Un nouveau variant a fait son apparition sur la planète. Il s’agit en fait d’un sous-variant d’Omicron, baptisé BA.2. Il a commencé à se répandre au Danemark, en Grande-Bretagne, en Inde et dans plusieurs autres pays. Ce sous-variant détrônera-t-il le BA.1, la souche originale d’Omicron ? Est-il plus virulent ? Plus contagieux ? Menace-t-il le Québec ? Voici ce que nous savons.

Publié le 22 janvier
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Le BA.2 est un dérivé d’Omicron

C’est un sous-variant d’Omicron qu’on surveille de près. On le sait, le virus responsable de la COVID-19 est un coronavirus qui subit sans cesse des mutations au fil de ses réplications, ce qui nous a donné le variant Delta, et plus récemment Omicron. Celui-ci poursuit ses mutations. À la souche initiale, celle qui a frappé le Québec, la BA.1, s’ajoutent maintenant le BA.2 et le BA.3, très minoritaire. Le BA.2, qui se distingue d’Omicron par un peu plus de 20 mutations, est déjà dominant au Danemark et en Inde, où les contaminations sont reparties à la hausse. Depuis son apparition, il a d’abord été repéré en Inde, fin décembre 2021, et s’est vite propagé dans de nombreux pays, dont Israël, le Royaume-Uni, la Belgique et la France.

PHOTO HENNING BAGGER, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Des gens font la queue pour un test rapide dans le centre d’Aalborg, au Danemark, où le sous-variant BA.2 d’Omicron est dominant.

On le qualifie de « furtif »

On le dit aussi « furtif » parce qu’il est particulièrement difficile à détecter. Dans le cas du variant Omicron original, c’est grâce à un élément manquant dans son matériel génétique, ce que les scientifiques appellent une délétion, qu’on réussissait facilement à l’identifier. Par déduction, avec le criblage, parce que cet élément était absent, on savait que c’était Omicron. « Dans le BA.2, cette délétion n’existe pas. Donc, notre test de criblage ne fonctionnerait pas. Il faut absolument faire du séquençage génétique du virus pour distinguer le BA.1 du BA.2 », explique Nathalie Grandvaux, chercheuse au laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Selon Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie de l’Institut national de la recherche scientifique, c’est pour cette raison qu’il a fallu des semaines pour le repérer. « Il est présent en Grande-Bretagne depuis le 6 décembre, dit-il. Mais ça ne fait pas si longtemps qu’on a réalisé qu’il était là. C’est pour ça qu’il a été appelé “furtif” parce qu’il est passé sous le radar pendant plusieurs semaines. »

On ignore s’il est au Québec

Est-il au Québec ? On l’ignore. « On sait que la représentation du BA.2 est très faible ailleurs au Canada. Mais on n’a aucune information sur le Québec », affirme Nathalie Grandvaux. « Depuis plusieurs semaines, il n’y a aucune séquence du Québec qui est rentrée dans la base de données. »

Il ne semble pas plus dangereux

S’il est peut-être encore plus transmissible que le variant d’origine, il ne semble pas plus dangereux. « On pense qu’il a la même sévérité que le BA.1, affirme Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. Mais c’est à surveiller, c’est sûr. Ce qu’on a appris avec les variants, c’est qu’ils ont tendance à nous prendre par surprise. »

PHOTO FRANK AUGSTEIN, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Des assistants de recherche analysent le matériel génétique de virus de la COVID-19, à l’aide de machines de séquençage, au Wellcome Sanger Institute, à Cambridge, en Angleterre.

Nathalie Grandvaux ajoute que les données actuelles laissent croire que le variant Omicron d’origine et le BA.2 ne sont pas si différents. « Avec les données qu’on a, notamment en analysant ce qui se passe au Danemark et en Angleterre, dans les endroits où il y en a déjà un peu ou beaucoup, on ne voit pas nettement de différences de gravité entre les deux, précise-t-elle. Pour l’instant, les experts pensent qu’il n’y a pas vraiment à s’inquiéter, au moins pour la dangerosité. Par contre, sur le plan de l’échappement vaccinal, on a besoin d’avoir des études pour savoir où ça se situe. Donc, ça, ça reste à déterminer. »

Le professeur-chercheur Alain Lamarre est du même avis : « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, dit-il. Il n’y a pas d’indications qu’il est plus dangereux. Mais il va falloir suivre ça de près. S’il était plus transmissible, ça pourrait ralentir les idées de déconfinement… »