Insatisfait de la vitesse à laquelle Ottawa lui envoie les tests rapides, le gouvernement du Québec a décidé de commander lui-même 94,8 millions de tests rapides supplémentaires.

Mis à jour le 13 janvier
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Mais actuellement, obtenir des millions de tests rapides est plus facile à dire qu’à faire.

Le plus important fournisseur du Québec pour des tests rapides actuellement autorisés par Santé Canada, la multinationale suisse Roche, livrera ses 15 millions de tests rapides seulement en février (10 millions) et en mars (5 millions). Le contrat avec Roche a été rendu public le 23 décembre dernier. Ces tests seront fabriqués en Corée du Sud.

En raison du fort degré de contagion du variant Omicron, il y a actuellement une pénurie de tests rapides au Québec et dans d’autres provinces.

Québec estime qu’il recevra en janvier une partie des 24,8 millions de tests rapides autorisés par Santé Canada qu’il a lui-même commandés. Comme les 15 millions de tests de Roche seront livrés en février et en mars, il reste donc environ 9,8 millions de tests autorisés avec Santé Canada avec cinq autres fournisseurs. La livraison des tests avec ces cinq fournisseurs doit s’étendre de janvier à mars.

Québec a aussi annoncé jeudi matin un contrat pour l’obtention de 70 millions de tests rapides d’ici mai avec l’entreprise québécoise MedSup Medical. Il y a toutefois un bémol à court terme : ce type de tests rapides n’est pas officiellement approuvé pour l’instant par Santé Canada. Selon le contrat, une première livraison de 10 millions de tests est prévue à la fin janvier, puis 20 millions en février, 20 millions en mars, 15 millions en avril et 5 millions en mai (il y a aussi des options pour 20 millions de tests supplémentaires en avril et mai).

À titre de comparaison, pour le mois de janvier, Ottawa compte livrer 31,5 millions de tests rapides au gouvernement du Québec, soit l’équivalent de 6,3 millions de boîtes de 5 tests rapides.

« Le gouvernement [du Québec] concrétise l’engagement qu’il a pris de s’approvisionner lui-même en tests rapides, comme les livraisons attendues du gouvernement fédéral ne suffisent pas à la population », a indiqué par courriel le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé.

Les commandes de Québec ont toutefois mal commencé : la semaine dernière, la première commande a avorté quand les 3 millions de tests rapides ont été acheminés de la Chine vers une autre destination par avion à la dernière minute.

« À cause de la concurrence, [les tests] ont été envoyés à un autre endroit », confirme Yvan Côté, PDG de Neopharm Labs, entreprise de Blainville qui pensait avoir trouvé 3 millions de tests rapides pour le Québec avec un fournisseur chinois. « C’est très difficile à contrôler, dit-il. On essaie de faire tout ce qu’on peut pour aider le Québec et obtenir des tests rapides, mais c’est compliqué [d’en trouver]. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Test rapide fourni par le gouvernement fédéral

L’Ontario achète 65 millions de tests en deux mois

L’Ontario a été plus rapide que le Québec pour acheter ses propres tests rapides sans passer par le fédéral.

Au 3 janvier dernier, la province voisine avait déjà acheté 20,8 millions de tests rapides livrés par ses propres moyens depuis le début de la pandémie.

Résultat : au début de janvier, en comptant les tests du fédéral et les tests achetés par la province, l’Ontario avait reçu en moyenne 3,7 tests rapides par personne, contre 2,5 tests rapides par personne pour le Québec. (Ce chiffre est une moyenne et ne tient pas compte du fait que la moitié des tests sont utilisés dans le système de santé au Québec – et probablement aussi en Ontario.)

L’Ontario a aussi acheté environ 40 millions de tests rapides qui doivent lui être livrés en janvier. L’Ontario doit aussi recevoir 54 millions de tests rapides du fédéral ce mois-ci.

Le Québec utilise la moitié de ses tests rapides dans le réseau de la santé (et dans une moindre mesure pour en distribuer à certains types d’entreprises) et distribue l’autre moitié dans les écoles, les garderies et au grand public en pharmacie. En théorie, chaque Québécois de 14 ans et plus est admissible à une trousse gratuite de cinq tests par mois. En pratique, il n’y a pas assez de tests pour fournir des trousses à tous les Québécois actuellement.

3 millions de nouveaux tests en pharmacie

Environ 600 000 Québécois de plus pourront toutefois se procurer une trousse de tests rapides en pharmacie entre ce jeudi et le début de la semaine prochaine.

Après avoir distribué environ 3 millions de tests rapides mardi, les pharmacies du Québec recevront plus tôt que prévu un nouvel arrivage de 3 millions de tests rapides. Cet arrivage de 600 000 trousses de 5 tests rapides sera distribué progressivement dans les pharmacies à compter de ce jeudi, et ce, jusqu’en début de semaine prochaine. Le début de la disponibilité – jeudi ou vendredi – variera selon les régions. En pratique, une partie des 600 000 trousses ira à des Québécois déjà inscrits sur une liste d’attente à leur pharmacie.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Des gens ont fait la file devant leur pharmacie pour obtenir des tests rapides avant les Fêtes.

« Il vaut mieux ne pas faire la queue à la pharmacie le matin – surtout ces temps-ci avec la température – et plutôt vérifier les sites internet des pharmacies. Placez-vous sur une liste d’attente si c’est possible à votre pharmacie. Et placez-vous sur une seule liste d’attente, et non huit. Aujourd’hui, 20 de mes 100 patients ayant droit à une trousse de tests en avaient déjà reçu une à une autre pharmacie », dit Benoit Morin, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires.

Cet arrivage (comme celui distribué mardi dernier dans les pharmacies) provient des tests rapides distribués par le fédéral au gouvernement du Québec.

Outre le Québec et l’Ontario, l’Alberta a aussi commandé des tests par ses propres moyens. Il n’a pas été possible mercredi d’obtenir le nombre de tests rapides achetés par l’Alberta depuis le début de la pandémie.