« Nous sommes plusieurs de mon entourage à nous poser cette question et avons des inquiétudes », nous écrit Guy Laroque.

Publié le 24 déc. 2021
Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Comme plus de 363 000 personnes au Québec, M. Laroque a reçu une dose du vaccin à vecteur viral AstraZeneca/Covishield et une seconde d’un vaccin à ARNm (Pfizer ou Moderna). Près de 167 000 autres Québécois ont reçu deux doses du vaccin AstraZeneca/Covishield.

Selon des études britanniques, deux doses du vaccin à ARNm de Pfizer confèrent une protection de l’ordre de 35 % contre Omicron. Si M. Laroque reçoit une troisième dose (soit une seconde dose de vaccin à ARNm), « cela veut dire que nous serons protégés à 35 % », conclut-il.

En fait, non, pas du tout.

Selon différentes études parues ces derniers mois, la réponse immunitaire des vaccinés qui ont goûté au « calendrier mixte » se situe entre celle des gens qui ont reçu deux doses d’AstraZeneca et celle des gens qui ont reçu deux doses de Pfizer ou Moderna.

Dans un avis du Comité sur l’immunisation du Québec publié le 9 novembre, on indique que l’efficacité de deux doses d’AstraZeneca contre une infection au variant Delta est de 66 %, alors que celle des vaccins à ARNm se situait entre 87 et 90 %. Celle de la combinaison AstraZeneca + ARNm était de 83 %.

Depuis ce temps, Omicron est bien plus qu’une simple lettre de l’alphabet grec, et tous les Québécois seront bientôt conviés à recevoir une troisième dose si ce n’est déjà fait. Parce que si deux doses du vaccin à ARNm de Pfizer confèrent une protection de l’ordre de 35 % contre Omicron, on ne s’attend pas à ce qu’elle soit meilleure pour les autres combinaisons de vaccins…

Quel degré de protection donnera une troisième dose d’un vaccin à ARNm ? Les données concernant la double vaccination mixte ne sont pas encore connues, mais il est déjà possible d’en avoir une idée.

Selon des informations publiées par les autorités de santé publique au Royaume-Uni le 10 décembre, la troisième dose du vaccin à ARNm de Pfizer a permis de hausser la protection contre la maladie symptomatique à 70 % pour les doublement vaccinés à l’AstraZeneca, contre environ 75 % pour ceux qui avaient déjà reçu deux doses de Pfizer. La protection contre les formes graves qui entraînent une hospitalisation, voire un séjour aux soins intensifs, est encore meilleure.

Alors, qu’en sera-t-il des vaccinés qui auront reçu une dose d’AstraZeneca et deux doses d’un vaccin à ARNm ? Probablement quelque part entre 70 % et 75 %.

L’infection compte-t-elle comme une troisième dose ?

Frédérique Chiasson fait partie des nombreuses personnes doublement vaccinées qui ont reçu un résultat positif à un test rapide dans les derniers jours et qui n’arrivent pas à faire confirmer le résultat en clinique de dépistage avec un test PCR.

Elle rappelle qu’au début de la vaccination, les personnes qui ont eu la COVID-19 (confirmée par un test PCR officiel) puis reçu une première dose de vaccin ont été considérées comme « adéquatement vaccinées » pour obtenir le passeport vaccinal. « Comment pourra-t-on prouver que nous avons été infectés si nous n’arrivons pas à nous faire tester avec un test PCR ? […] Cette question est à mon sens encore plus importante si l’on envisage de rendre la validité du passeport vaccinal conditionnelle à une troisième dose, auquel cas de nombreuses personnes se retrouveraient dans notre situation. »

D’un point de vue scientifique, « c’est clair que quelqu’un qui a fait une infection et qui a reçu deux doses de vaccin a eu l’équivalent de trois stimulations immunitaires », dit le DGaston De Serres, de l’INSPQ.

Peu importe le variant qui a causé l’infection et le moment où est survenue l’infection, les anticorps générés par celle-ci confèrent une protection immunitaire exceptionnelle.

De nombreuses études ont montré, en début d’année, que les personnes qui avaient contracté le coronavirus puis reçu une dose de vaccin avaient une protection immunitaire équivalente à deux doses de vaccin – d’où la décision de considérer que ces personnes étaient adéquatement vaccinées. Toutefois, même si les experts pensent que c’est le cas pour toutes les infections, on dispose de peu de données sur les personnes qui ont attrapé la COVID-19 après la première dose. C’est pourquoi, par précaution, le CIQ recommande que ces personnes aillent chercher quand même leur deuxième dose de vaccin.

Dans ses derniers avis sur la dose de rappel (troisième dose), le CIQ évoque le « cas particulier » des personnes qui ont eu la COVID-19. À la lumière des plus récentes études, la dose de rappel leur fournit un « modeste » bénéfice… et de forts effets secondaires indésirables. « Il apparaît dès lors qu’une dose de rappel chez une personne ayant déjà reçu deux doses de vaccin et ayant fait une infection confirmée est peu utile », dit le CIQ. « L’administration d’une troisième dose de vaccin n’est donc pas nécessaire pour ces personnes, mais pourrait être administrée si la personne le demande. Un intervalle de trois mois entre la dernière dose ou l’infection et la dose de rappel serait idéal, avec un intervalle minimal de huit semaines. »

Par ailleurs, le gouvernement a indiqué à plusieurs reprises qu’il n’avait pas l’intention, pour le moment, de rendre la troisième dose obligatoire pour que le passeport vaccinal demeure valide.