Certaines provinces canadiennes, tout comme les États-Unis, ont réduit à cinq jours l’isolement des personnes doublement vaccinées ayant contracté la COVID-19. Au Québec, la période d’isolement demeure, pour l’instant, d’une durée de 10 jours. Mais la semaine dernière, le ministère de la Santé a annoncé qu’un professionnel de la santé doublement vacciné infecté par la COVID-19 pouvait retourner travailler après sept jours d’isolement si une rupture de service menace son lieu de travail. Devrait-on s’inspirer de ce qui est fait ailleurs ? La Presse s’est entretenue avec des experts pour répondre à la question.

Publié le 3 janvier
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Q. Au départ, pourquoi avait-on déterminé que l’isolement devait être d’une durée de 10 jours ?

R. Cette décision a été basée sur l’étude du virus original de la COVID-19, explique le DDonald Vinh, infectiologue et microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill.

« On sait que lorsqu’on est infecté, la période d’incubation, c’est-à-dire le temps entre l’exposition [et] le développement des symptômes ou de la maladie, c’est à peu près de cinq à sept jours. Mais [on sait] que la période de transmissibilité est à peu près de sept à dix jours », souligne M. Vinh. « On sait même que [pour] des personnes immunosupprimées, ça peut être des semaines », ajoute-t-il.

Toutefois, peu de données sont à ce jour disponibles concernant le variant Omicron, évoque le DQuoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Il rappelle qu’au début de la pandémie, un isolement de 14 jours était demandé aux personnes qui avaient été en contact avec une personne infectée par la COVID-19.

« On disait qu’autour de 95 [à] 97 % des gens, après 14 jours, s’ils n’avaient pas encore développé de symptômes, n’allaient pas en développer », selon des études, précise le Dr Nguyen.

Q. Peut-on recevoir un test de dépistage de la COVID-19 négatif après cinq jours ?

R. Oui, c’est possible. « On peut avoir des personnes qui sont infectées, et dans les premiers cinq jours, elles sont capables d’éradiquer le virus de leurs voies respiratoires, et il y a d’autres personnes qui ne sont pas capables », évoque Donald Vinh.

Q. Est-ce que les personnes doublement vaccinées cessent d’être contagieuses plus rapidement ?

R. Une étude à propos du variant Delta a démontré que les personnes doublement vaccinées se débarrassent du virus plus rapidement, souligne le DQuoc Dinh Nguyen.

Les experts estiment que ce processus s’applique probablement aussi au variant Omicron, « parce qu’il y a moins de formes sévères [de la maladie], et parce que le variant n’échappe pas complètement à nos vaccins, surtout après trois doses », évoque le DNguyen.

Les explications du DVinh vont en ce sens. Une étude en provenance de Singapour a démontré que la période où les personnes doublement vaccinées infectées par le variant Delta peuvent transmettre le virus se chiffre à environ sept jours, souligne-t-il.

« C’était une des études qui a démontré que si on est doublement vacciné, notamment contre le variant Delta, le vaccin nous protège non seulement contre la sévérité de la maladie, mais diminue aussi la période de transmission », affirme Donald Vinh.

Q. Après cinq jours, quelle proportion des personnes infectées à la COVID-19 est encore contagieuse ?

R. Il est à ce jour impossible de répondre à cette question avec exactitude en raison du peu de données disponibles concernant le variant Omicron, rappelle Quoc Dinh Nguyen. Mais une étude effectuée à Taïwan qui s’est attardée à 23 patients atteints du variant Omicron a évoqué qu’après cinq jours, 17 personnes sur les 23 avaient une charge virale suffisamment basse pour sortir de leur quarantaine, soit près de 74 %, souligne le DNguyen.

En ce qui concerne le variant Delta, de 20 à 25 % des personnes atteintes peuvent être encore contagieuses après cinq jours (c’est-à-dire que 75 % à 80 % ne le sont plus), explique Donald Vinh. Ces données peuvent toutefois être différentes en ce qui concerne le variant Omicron. Les effets de la troisième dose de vaccin sur la transmissibilité du virus sont également à étudier, affirme le DVinh.

Q. Est-ce que le Québec devrait aussi réduire la durée de l’isolement des personnes doublement vaccinées à cinq jours ?

R. Ça « pourrait être un peu prématuré si on n’utilise que cinq jours comme seuil, sans être capable de le renforcer avec un dépistage de plus », estime Donald Vinh. Il rappelle que des modèles suggèrent qu’une personne devrait obtenir deux tests de dépistage négatifs aux alentours de la cinquième journée de quarantaine avant d’en sortir.

C’est le cas en Angleterre. Le pays demande à ce qu’une personne infectée à la COVID-19 obtienne un test de dépistage de la COVID-19 négatif au sixième et au septième jour de son isolement avant qu’elle puisse y mettre fin.

« Je trouve personnellement qu’imposer quelque chose comme les CDC [les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains] serait prématuré, de façon généralisée, de prendre seulement cinq jours comme le font les autres provinces. Néanmoins, si les bris de services deviennent totalement généralisés, c’est sûr que c’est un pensez-y-bien », affirme pour sa part le DNguyen.

Aux États-Unis, les CDC ont en effet recommandé de réduire l’isolement d’une personne infectée à cinq jours, plutôt que dix. Toutefois, si « on lit au long » l’avis des CDC, l’organisation recommande de passer un test de dépistage de la COVID-19 avant de mettre fin à son isolement, explique Quoc Dinh Nguyen. Mais les tests rapides sont difficiles d’accès aux États-Unis, comme au Canada.

« La CDC ne voulait pas lier sa mesure directement avec des tests. Néanmoins, ce serait la bonne façon de faire », affirme M. Nguyen.

Dimanche soir, le conseiller de la Maison-Blanche sur la crise sanitaire, le DAnthony Fauci, a dévoilé que les CDC envisagent d’inclure dans leurs recommandations un test de dépistage de la COVID-19 négatif avant de cesser son isolement.