Les proches d’aînés en CHSLD auront « un pincement au cœur » durant les Fêtes : la règle d’un visiteur à la fois sera difficile à accepter, même si la flambée des cas rend cette précaution nécessaire, estime un expert.

Publié le 24 déc. 2021
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

« Ma mère va probablement passer son premier Noël dans un endroit où elle ne se sent pas chez elle, et en plus elle sera toute seule, souffle Isabelle Picard, la voix secouée par l’émotion. C’est très difficile. » Sa mère, Micheline Rousseau, est hébergée depuis juin au CHSLD Providence–Saint-Joseph, à Montréal, en raison d’une perte d’autonomie à la suite d’une chute l’hiver dernier.

Depuis le 23 décembre, les visites en CHSLD sont limitées à une personne à la fois et à un maximum de deux personnes par jour. Les sorties sont interdites, sauf en cas de « situations exceptionnelles », indique le gouvernement du Québec.

Dans le cas des résidences privées pour aînées (RPA), les résidants peuvent sortir. Mais s’ils présentent des symptômes de la COVID-19 par la suite, ils doivent passer un test de dépistage et s’isoler en attendant le résultat. Deux personnes à la fois sont permises lors des visites, pour un total de quatre visiteurs par jour. Dans les CHSLD comme dans les RPA, ceux qui rendent visite à leurs proches doivent présenter leur passeport vaccinal.

Tout le monde aura un Noël difficile. Mais je pense que les gens qui ont un parent en CHSLD vont avoir un pincement au cœur plus serré cette année.

Isabelle Picard

Sa mère aimerait voir ses petits-enfants et « manger un bon repas dans de belles assiettes », se désole-t-elle. Mme Picard est perplexe quant au fait que deux personnes puissent visiter un proche en CHSLD la même journée, sans toutefois pouvoir y aller en même temps.

PHOTO FOURNIE PAR ISABELLE PICARD

Isabelle Picard, en compagnie de sa mère, Micheline Rousseau

Josée Riopel trouve révoltant le fait que ses beaux-parents, qui forment un couple depuis 67 ans, devront passer un premier Noël séparés. Depuis l’été dernier, son beau-père vit au CHSLD Paul-Lizotte, dans le nord de Montréal, alors que sa belle-mère a été jugée trop autonome pour le suivre. Mais la femme de 90 ans ne pourra pas voir son mari ce Noël, car elle n’est pas capable de lui rendre visite seule, raconte Mme Riopel. « Je comprends que les conjoints ne restent plus au même endroit, mais ce n’est pas leur choix, fait-elle valoir. Je trouve que ça n’a pas d’allure. »

Mme Riopel dit comprendre qu’il faut limiter les dégâts du variant Omicron, mais elle soutient que le conjoint d’un résidant en CHSLD devrait pouvoir accompagner un proche aidant. « Ma belle-mère est inquiète pour son mari », raconte-t-elle. D’autant qu’il passera le temps des Fêtes sans elle. « L’an passé, les gens disaient qu’il y aurait d’autres Noëls, se souvient-elle. Mais on ne sait jamais s’il va y avoir un autre Noël. »

Des milieux « très à risque »

Les résidants de CHSLD ou de RPA sont triplement vaccinés, mais leur système immunitaire répond moins bien à la vaccination, prévient Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique. Ces personnes sont très à risque, d’autant que le nombre d’infections pourrait continuer à grimper, dit-il.

Avec le variant Omicron, « très transmissible », ce sont des milieux de vie où il faut être prudent, poursuit M. Lamarre. Des éclosions ont d’ailleurs déjà été déclarées dans plusieurs CHSLD, fait valoir le professeur.

La situation pourrait vite dégénérer dans un CHSLD si on ne contrôle pas bien les éclosions. Le virus pourrait se répandre assez facilement.

Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et en virologie

« C’est vraiment le moment de faire attention, poursuit M. Lamarre. Surtout si on se rappelle ce qui s’est passé lors de la première vague dans les CHSLD. C’est quand même épeurant. »

« Noël dernier a été affreux »

Pour Dany Bérubé, dont la mère vit au CHSLD Vigi L’Orchidée blanche, à Laval, le réveillon de Noël s’est déroulé un peu avant le 24 décembre cette année, puisqu’il reçoit déjà des gens chez lui ce soir-là. Bernadette Chenard, âgée de 99 ans, est à un stade avancé de la maladie d’Alzheimer. « Noël, pas Noël, c’est une journée comme les autres pour elle », fait-il valoir. Mais elle reconnaît toujours ses enfants et les voir demeure « son seul plaisir dans la vie », relate-t-il.

PHOTO FOURNIE PAR DANY BÉRUBÉ

Bernadette Chenard, mère de Dany Bérubé

M. Bérubé se réjouit de pouvoir rendre visite à sa mère cette année, contrairement au dernier temps des Fêtes, qu’il décrit comme un moment « affreux ». « On a été trois mois sans la voir, raconte-t-il. On n’avait pas le droit d’y aller. Quand j’y suis retourné, ça a pris plusieurs semaines avant qu’elle me reconnaisse. »