Déjà débordés, les hôpitaux du Québec le seront bientôt davantage. De 1600 à 2100 lits ordinaires pourraient être occupés par des patients atteints de la COVID-19 dans les prochaines semaines, prévoit l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS).

Publié le 31 déc. 2021
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Selon la première hypothèse de l’INESSS, d’ici trois semaines, quelque 1600 patients infectés occuperont des lits ordinaires. Et pas moins de 300 patients se retrouveraient aux soins intensifs.

Le second scénario est plus sombre. D’ici trois semaines, 2100 lits ordinaires et 375 lits en soins intensifs seraient occupés par des patients atteints de la COVID-19. Ces chiffres dépasseraient les seuils atteints lors des précédentes vagues de COVID-19.

Déjà, les interventions chirurgicales non urgentes sont réduites au minimum dans les hôpitaux de la province. Les deux scénarios publiés jeudi par l’INESSS prévoient un délestage encore plus important au profit des patients atteints de la COVID-19. Pour l’heure, le réseau hospitalier est au niveau 3 du plan de délestage présenté par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), sur un maximum de 4.

À ce stade-ci, il est trop tard pour renverser la vapeur, estime Nathalie Grandvaux, chercheuse au Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

« Même si on ajoute des mesures aujourd’hui, elles n’auront pas d’effet avant deux semaines », explique la chercheuse. Ces deux semaines correspondent à l’intervalle entre la hausse des cas de COVID-19 et l’augmentation du nombre d’hospitalisations, précise-t-elle.

Malheureusement, pour les deux prochaines semaines, on va voir une augmentation très sérieuse des patients et un débordement dans nos hôpitaux.

Nathalie Grandvaux, chercheuse au Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM

Même si, selon certaines études, le variant Omicron est moins virulent que Delta, son impact sera important sur le réseau hospitalier, car il est plus contagieux, rappelle la chercheuse.

« Avec la propagation qu’on a actuellement, il ne faut surtout pas se baser sur le fait que c’est plus modéré. C’est une erreur qu’il ne faut pas faire, parce que sinon, on va juste amplifier le problème », insiste Nathalie Grandvaux.

Toutefois, les données actuelles montrent que la vaccination protège bel et bien contre les formes sévères de la maladie.

Si on n’avait pas eu la vaccination complète [à deux doses], on aurait vu un nombre de décès très important.

Nathalie Grandvaux, chercheuse au Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM

Deux doses de vaccins à ARN messager offrent une protection de 70 % contre les formes sévères du variant Omicron, souligne-t-elle. Cette protection diminue cependant avec le temps, d’où l’importance de se procurer une troisième dose de vaccin.

Forte propagation dans les RPA

Pendant ce temps, la COVID-19 continue de se propager dans les résidences privées pour aînés (RPA). Selon les dernières données publiées jeudi, quatre RPA se trouvent en zone rouge, c’est-à-dire que plus de 30 % de leurs résidants sont atteints de la COVID-19. Ces établissements se trouvent dans les régions de l’Outaouais, de Lanaudière, de la Capitale-Nationale et du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Ensuite, cinq résidences se trouvent en zone orange. En moyenne, 17 % de leurs résidants sont infectés par la COVID-19.

Les CHSLD sont également touchés par des éclosions de COVID-19. Au total, neuf établissements se trouvaient en zone rouge jeudi, dans les régions de Montréal, de la Montérégie, de l’Outaouais, de la Mauricie et de Lanaudière. En moyenne, 38 % des résidants ont reçu un diagnostic positif à la COVID-19.

La Dre Élise Boulanger, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), rappelle que « les premiers signaux nous indiquent que la maladie, quand on a trois doses, est moins sévère ».

Mais comme les aînés peuvent avoir une réponse immunitaire plus faible au vaccin, leur état de santé est plus susceptible de se détériorer s’ils sont infectés par la COVID-19. « Les gens qui sont en CHSLD y sont souvent parce qu’ils ont des comorbidités », soit de multiples affections ou maladies, par exemple, au niveau du cœur ou des reins, explique Mme Boulanger. « Ça aussi, ça les rend plus vulnérables. »

Plus de 16 000 cas

Vendredi, Québec fera état de plus de 16 000 nouveaux cas de COVID-19, a affirmé le premier ministre, François Legault, en conférence de presse jeudi soir.

Plus tôt, Québec avait rapporté 14 188 nouveaux cas de COVID-19 jeudi, ainsi que neuf décès supplémentaires. Les hospitalisations étaient en forte hausse ; 135 de plus ont été recensées.

Les nouveaux cas rapportés jeudi portaient à 10 787 la moyenne des cas quotidiens calculée sur sept jours. La tendance était ainsi en hausse de 106 %.

Le nombre de personnes hospitalisées atteintes de la COVID a doublé en une semaine. Au total, 939 patients malades de la COVID-19 sont hospitalisés. De ce nombre, 138 se trouvent aux soins intensifs, soit 16 de plus que la veille.

Les neuf décès supplémentaires portent la moyenne quotidienne à huit. Il s’agit du double de la semaine précédente.

En ce qui concerne la vaccination, 84,9 % des Québécois ont reçu au moins une première dose de vaccin. Ceux qui ont obtenu deux injections représentent 77,8 % de la population de la province. Enfin, 14,7 % des Québécois ont reçu leur troisième dose de vaccin.

Plus tôt cette semaine, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, avait appelé à distinguer les hospitalisations où un patient est admis parce qu’il a la COVID-19 des autres hospitalisations, par exemple pour une fracture de la jambe, où le patient se révèle positif à la COVID-19. Le ministre estime que 25 % des hospitalisations actuellement recensées comme liées aux virus sont, en fait, motivées par d’autres raisons.

« On est en train d’essayer d’extraire ces cas-là. C’est très difficile et on a demandé à l’INSPQ de nous revenir », a déclaré Christian Dubé en conférence de presse jeudi. Pour le moment, le ministre dit observer les données de sorties des hôpitaux. « Je vais m’encourager si je peux voir les sorties monter », a-t-il souligné.