Des milliers d’aînés se sentent comme « en prison », et « une révision urgente des mesures d’isolement préventif » est demandée par un comité d’usagers de CHSLD et de résidences pour personnes âgées.

Publié le 18 janvier
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

« Des dizaines de milliers d’aînés […] et leurs proches ne comprennent pas pourquoi ils sont confinés à leur chambre pendant dix jours, sans possibilité d’en sortir alors qu’ils n’ont pas la COVID-19 et qu’ils sont pleinement vaccinés », dénonce le Comité des usagers du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal dans un communiqué.

En raison de cet isolement, « la santé physique et mentale de ces aînés se dégrade à vitesse grand V », est-il écrit.

Dans les CHSLD et les ressources intermédiaires publiques où il n’y a pas d’éclosion, le gouvernement du Québec ne permet pas aux personnes âgées de sortir « à l’extérieur de leur milieu de vie », « sauf dans des situations exceptionnelles », dit la consigne gouvernementale. Quand il y a éclosion, il n’y a aucune exception : c’est non.

En résidence privée, « au retour dans le milieu de vie, une surveillance quotidienne des symptômes pendant 14 jours devra être réalisée. S’il y a apparition de symptômes compatibles à la COVID-19, il faudra procéder à un test de dépistage et s’isoler en attendant le résultat », peut-on lire.

Mesures exagérées

Le Comité des usagers juge les mesures préventives exagérées dans le contexte du variant Omicron. « Dix jours d’isolement [dans leur] chambre portent davantage préjudice à la santé physique et mentale des résidants [déclarés] négatifs que le risque posé à leur sécurité s’ils pouvaient sortir de leur chambre et marcher sur leur étage, entourés d’un personnel pleinement vacciné, portant le masque N95 et respectant les mesures de prévention », affirme Elizabeth Sexton, présidente du Comité des usagers de Cavendish, qui représente les résidants de quatre CHSLD, et vice-présidente du comité des usagers du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Ont-ils raison ? Le DQuoc Nguyen, gériatre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), commence par dire que c’est « une question difficile » qui demande l’attention de la Santé publique. « On a beaucoup parlé des hôpitaux qui sont pleins, du retour à l’école, de la ventilation, etc. Il ne faut pas oublier les conséquences du confinement sur la santé physique et sur le moral des personnes âgées en CHSLD ou RPA [résidences privées pour aînés]. La société en général est tannée de tout cela. Imaginez ce que c’est pour des gens confinés dans de petits studios », voire dans des chambres.

La Santé publique devrait étudier la question et tenter d’y répondre de façon nuancée, prône le gériatre. Car la réponse ne sera pas nécessairement la même, à son avis, pour un CHSLD avec beaucoup de patients qui souffrent d’alzheimer que pour des résidants autonomes.

Dans les consignes, il faudrait aussi essayer de distinguer « entre l’isolement d’une personne qui a été infectée, l’isolement d’un cas contact et l’isolement lorsqu’il y a éclosion [dans le CHSLD ou la résidence] », poursuit le DNguyen, soulignant le risque que « le compteur [du reconfinement] reparte tout le temps ».

Mais il ne faudrait pas non plus minimiser le danger que pose Omicron, fait-il observer. « Les gens ont raison de dire qu’il est moins sévère, mais il y a encore des décès, des personnes qui ont besoin d’oxygène, même si elles ont eu deux ou trois doses. »

Au cabinet de Marguerite Blais, responsable des Aînés et des Proches aidants, l’attaché de presse Jean-Charles Duchetto a répondu à La Presse : « Nous comprenons la fatigue de certains résidants en CHLSD et en RPA face aux mesures sanitaires. Rappelons néanmoins que ces mesures visent à protéger les plus vulnérables de notre société et que les proches aidants ont accès aux CHSLD et aux RPA, même lors d’une éclosion. »