Québec ne prévoit pas pour le moment de relâcher les mesures en place, dit le ministre Dubé

Publié le 19 janvier
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Au bout du rouleau », « élastique étiré au maximum » : le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, ne mâche pas ses mots pour décrire le réseau de la santé, dont l’état critique ne permet pas pour l’instant de nouveau relâchement des mesures sanitaires, selon lui. Des experts sondés par La Presse lui donnent raison, mais invitent Québec à ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avant les Fêtes.

« On est encore dans la tempête dans nos hôpitaux », a résumé d’un ton solennel M. Dubé, mardi en conférence de presse, appelant les citoyens à faire preuve de patience et de solidarité envers le personnel de la santé. « Je le sais qu’il y a des gens qui ne sont pas contents des mesures, mais je sais une chose : on a le système de santé qu’on a, qui a vécu cinq vagues. Le personnel de la santé est épuisé. Avant de se plaindre, pensons à eux », a-t-il insisté.

Mais il y a une bonne nouvelle : de plus en plus d’employés absents reprennent le travail. Le réseau est passé de 20 000 à environ 12 000 absents, en date de lundi, ce qui équivaut au sommet observé à ce chapitre durant la première vague.

La réalité, selon l’élu, est que la province est « prise dans un étau » avec un nombre accru d’hospitalisations, mais aussi plus de travailleurs absents en raison de la COVID-19.

On espère atteindre un pic, mais ce n’est pas encore le cas. Ça augmente moins vite, mais ça augmente encore.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

« Aujourd’hui, vous donner des dates, non. On a déjà joué dans ce film-là, on ne le fera pas », a martelé le ministre au sujet d’un éventuel échéancier de déconfinement, que de plus en plus d’organismes réclament. « Ça ne serait pas responsable », a-t-il dit gravement.

« Dire aujourd’hui qu’on va enlever des mesures » alors que le réseau est surchargé, ce serait faire preuve de « manque de conscience », a-t-il aussi lancé, en rappelant aux gens qui plaident pour la réouverture des restaurants ou des gyms qu’il fallait « faire attention de ne pas donner de raisons » de ne pas respecter les règles.

À son côté, le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, a aussi appelé à lever les mesures de « façon étapiste », en soutenant que « cette maladie ne disparaîtra pas rapidement », mais qu’elle « restera pendant un bon moment encore ». « Omicron n’est pas complètement inoffensif », a-t-il aussi prévenu, soulignant que ce variant entraîne aussi des hospitalisations et des décès.

Une « petite gêne » bien reçue

Pour le virologue Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’UQAM, le gouvernement « fait bien de se garder une petite gêne » malgré l’atteinte éventuelle d’un pic des hospitalisations. « Il ne faut pas y aller trop rapidement avec des attentes élevées, d’autant que les données actuelles sont floues. Le gouvernement sait qu’il ne doit pas répéter son erreur d’avant les Fêtes », note-t-il.

Le pic qu’on entrevoit, il se base sur des valeurs où il subsiste beaucoup d’inconnues, surtout que la rentrée scolaire peut venir changer la donne. Il y a trop de brouillard pour établir une trajectoire. Donner un échéancier ou annoncer un déconfinement, ça enverrait un message fautif et erroné.

Benoit Barbeau, virologue

Un constat que partage le Dr Alexis Turgeon, qui est chercheur et médecin spécialiste en soins intensifs au CHU de Québec-Université Laval. « En ce moment, le réseau est étiré. On doit se serrer les coudes régionalement. Et en absence de données dans la communauté, c’est très difficile de dire si la situation est stable ou non », prévient-il.

« Actuellement, on n’est pas capables de faire nos projections d’hospitalisation de façon adéquate, ajoute le Dr Turgeon. C’est pour ça qu’il faut vraiment user de prudence. »

À l’Hôpital général juif, le Dr Matthew Oughton, spécialiste en maladies infectieuses, rappelle que procéder à des allégements dans un contexte de « haute incertitude » risquerait de « causer beaucoup de confusion et de perte de confiance » en cas de retour en arrière, comme ça a déjà été le cas par le passé. « Attendre de voir, patienter, c’est dur, mais c’est le choix qui est bon et qui est intelligent en ce moment. Dans l’intervalle, on doit travailler à avoir de meilleures données sur le terrain », conclut-il.