« La situation est préoccupante. On est en éclosion dans plusieurs établissements de détention. Et on a déjà une pénurie de personnel qui est accentuée par le nombre d’employés absents en raison de la COVID », décrit Line Fortin, sous-ministre associée à la Direction générale des services correctionnels du Québec.

Publié le 17 janvier
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

On dénombre actuellement, dans les 18 prisons du Québec, 173 personnes incarcérées atteintes de la COVID-19 ; ce serait un sommet, et c’est environ 40 détenus infectés de plus qu’avant le début du long congé des Fêtes.

Ce sont aussi davantage de prisons qui sont touchées par le variant Omicron comparativement aux vagues précédentes.

Mais là où la situation est particulièrement inquiétante, c’est lorsque l’on regarde le nombre d’agents correctionnels et d’autres employés atteints du coronavirus : vendredi, 195 employés étaient infectés, soit 7,5 % des effectifs. Et ce chiffre ne comprend pas les employés envoyés à la maison par mesure de précaution pour avoir côtoyé une personne infectée.

« La situation est sous haute surveillance. On n’en est pas encore là, mais on doit prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter des bris de services », annonce Mme Fortin.

Cette semaine, on a rencontré tous les gestionnaires et il a été décidé de ramener des agents et employés qui ont contracté la COVID-19 au travail dès lundi, avant la fin de la période d’isolement recommandée de 10 jours, comme l’a fait le gouvernement dans le réseau de la santé.

Line Fortin, sous-ministre associée à la Direction générale des services correctionnels du Québec

Une rupture de services en raison d’un manque de personnel peut vouloir dire, par exemple, que les détenus devront passer de longues heures en cellule, que les employés ne pourront plus distribuer les médicaments ou que les agents correctionnels ne seraient plus assez nombreux pour patrouiller dans le périmètre extérieur d’une prison, explique la sous-ministre associée.

Le dossier de chacun des 195 agents correctionnels et employés atteints de la COVID-19 a donc été attentivement examiné ces derniers jours pour vérifier qui pourrait revenir au travail dès lundi, à la condition, entre autres, d’avoir effectué au moins cinq jours d’isolement.

« Les gens seront ramenés sous un protocole sévère, dans des postes spécifiques, avec des équipements de protection individuels. Le retour se fera de façon sérieuse et les démarches sont appuyées par le ministère de la Santé et des Services sociaux et par nos équipes de santé et de sécurité au travail. »

Chaque personne qui revient nous prêter main-forte fait en sorte qu’on n’est pas en plan de contingence, obligé de requérir du personnel et d’imposer des heures supplémentaires obligatoires.

Line Fortin, sous-ministre associée à la Direction générale des services correctionnels du Québec

Actuellement, seuls les agents correctionnels et employés en poste dans les zones tièdes et chaudes des prisons – où sont détenus des individus atteints ou qui ont côtoyé des personnes atteintes de la COVID-19 – portent le masque N95, que des experts considèrent comme plus efficace que le masque médical, à la condition toutefois d’être bien placé sur le visage.

Selon Mme Fortin, la Direction générale des services correctionnels jongle avec l’idée d’imposer le N95 à tous les employés, dans tous les secteurs des prisons québécoises.

Sous contrôle

Alors que l’on comptait 118 détenus ou prévenus infectés à l’établissement de détention de Montréal (Bordeaux) au 21 décembre dernier, on en dénombre actuellement 47, ce qui représente une baisse importante.

Les 173 détenus actuellement infectés, qui représentent 4,23 % de la population carcérale totale des établissements provinciaux, constituent un chiffre qui, par ailleurs, satisfait Mme Fortin, dans les circonstances.

La sous-ministre associée affirme que même si la situation a été corsée parfois depuis le début de la pandémie, « elle n’a jamais été hors de contrôle ». Elle tient à souligner tout le travail fait par les employés et gestionnaires et croit que la COVID-19 aura tout de même eu de bons côtés en forçant l’accélération du développement de certaines technologies qui resteront une fois que la pandémie sera chose du passé.

Aujourd’hui, 90 % des comparutions au palais de justice se font en visioconférence à partir de la prison, réduisant ainsi les déplacements et les coûts.

Les membres de la famille et l’avocat d’un détenu peuvent aussi s’entretenir avec ce dernier en visioconférence, grâce aux visio-visites et visio-parloirs. Même les évaluations médicales ou psychiatriques d’un détenu peuvent également se faire par vidéo.

« Normalement, on s’occupe de la sécurité et de la réinsertion sociale et là, soudainement, depuis deux ans, on gère une pandémie. La situation n’a jamais été hors de contrôle, ce qui signifie que nos mesures fonctionnent quand même. 

« Les gens sont fatigués. Oui, comme tout le monde, on a hâte de passer à autre chose, mais la pandémie nous a aussi démontré la profondeur, le professionnalisme et la capacité d’adaptation de nos employés », conclut Mme Fortin.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

1338

Nombre de personnes incarcérées atteintes de la COVID-19 au cours de leur séjour en milieu carcéral, sur environ 46 000 personnes qui ont transité par les 18 prisons du Québec entre mars 2020 et aujourd’hui

1002

Nombre d’agents correctionnels et d’employés infectés, dont 807 sont rétablis

631 000

Nombre d’heures supplémentaires effectuées par les agents correctionnels du Québec pour des coûts de près de 29,5 millions en 2020-2021

Source : ministère de la Sécurité publique du Québec