis. On est toujours juste les trois. Notre entourage sait qu’elle est fragile.

Lindy Sevillo

L’isolement n’est pas facile pour la jeune fille. « On aimerait qu’elle puisse s’amuser avec d’autres enfants, parce que c’est ça qu’elle aime. Quand elle voit des enfants à travers la vitre de l’auto, elle aimerait être avec eux », raconte sa mère.

Mais ils n’ont pas le choix de s’isoler. « Dès le début de la pandémie, on s’est dit qu’on devait prioriser la sécurité de notre fille. »

Deux semaines d’hospitalisation

Le lendemain de son admission à l’hôpital, Arville a été amenée aux soins intensifs, où elle est demeurée deux jours.

Sa mère est restée à ses côtés en tout temps. Pendant qu’elle accordait l’entrevue à La Presse, elle était assise au chevet de sa fille. On pouvait entendre le bruit des machines en arrière-plan. « Je suis isolée ici dans la chambre avec elle. Je ne peux pas sortir. Ils nous apportent de la nourriture et on a une salle de bains dans la chambre », détaille-t-elle.

Arville a finalement quitté les soins intensifs le 12 janvier. Elle a été transférée aux soins ordinaires. « Elle suit ses cours en ligne à l’école ici. Elle est contente. C’est vraiment une enfant sociable, qui aime l’école », dit Mme Sevillo.

La jeune fille a eu son congé de l’hôpital le 24 janvier, après deux semaines d’hospitalisation.

La mère d’Arville implore les Québécois d’aller se faire vacciner.

Il ne faut pas juste penser à soi, il faut prendre soin des autres. On ne sait jamais ce que seront les conséquences du virus sur une personne. On ne sait pas comment fonctionne leur système immunitaire.

Lindy Sevillo

Arville Araiz allait recevoir sa première dose de vaccin la semaine où elle est entrée à l’hôpital. Ses parents sont doublement vaccinés.

De nombreuses études démontrent que la double vaccination chez les adolescents réduit le risque d’hospitalisation ou d’avoir besoin de soins intensifs par plus de 90 %, indique le DPapenburg.

« Sur le terrain, les adolescents doublement vaccinés sont beaucoup moins à risque d’avoir besoin d’hospitalisation », observe-t-il.

Puisque la vaccination des 5 à 11 ans est encore récente, peu d’études existent sur le sujet. Pour le DPapenburg, il est toutefois évident que les enfants doublement vaccinés sont très bien protégés contre les hospitalisations. « Les quelques cas d’enfants qu’on a vus qui avaient deux doses de vaccin avaient d’importantes maladies chroniques subjacentes », dit-il.

Peu de morts

Les morts chez les enfants demeurent très rares. À la mi-décembre, un nourrisson de moins de 2 mois a succombé à la COVID-19 au CHU Sainte-Justine, à Montréal. Le 17 janvier, une fillette de 4 ans est morte des suites de la COVID-19 au CHU de Québec – Université Laval.

Pour l’instant, l’Institut national de santé publique du Québec enregistre deux décès liés à la COVID-19 chez les 10-19 ans.

À l’échelle du Canada, une dizaine d’enfants de 11 ans et moins ont succombé à la COVID-19 depuis le début de la pandémie.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse