Le groupe des Médecins québécois pour le régime public rejette l’annonce d’une « contribution » pour les adultes non vaccinés, une mesure jugée « inacceptable » allant vers « une marchandisation encore plus importante de la santé ».

Mis à jour le 12 janvier
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

« Les gens ont déjà beaucoup à débourser de leur poche », soutient la Dre Isabelle Leblanc, présidente des Médecins québécois pour le régime public. « On individualise beaucoup la santé et les choix que les gens font. » Le modèle de financement du système de santé n’est pas basé sur « le fardeau des facteurs de risques » du patient, comme son statut vaccinal, a soutenu le groupe de 500 membres dans un communiqué paru mercredi.

Mardi, le gouvernement du Québec a annoncé en point de presse l’imposition d’une contribution santé aux adultes non vaccinés. Tous ceux qui n’accepteront pas d’aller chercher au moins une dose au cours des prochaines semaines devront payer un montant « significatif », a soutenu le premier ministre François Legault.

Les Médecins québécois pour le régime public estiment que la pénurie de personnel et les ruptures de services actuelles sont dues à un « sous-financement chronique » des dernières décennies, et non à la population non vaccinée.

Plutôt que d’imposer une contribution, il faut améliorer le système de santé, plaide la Dre Isabelle Leblanc. Cela peut-il se faire assez vite pour avoir un impact sur la situation actuelle ? Oui, estime-t-elle. « Déjà, ça aurait pu être décidé il y a 20 mois », fait-elle valoir. Donner de meilleures conditions de travail peut avoir un impact plus immédiat que la contribution santé, selon elle.

Joint par La Presse, le Collège des médecins a affirmé ne pas vouloir commenter la contribution santé. « Mais [le Collège] rappelle que les mesures limitant les contacts entre personnes vaccinées et non vaccinées doivent être resserrées pour assurer la protection de la population et maintenir l’adhésion aux mesures sanitaires », a écrit Leslie Labranche, conseillère aux relations médias.

Portrait de la population non vaccinée

La vaccination est « hyper importante », rappelle la Dre Leblanc. Mais avant de « punir avec une taxe » les non-vaccinés, il faudrait avoir un portrait de cette population, estime-t-elle. « La campagne de vaccination a été axée vers le citoyen moyen qui sait lire et écrire et qui entend à la télévision à quel point le vaccin est bon pour lui », illustre-t-elle.

Certaines personnes refusent la vaccination par choix ou par croyance, mais d’autres n’y ont pas accès, selon elle. De nombreuses personnes pourraient être convaincues par une approche personnalisée visant à les rassurer ou à les aider à prendre rendez-vous, estime la médecin de famille.

Un « mur » entre la population itinérante et la santé

Une contribution santé fera en sorte d’ériger « un mur entre l’accès aux soins de santé et les personnes en situation d’itinérance », selon Boromir Vallée Dore, coordonnateur du Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec. Cette population peine déjà à avoir accès à des suivis médicaux ou à la vaccination, fait-il valoir.

Dans un quotidien de survie, c’est au second plan d’aller chercher une protection vaccinale adéquate. Surtout quand tu ne sais pas ce que tu vas manger ni où tu vas dormir à -30 °C.

Boromir Vallée Dore, coordonnateur du Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec

Pour rendre la vaccination plus accessible aux populations itinérantes, Boromir Vallée Dore soutient que la campagne doit se poursuivre par l’entremise des vaccibus. Pour rejoindre ces gens, « il y a eu de bons exemples partout à travers la province », souligne-t-il, notamment au sujet des vaccinateurs présents directement dans les organismes communautaires. « Il faut créer des ponts avec le système de santé, et non des murs », dit-il.

Car même si une exception est annoncée pour les personnes itinérantes, la contribution santé aura des impacts sur cette population, estime Boromir Vallée Dore. Ce dernier cite l’exemple du couvre-feu ou du passeport vaccinal, dont cette population est exemptée. « Ils évitent d’aller vers les services après l’heure du couvre-feu et ils se cloîtrent dans des lieux non propices à l’habitation, illustre-t-il. Par rapport au passeport vaccinal, les gens s’auto-excluent des lieux publics. »

Questionné par La Presse à savoir si une exception serait accordée à la population itinérante, le cabinet du ministre des Finances, Eric Girard, a indiqué que les modalités de la contribution santé n’étaient pas encore définies.