Même si Québec n’écarte pas des changements dans les prochains jours, des rassemblements pouvant aller jusqu’à 20 personnes vaccinées sont pour l’instant toujours au menu pour les Fêtes. Dans ce contexte, des experts souhaitent que le gouvernement mette davantage l’accent sur l’importance de la ventilation dans ses consignes à la population.

Publié le 16 déc. 2021
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

« Il faut mettre la ventilation de l’avant. Et avec l’arrivée du variant Omicron plus contagieux, c’est d’autant plus important », plaide le DLuc Bhérer, médecin spécialiste en médecine du travail à la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale et du Nunavik.

« Oui, on est rendu là. Parler de la ventilation », ajoute Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Sur son site internet, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) du Québec énumère les « consignes sanitaires de base pour limiter la propagation de la COVID-19 ». On y parle de l’importance de se laver les mains, de couvrir son visage, de tousser dans son coude et de garder ses distances. Il n’est fait aucune mention de l’importance de la ventilation.

Dans son avis du 6 décembre dernier sur les rassemblements de Noël, le directeur national de santé publique du Québec, le DHoracio Arruda, rappelait l’importance de la vaccination, de la distanciation et du port du masque lorsqu’on est en contact étroit avec un aîné. Mais la ventilation n’était pas abordée.

Pourtant, des autorités de santé publique à travers le monde reconnaissent depuis des mois que la COVID-19 peut se transmettre par aérosols. En avril, l’Organisation mondiale de la santé écrivait que le virus se transmet par particules de différentes tailles, allant des gouttelettes, relativement grosses, aux aérosols les plus fins. L’organisation indiquait que le virus se transmet principalement entre les personnes qui sont en contact étroit (un mètre de distance ou moins), mais soulignait que le virus peut aussi se répandre dans les endroits intérieurs mal ventilés ou bondés. « Parce que les aérosols restent suspendus dans les airs et voyagent plus loin qu’un mètre », peut-on lire sur le site de l’OMS.

Les aérosols se comportent « comme de la fumée » et il faut donc s’en protéger dans les environnements publics, a soutenu la Dre Anne Bhéreur, médecin de famille, lors d’un point de presse virtuel de l’initiative Protégeons notre province de Québec.

À l’intérieur, dans un espace moins bien ventilé, il n’est pas sécuritaire d’enlever son masque juste parce qu’on se tient à une distance d’un mètre d’une autre personne.

La Dre Anne Bhéreur, médecin de famille

En conférence de presse mardi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a appelé la population à rester vigilante. « Qu’est-ce qu’on doit faire ? On doit se laver les mains régulièrement. On doit garder nos distances. C’est difficile quand on est à Noël. On doit se couvrir le visage le plus souvent possible. On doit penser à aérer les pièces de la maison quand vous pouvez le faire », a notamment précisé le ministre.

L’urgentologue Alain Vadeboncœur souligne que le thème de la ventilation est occasionnellement abordé dans les points de presse du gouvernement. « Mais on en parle toujours avec peu d’attention. Pourtant, c’est un point qui devrait être plus souvent abordé. Surtout si on parle de rassemblements à Noël. Tous les experts s’entendent pour dire que c’est important », dit-il.

Des campagnes ailleurs dans le monde

En France, le gouvernement a diffusé cet automne une vidéo dans laquelle on affirme : « Contre la transmission, pensons aération. » Dans la vidéo du ministère de la Santé et de Santé publique France, on entend également le slogan suivant : « À l’intérieur, renouveler l’air, c’est aussi un geste barrière. »

En Angleterre, une campagne publicitaire diffusée en novembre par les autorités de santé publique demandait à la population d’ouvrir les fenêtres pendant dix minutes toutes les heures quand on se regroupe à l’intérieur.

« Je salue les gouvernements de la France et de l’Angleterre de parler de ventilation. Ce n’est pas une mesure 100 % fiable à elle seule. Mais ça ajoute une couche de protection supplémentaire », note Mme Da Silva.

Le DBhérer et le DVadeboncœur confirment que la ventilation ne permet pas à elle seule d’empêcher la propagation de la COVID-19. Mais « il faut quand même en parler », dit le DBhérer.

Ce dernier explique qu’en prévention des infections, les spécialistes utilisent le « modèle du fromage suisse », où chaque tranche de fromage représente une mesure pour prévenir la maladie. Chaque tranche contient des trous et n’est pas à elle seule 100 % efficace pour prévenir la maladie. « Mais quand tu additionnes les tranches, tu as moins de chances de te retrouver avec des trous alignés », résume le DBhérer. Pour lui, la ventilation fait incontestablement partie des outils à ajouter à l’arsenal des familles qui se réuniront à Noël. Le MSSS n’a pas répondu aux questions de La Presse, mercredi, à ce sujet.

Avec Florence Morin-Martel, La Presse