Disant avoir « beaucoup de pression » pour alléger les mesures sanitaires au Québec, François Legault affirme qu’il ne peut tout simplement « pas se permettre » de le faire pour le moment, afin de ne pas surcharger le réseau de la santé. Ce dernier est « au pire de la pandémie », selon lui, au moment où le pic des hospitalisations semble maintenant atteint à l’échelle de la province.

Mis à jour le 20 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Vous ne pouvez pas savoir le nombre de personnes qui m’écrivent, qui me parlent, qui me disent qu’il faut qu’on enlève des consignes, mais pour l’instant, on ne peut pas se permettre d’assouplir davantage », a martelé M. Legault lors d’une mêlée de presse tenue à Montréal jeudi.

Avec 12 000 employés toujours absents dans le réseau, la situation reste encore trop « difficile » pour alléger davantage, selon lui. « La Santé publique nous dit que si on le faisait, il y aurait un risque réel d’augmenter les infections et les hospitalisations, ce qu’on ne peut pas faire, parce qu’on veut continuer de soigner tout le monde », dit-il.

Après une baisse de 14 hospitalisations ce jeudi, des sources gouvernementales ont indiqué à La Presse qu’une baisse de 60 hospitalisations est en vue pour ce vendredi, soit 346 nouvelles entrées et 406 sorties supplémentaires, qui porteraient le total à environ 3350. Aux soins intensifs, la tendance poursuivra aussi sa baisse, alors qu’on recensera 20 patients en moins, totalisant ainsi 265.

Tant qu’il n’y aura pas une baisse importante [du cumulatif], ça va être des dures semaines pour le personnel dans les hôpitaux. Et il faut penser aussi à ce personnel-là qui est au front depuis 22 mois.

François Legault, premier ministre du Québec

La bonne nouvelle, soutient le premier ministre, est qu’au vu de l’atteinte du pic des hospitalisations, le réseau de la santé n’aura finalement pas à réduire la qualité des soins, pour autant que les hospitalisations continuent à baisser. « C’est très important de dire : le plan en question n’a jamais été utilisé, et on pense pour l’instant qu’il ne sera jamais utilisé », a martelé le chef caquiste.

Une indépendance à préserver

M. Legault a ensuite affirmé que son gouvernement « ne peut pas d’un côté dire : faut que la Santé publique soit indépendante », mais que « quand ça ne fait pas notre affaire, on ne les écoute pas ». « Ça serait contradictoire », a-t-il glissé.

À ses côtés, le nouveau directeur national de santé publique par intérim, le DLuc Boileau, a aussi martelé que le système de la santé « est mis extrêmement à sa limite ». « Oui, il y a une correction qui se passe, et on est capables d’anticiper qu’elle va progresser, mais nous étudions la situation à fond. On va revenir au bon moment pour suggérer les assouplissements qu’il faut », s’est-il engagé, en se disant « extrêmement sensible » à la reprise des activités sportives, notamment.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Christian Dubé

« Tout le monde a fait ses sacrifices, mais ces gens-là, ils sont au bout du rouleau », a de son côté insisté le ministre de la Santé, Christian Dubé, au sujet des travailleurs de la santé. Il affirme qu’en leur honneur, le gouvernement sera « patient » avant d’alléger les règles sanitaires.

Un plan de refondation du réseau

François Legault a aussi profité de sa conférence de presse, jeudi, pour revenir sur le rapport de la Commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, qui a durement critiqué mercredi le manque de leadership du ministère de la Santé, ainsi que son « attitude paternaliste » envers les aînés dans son rapport d’enquête sur la gestion de la première vague. Elle recommande de donner un « pouvoir explicite » au directeur national de santé publique pour informer le public de façon « indépendante ».

« Il faut vraiment avoir un plan de redressement et de refondation de notre réseau de la santé », a avoué le premier ministre, en disant prendre sa « part de responsabilité pour ce qui est arrivé dans les CHSLD » au printemps 2020. « Quand on est arrivés au pouvoir en 2018, on a affiché beaucoup de postes, mais plusieurs sont restés non-comblés parce qu’il y avait un problème d’attractivité et de salaire. On a fait le choix malheureux, peut-être, d’attendre la fin des conventions collectives. On aurait pu avec l’urgence sanitaire agir avant. Je prends ma part de blâme », a-t-il reconnu.

Son gouvernement a déjà « commencé à faire des changements », a-t-il toutefois noté, en rappelant avoir embauché plus de 8000 préposés aux bénéficiaires en plus dans les CHSLD, et ajouté un « patron » dans chaque établissement. Christian Dubé déposera prochainement un « plan de refondation du réseau de la santé » en s’inspirant des recommandations de la commissaire. Québec dit vouloir un « réseau plus humain » pour les patients et le personnel, mais aussi « plus décentralisé ».

Un programme ayant pour but de « rejoindre les 565 000 adultes toujours non vaccinés » est par ailleurs en cours d’élaboration, a annoncé le gouvernement. C’est le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, qui sera chargé de « trouver toutes les façons possibles » d’y arriver.

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