Depuis deux mois, près de 800 Québécois ont succombé à la COVID-19. Qui meurt encore de la maladie pendant cette cinquième vague ? Bien souvent, il s’agit de personnes avec des comorbidités, non vaccinées ou plus âgées, observent les intensivistes sur le terrain.

Publié le 18 janvier
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Comorbidités

« Présentement, ceux qu’on voit décéder aux soins intensifs depuis le début de la cinquième vague, ce ne sont jamais des COVID-19 purs, ils ont toujours quelque chose en plus », observe le Dr François Marquis, chef du service des soins intensifs de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

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Le Dr François Marquis, chef du service des soins intensifs de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

La plupart de ses patients sont des gens immunosupprimés. « Il y en a, des gens en santé qui se retrouvent aux soins intensifs, mais ce sont habituellement des non-vaccinés », indique le Dr Marquis.

Dans la dernière semaine, un de ses patients qui combattait un cancer a développé une forte infection. « C’est l’infection mélangée avec la COVID-19 qui l’a tué », indique le Dr Marquis.

Un autre de ses patients qui a succombé à la COVID-19 avait aussi des maladies neurologiques. « Il a fait une pneumonie d’aspiration avec sa salive, ce qui a infecté ses poumons. S’il n’avait pas fait ça, il s’en serait probablement sorti », ajoute l’intensiviste.

Statut vaccinal

« Même si on a des patients vaccinés, la part de non-vaccinés aux soins intensifs est disproportionnée par rapport au reste de la population », affirme la Dre Amélie Boisclair, intensiviste à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne.

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Personnes recevant une dose d’un vaccin anti-COVID-19 à la clinique du Stade olympique, à Montréal

À l’heure actuelle, la proportion de personnes âgées de 70 ans et plus n’étant pas vaccinées qui se retrouvent hospitalisées pour la COVID-19 est environ 15 fois plus élevée que chez leurs homologues vaccinées.

Les patients qui sont complètement vaccinés ont des maladies beaucoup moins graves et s’en sortent plus vite, observe le Dr Marquis. « On va toujours trouver un double vacciné qui meurt de la COVID, mais si on regarde en termes de groupe, on voit vraiment une différence sur la longueur et la sévérité de la maladie selon le statut vaccinal », dit-il.

Le Dr Joseph Dahine, intensiviste à l’hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval, n’a eu aucun patient hospitalisé avec trois doses. La plupart des patients âgés avaient reçu seulement deux doses d’un vaccin anti-COVID-19.

« Mon hypothèse, c’est que l’immunité de ces patients a diminué, puisqu’ils ont été dans les premiers à être vaccinés, mais ils n’ont pas eu le temps d’aller chercher leur troisième dose », dit le Dr Dahine.

Il rappelle donc l’importance d’aller chercher sa troisième dose. « Ça semble avoir un impact considérable », dit-il.

Sexe

Selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le nombre d’infections à la COVID-19 est légèrement supérieur chez les femmes, avec 53,4 % des cas.

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La proportion d’hommes hospitalisés et qui meurent du virus est beaucoup plus élevée que chez les femmes.

Toutefois, la proportion d’hommes hospitalisés et qui meurent du virus est beaucoup plus élevée. Depuis la mi-juillet, près de 37 % des malades aux soins intensifs sont de sexe féminin, contre 63 % de sexe masculin. Des chiffres qui concordent avec les observations de la Dre Boisclair.

La proportion d’hommes qui meurent de la COVID-19 est deux fois plus élevée. Toujours selon les données de l’INSPQ datant des six derniers mois, 6 femmes sur 100 000 meurent du virus, contre 12 sur 100 000 chez les hommes.

« Il y a des différences dans la façon dont notre corps réagit aux infections selon les sexes. Les mécanismes sont différents, notamment au niveau de la gestion inflammatoire et de la coagulation, et on sait que la COVID-19 joue sur ces deux choses-là », explique le Dr Marquis. Le mécanisme exact qui explique ces différences n’est pas encore connu, précise-t-il.

Âge

Depuis le 15 novembre, la moyenne d’âge des personnes qui meurent de la COVID-19 est de 81 ans, et 83 % des morts concernent des personnes de plus de 70 ans.

Depuis le début de la cinquième vague, deux des patients de la Dre Boisclair ont succombé au virus. « Les deux décès étaient des doubles vaccinés, mais ils étaient plus âgés, soit environ 75 ans », indique-t-elle.

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Depuis le 15 novembre, la moyenne d’âge des personnes qui meurent de la COVID-19 est de 81 ans.

Un des deux avait plusieurs antécédents médicaux et il ne se remettait pas de l’intubation prolongée. L’équipe médicale a donc dû arrêter les traitements, explique l’intensiviste.

Lionel Berthoux, professeur de virologie et maladies infectieuses au département de biologie médicale de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), explique que le système immunitaire fonctionne différemment lorsqu’on avance en âge.

« En vieillissant, les mécanismes inflammatoires prennent de plus en plus d’importance. Chez certaines personnes, la réponse inflammatoire au virus est trop forte et trop longue », explique-t-il.

Les vagues se suivent, mais ne se ressemblent pas

Le profil des patients hospitalisés en raison de la COVID-19 a évolué au fil des vagues, observent les spécialistes.

Lors de la première vague, les personnes qui arrivaient à l’hôpital se retrouvaient rapidement aux soins intensifs. « En quelques jours, ça passait ou ça cassait », se remémore le Dr Marquis. Avec la souche originale, les gens avaient des problèmes de goût et d’odorat et toussaient sans arrêt. « Ça ressemblait à la coqueluche », dit le médecin.

Dans les vagues suivantes, il y avait beaucoup plus d’hospitalisations prolongées aux soins intensifs. « Les hospitalisations pouvaient durer plusieurs semaines et la moyenne d’âge avait diminué », dit le Dr Marquis.

À l’heure actuelle, les gens aux soins intensifs ont presque tous la COVID-19 en plus d’autres maladies, dit l’intensiviste. « On recommence aussi à voir un mélange d’à peu près tous les âges », affirme-t-il. La toux est beaucoup moins fréquente qu’au début de la pandémie, ajoute-t-il.

Le Dr Dahine rappelle qu’il est encore tôt pour établir des tendances chez les personnes qui succombent au virus pendant la cinquième vague. « Le plus gros des décès va survenir plus tard », prévient-il.

L’INSPQ travaille actuellement sur une analyse des décès liés à la COVID-19. Plus d’informations seront diffusées dans les prochaines semaines.

Avec la collaboration de Pierre-André Normandin, La Presse