Québec appréhendait jeudi que ce week-end soit le pire dans les hôpitaux. De fait, le nombre d’hospitalisations ne cesse d’augmenter au Québec, avec 110 rapportées samedi. Et le pic du nombre de patients ne serait pas encore atteint. Aux soins intensifs, le personnel anticipe le pire. Une fois de plus.

Mis à jour le 15 janvier
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

« On a déjà entendu ces lignes-là – “ça va être la pire semaine” ou “on va atteindre un sommet” – puis dans le fond, c’est jusqu’au prochain sommet », affirme d’emblée le DJoseph Dahine, intensiviste à l’hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval.

« Je ne suis pas nécessairement rassuré par le discours comme quoi c’est juste un mauvais moment à passer en fin de semaine et que ça va commencer à s’améliorer. Il n’y a pas tant de signes que ce sera le cas, parce qu’on est encore en train d’admettre beaucoup de nouveaux patients. Et ces patients-là restent longtemps chez nous aux soins intensifs », explique l’intensiviste.

Le bilan des décès s’est considérablement alourdi samedi. Les 96 décès supplémentaires recensés portent la moyenne quotidienne à 53. Il s’agit du pire bilan depuis la fin de la première vague de la pandémie. Il faut remonter au 14 mai 2020 pour trouver un bilan plus élevé.

De plus, le nombre des décès a doublé en une semaine. « Cette semaine a été particulièrement morbide », confirme Joseph Dahine.

En date de samedi, 3195 patients atteints du virus étaient hospitalisés dans la province, ce qui représente une hausse de 39 % en une semaine. De ce nombre, 275 se trouvaient aux soins intensifs.

Les hospitalisations ne semblent toujours pas avoir atteint un sommet et leur nombre continue de grimper. Vendredi, 470 personnes ont été admises à l’hôpital, tandis que 360 ont reçu leur congé.

Les professionnels de la santé sont plus épuisés qu’ils ne l’étaient au début de la première vague. La hausse actuelle des hospitalisations fait peser sur leurs épaules un fardeau plus lourd que jamais.

Je ne sais pas comment le système tient encore. C’est sûr que ça se fait au prix de délestages, donc au détriment de patients qu’on ne soigne pas, mais qu’on devrait soigner.

Le DJoseph Dahine, intensiviste

Accalmie dans les urgences

Même si le pire week-end était anticipé par Québec dans les hôpitaux, la situation est maîtrisée dans les urgences, selon des urgentologues.

« Le délestage cette semaine nous a beaucoup aidés. On le voit dans les centres hospitaliers. Les unités se sont vraiment préparées », affirme le DGilbert Boucher, urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Il est toutefois trop tôt pour conclure à une accalmie. « La fin de semaine dernière, il y a eu une journée où ç’a été plus tranquille, puis malheureusement, la tendance est vite revenue à la normale », raconte M. Boucher.

« Quand on regarde certaines régions, elles sont encore dans des situations vraiment difficiles. Leurs hôpitaux sont encore pleins, ils sont aux étapes maximales de délestage », affirme la Dre Judy Morris, présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ). Les Laurentides, la Montérégie et l’Estrie font partie des régions les plus touchées, souligne-t-elle.

À Montréal, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal approche du niveau 5 de délestage. Il s’agit du niveau d’alerte le plus élevé, qui prévoit davantage de lits affectés aux patients malades de la COVID-19, au détriment d’autres pathologies. Sur le territoire du CIUSSS de l’Est, 184 lits sont occupés par des patients atteints de la COVlD-19.

« Ceci représente 28 % de l’ensemble de nos lits disponibles qui sont présentement occupés par des patients atteints de la COVlD. À 30 % de nos lits disponibles occupés, on passerait alors au niveau 5 », a expliqué Valérie Lafleur, porte-parole du CIUSSS, dans un courriel envoyé à La Presse.

Judy Morris appréhende la réouverture des écoles lundi. « Qu’est-ce que ça va avoir comme impact sur notre personnel, sur les éclosions et sur le nombre de cas ? », se demande-t-elle.

« Convergence » de facteurs

À quoi tient la hausse des décès et des hospitalisations ? Selon Donald Vinh, infectiologue et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill, elle s’explique par « la convergence de plusieurs facteurs ».

Dans certains établissements de santé, une large proportion des patients hospitalisés sont des aînés, fait remarquer M. Vinh. « On sait que malheureusement, ces personnes sont plus fragiles », rappelle-t-il. Il souligne qu’une proportion non négligeable n’est pas triplement vaccinée. En date de samedi, 66 % des Québécois de 60 ans et plus avaient reçu leurs trois doses de vaccin.

Selon le microbiologiste, il faut se garder de sauter aux conclusions lorsqu’on qualifie le variant Omicron de plus « léger » que le variant Delta.

« Quand on dit que quelqu’un a une forme légère de la COVID, ça ne veut pas dire que c’est bénin ni qu’il n’y a aucun symptôme de la maladie. On peut être franchement malade avec la catégorie “forme légère” », explique-t-il. Des symptômes comme la fièvre, la toux, les maux de gorge et de tête, les vomissements et la diarrhée sont inclus dans cette catégorie, et peuvent toucher les plus vulnérables, dont les aînés.

6705 nouveaux cas

La Santé publique a recensé samedi 6705 nouveaux cas de COVID-19, ce qui porte la moyenne des cas quotidiens calculée sur sept jours à 8789. La tendance est en baisse de 43 % sur une semaine. Toutefois, cette donnée n’est plus représentative de l’évolution de la pandémie dans la province, puisque l’accès au dépistage est limité.

En ce qui concerne la vaccination, 85,4 % des Québécois ont reçu au moins une première dose de vaccin, 78,2 % en ont reçu deux et 29 % en ont reçu trois. Toutes les personnes âgées de 18 ans et plus peuvent prendre leur rendez-vous pour obtenir leur troisième dose de vaccin depuis vendredi.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse