À Ottawa, l’opposition qualifie de « bordel » l’instauration des tests de dépistage de la COVID-19 obligatoires pour tous les voyageurs, sauf ceux en provenance des États-Unis, qui arrivent au Canada par avion. Malgré cette nouvelle mesure et la menace du variant Omicron, des Québécois prévoient s’envoler vers les destinations soleil cet hiver.

Publié le 4 déc. 2021
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse
Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Les tests de dépistage obligatoires ne freinent pas Dylanne Sévigny, qui partira en voyage au Mexique la semaine prochaine. Elle estime que de passer un test à son arrivée au Canada est même « rassurant ». « Je suis partie [en voyage] cet été aussi. Mon entourage avait été un peu surpris que je ne me fasse pas tester en arrivant », raconte-t-elle.

Le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, a annoncé mardi que tous les voyageurs qui arrivent au pays par avion, à l’exception de ceux en provenance des États-Unis, devront se soumettre à un test de dépistage. Les voyageurs, qu’ils soient adéquatement vaccinés ou non, devront ensuite s’isoler jusqu’à la réception du résultat de leur test.

Mardi, M. Duclos avait affirmé que cette nouvelle mesure allait être instaurée dans l’ensemble du pays « au cours des prochains jours ». Ottawa paiera les frais de ces tests de dépistage obligatoires.

De nouvelles restrictions pour freiner la propagation de la COVID-19 pourraient s’ajouter et avoir un effet sur les conditions de retour des globe-trotteurs au Canada, a aussi averti le ministre des Transports, Omar Alghabra.

Une déclaration qui n’empêche pas des Québécois de planifier leur prochain voyage. Stéphanie Girardeau prévoit voyager avec son conjoint après la période des Fêtes. Mais elle sera attentive à l’évolution de la pandémie avant de se procurer un billet d’avion. « Ça peut tellement changer vite parce qu’on peut se dire : “Oui, là on veut partir”, et rendu au mois de janvier, on ne peut plus sortir [du pays] », dit-elle.

Tous ne sont pas aussi sereins. Les annonces faites par Ottawa inquiètent Jessica Bernier, qui prévoit s’envoler pour Hawaii le 26 décembre.

Si une quarantaine est réimposée, mon employeur ne permettra pas que je ne rentre pas au travail pendant deux autres semaines.

Jessica Bernier, qui a prévu un voyage à Hawaii

Pour sa part, Anne-Marie Desforges a pris la décision d’annuler son voyage au Mexique, prévu pendant le temps des Fêtes. « Je ne dispose que de 24 heures de libre après mon retour », raconte-t-elle par écrit à La Presse. Elle ne pouvait pas risquer de recevoir son résultat de test après cette période, car elle doit retourner au boulot. « Si le test était un test rapide, je n’aurais pas annulé mes vacances », ajoute-t-elle.

Rappelons que les voyageurs ayant visité l’Afrique du Sud, l’Eswatini, le Lesotho, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique, la Namibie, le Nigeria, le Malawi et l’Égypte ne sont plus autorisés à rentrer au Canada.

Les Canadiens et les résidents permanents qui reviennent au pays après avoir visité l’un de ces 10 pays doivent se soumettre à une quarantaine de 14 jours à leur arrivée.

« C’est le bordel »

À Ottawa, pendant la période des questions en Chambre, l’opposition conservatrice a fait passer un mauvais quart d’heure au gouvernement, l’accusant d’« improvisation » et lui reprochant de n’avoir aucune compréhension de ce qui se passe dans les aéroports du pays.

« Il y a un monde entre ce que dit le ministre de la Santé et ce qui se passe réellement sur le terrain. Il n’y a aucune consultation avec les aéroports et peu de consultation avec les provinces. Bref, […] c’est le bordel », a pesté le député conservateur Luc Berthold à l’intention du ministre Jean-Yves Duclos.

Son interlocuteur a esquivé. « En ce qui concerne la confusion, j’ai le grand regret de dire qu’il y a quelques jours à peine, mon collègue demandait l’arrêt de tous les tests aux frontières », a raillé le ministre, ajoutant qu’il « serait intéressant de savoir combien des députés conservateurs n’ont toujours pas reçu l’une des 61 millions de doses de vaccin administrées au pays ».

Un peu plus tard, en conférence de presse, M. Duclos a décliné l’invitation d’offrir des conseils à l’intention des gens qui s’imaginent sur une plage dans quelques semaines.

Le ministre Duclos a, en revanche, insisté sur le fait que « la situation peut évoluer très rapidement », rappelant que le variant Omicron n’était pas sur le radar il y a de cela quelques jours à peine.

Alors que se multipliaient les questions montrant que plusieurs zones d’ombre subsistent, il a préféré se concentrer sur le positif – à savoir que la capacité de dépistage a « bondi de 60 % depuis lundi ».

En fait, c’est plutôt l’administratrice en chef de l’Agence de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, qui a reconnu du bout des lèvres l’existence d’un flou. « Il est vrai que les exigences sont plutôt compliquées, et je pense que nous devrons publier des informations sur un site web pour aider les voyageurs », a-t-elle laissé tomber.

À la suite de l’intervention de la Dre Tam, le gouvernement fédéral a publié quatre infographies illustrant les différents scénarios qui attendront les voyageurs à leur arrivée dans les aéroports canadiens.

Avec la collaboration de Joël-Denis Bellavance, La Presse

Consultez les infographies sur les différents scénarios pour les voyageurs aériens

Utiliser ArriveCan, même pour un voyage de 24 heures

Il est primordial que tous les voyageurs canadiens inscrivent leurs informations dans ArriveCAN (sur le web ou au moyen de l’application) jusqu’à 72 heures avant leur retour au pays, et ce, même pour un voyage d’une journée. Un père, qui n’a pas voulu être nommé par crainte de représailles, et sa fille de 14 ans l’ont appris à leurs dépens. Dimanche, le duo est parti à New York en compagnie d’une amie de l’adolescente et du père de cette dernière, pour assister à un concert. À leur retour à la frontière canado-américaine lundi matin, les parents ont réalisé qu’ils avaient omis d’inscrire leurs informations dans ArriveCAN, et se sont vu imposer une quarantaine de deux semaines par le douanier. « Pour nous, comme professionnels, ça pose un problème. Mais c’est surtout [dérangeant] pour nos filles, de manquer deux semaines d’école complètes juste avant la période des examens de Noël », déplore le père. Les voyageurs qui ne possèdent pas de téléphone intelligent doivent remplir le formulaire d’ArriveCAN sur « tout appareil personnel ou public » qui permet d’accéder à l’internet, comme un ordinateur portable ou une tablette, a précisé par écrit l’Agence de la santé publique du Canada à La Presse.