La Santé publique de Montréal s’est opposée à l’imposition par Québec d’un deuxième couvre-feu au Québec, en décembre dernier. Elle a en effet plutôt recommandé la mise en place de « mesures alternatives » pour contenir la transmission de la COVID-19.

Mis à jour le 21 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

C’est ce que montre l’essentiel des recommandations envoyées par la directrice régionale de santé publique, la Dre Mylène Drouin, qui ont d’abord été obtenues par Radio-Canada vendredi.

Dans le document, dont La Presse a également obtenu des extraits, Mme Drouin suggère « la mise en place de mesures alternatives à l’imposition du couvre-feu, en se basant sur leur efficacité à contrôler la transmission et leur potentiel moindre à engendrer des impacts collatéraux affectant disproportionnellement les populations les plus vulnérables ».

Elle ajoute que « si le recours à l’imposition d’un couvre-feu provincial devait être envisagé pour contrôler la transmission au Québec, la DRSP de Montréal recommande que le Comité d’éthique en santé publique ou tout autre service éthique indépendant soit mandaté pour fournir un avis ».

S’échelonnant du 31 décembre dernier au 17 janvier, le couvre-feu avait aussi été mal reçu par des organismes et une bonne partie de la population.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal

« Ces recommandations s’appuyaient sur la situation et la réalité dans la région de Montréal, où nous considérions que les impacts collatéraux d’une telle mesure étaient considérables auprès des populations vulnérables de la métropole », a précisé vendredi le porte-parole de la Santé publique de Montréal, Jean-Nicolas Aubé, par courriel.

Fait à noter : ce n’était pas la première fois que la Dre Mylène Drouin contestait le bien-fondé de certaines décisions du gouvernement Legault. En mai 2020, elle avait notamment affirmé à La Presse que le gouvernement aurait dû gérer la pandémie de COVID-19 à partir de la métropole, plutôt que de le faire de Québec.

Le national d’abord, rétorque Québec

Appelé à réagir vendredi, le gouvernement Legault a assuré qu’il écoutait les avis de la Santé publique, en disant d’abord se référer aux instances nationales. « Le fonctionnement est le même depuis le début de la pandémie : le gouvernement reçoit les recommandations de la Direction nationale de santé publique. La Direction nationale de santé publique a des rencontres préalables avec les directions régionales », affirme l’attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux, Marjaurie Côté-Boileau.

On ne voulait pas infliger un deuxième couvre-feu aux Québécois, mais il fallait réduire les contacts pour sauver les hôpitaux. On était dans une montée fulgurante des cas à ce moment-là. On a suivi la recommandation de la Santé publique.

Marjaurie Côté-Boileau, attachée de presse du ministre de la Santé et des Services sociaux

Les partis de l’opposition n’ont pas tardé à réagir à la nouvelle, vendredi, alors qu’une rencontre se tenait justement à 15 h avec le premier ministre Legault. « Le jour même de l’annonce du couvre-feu, j’ai demandé l’avis de santé publique au soutien, sans quoi le PQ ne soutiendrait pas cette mesure. Vendredi lors de l’appel des oppositions [avec le premier ministre], j’ai demandé à nouveau copie [de] cet avis. On n’a toujours rien reçu », a fustigé sur Twitter le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon.

Chez Québec solidaire, le critique en matière de santé, Vincent Marissal, a accusé M. Legault d’avoir « choisi en toute connaissance de cause de réinstaurer le couvre-feu, une mesure répressive, alors qu’il savait très bien qu’elle affecterait les jeunes et les plus vulnérables ».

PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

Vincent Marissal, de Québec solidaire

« C’est très grave pour un gouvernement de ne pas écouter la science. La population québécoise ne verra jamais la lumière au bout du tunnel si la CAQ continue de favoriser des mesures répressives qui nuisent aux plus vulnérables et dont les effets n’ont jamais été prouvés », a-t-il insisté.

Même son de cloche chez les libéraux. « Clairement, il y a une crise et un choc de visions. Je me pose des questions sur le processus de prise de décision », a tonné le nouveau porte-parole des dossiers en santé, Monsef Derraji. Sa cheffe, Dominique Anglade, ne participe plus aux réunions avec M. Legault, se disant « instrumentalisée » par celui-ci.

Tout cela survient alors qu’au micro de Patrick Masbourian, d'ICI Première, vendredi, le directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau, a indiqué que le déconfinement « pourrait commencer avant [la mi-février] ». « Je crois que nous avons une capacité de lever quelques restrictions avant », a-t-il jugé, disant toutefois qu’il devait examiner la situation de plus près avant d’en faire une recommandation à Québec.

« Pour des personnes plus âgées, pouvoir aller à l’église, c’est important. Pour les jeunes, ce sont les activités parascolaires. Il faut garder un paysage cohérent et je ne vous dirai pas que l’on va rouvrir en priorité l’un plutôt qu’un autre. Il faudra maintenir un paysage cohérent et équitable », a-t-il aussi confié à Philippe-Vincent Foisy sur les ondes de QUB Radio.

Avec la collaboration de Fanny Lévesque, La Presse