Plusieurs dizaines de lecteurs nous ont dit souhaiter avoir accès à des tests de dépistage rapides à faire soi-même à la maison en prévision de la période des Fêtes. Ce n’est toujours pas offert au Québec. Le point sur la question.

Publié le 3 déc. 2021
Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

Pour Johanne Beaulieu, de Boucherville, les Fêtes en famille réuniront seulement neuf personnes, toutes pleinement vaccinées sauf les deux enfants de moins de 5 ans. De plus, elle et son mari ont chacun une trousse de dépistage rapide à utiliser à la maison.

« On va utiliser les tests rapides si on voit qu’il y en a un qui a le rhume ou quelque chose comme ça, pour protéger tout le monde », a-t-elle expliqué à La Presse.

« On va pouvoir être encore plus prudents et s’assurer qu’on ne déclenchera rien. »

Ces tests antigéniques accompagnés d’un feuillet d’instructions et d’un lien vers une vidéo leur ont été remis cet automne par le système de santé… du Nouveau-Brunswick, où le couple a une résidence.

Depuis ce temps-là, je me demande pourquoi on n’en a pas au Québec. C’est tellement bien fait au Nouveau-Brunswick, de façon tout à fait professionnelle.

Johanne Beaulieu

La province maritime a un réseau de points de collecte où les citoyens peuvent obtenir un test rapide gratuit à utiliser à domicile.

IMAGE TIRÉE DU SITE DE BTNX

Au Nouveau-Brunswick, des tests antigéniques Rapid Response sont offerts gratuitement par le gouvernement.

La Saskatchewan donne aussi de ces tests, fournis par le fédéral, à sa population.

L’Ontario a annoncé qu’elle en distribuerait 11 millions dans ses écoles publiques avant les Fêtes, afin que chaque élève en ait cinq à la maison, à utiliser durant les vacances ou au retour en classe.

La Nouvelle-Écosse vient aussi d’élargir son programme Test to Protect Kids afin que les enfants de 3 à 11 ans inscrits à l’école ou en service de garde reçoivent quatre tests pour la maison.

« Il me semble qu’on est aussi intelligents que les autres. Est-ce une question de contrôle ? », s’interroge Mme Beaulieu.

Pour l’instant, Québec utilise seulement les tests rapides dans les écoles et les entreprises. Les services de garde pourront aussi bientôt en fournir un aux parents dont l’enfant présente des symptômes ressemblant à ceux de la COVID-19, a annoncé Québec jeudi.

« Nous avons également demandé au gouvernement fédéral de nous fournir des autotests qu’on attend toujours », nous a indiqué une porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux par courriel.

« On a toujours répondu à la demande des provinces », a fait savoir une source fédérale, qui a demandé à ne pas être nommée, car elle n’est pas un porte-parole autorisé.

Le Québec a demandé et reçu 3,25 millions de tests rapides pour le mois de novembre, et les 10,7 millions de tests demandés pour décembre seront envoyés, indique-t-on à Ottawa, sans préciser si la commande du Québec comprend des autotests.

La demande croissante de tests rapides dans le monde fait pression sur la chaîne d’approvisionnement, ce qui va nécessiter une réflexion sur leur utilisation, estime le fédéral. « C’est bien de les rendre accessibles au public, mais est-ce qu’on ne devrait pas contrôler le nombre de tests accessibles à chacun sur une période donnée, comme cinq tests par semaine ? », illustre-t-on.

Utiles pour les Fêtes

Les autotests antigéniques rapides n’ont pas la même sensibilité que les tests PCR sur toute la durée de l’infection, mais ils sont « assez sensibles » pour la détecter durant la période où la personne est le plus contagieuse, soit celle où elle présente de hautes charges virales, même si elle est asymptomatique, explique le professeur David Juncker, du département de génie biomédical de l’Université McGill.

Si on pense à une rencontre familiale, vous pouvez faire le test juste avant de rencontrer la personne et donc, à ce moment-là, vous savez si vous êtes infectieux ou pas.

David Juncker, du département de génie biomédical de l’Université McGill

Les gens doivent être conscients que la validité d’un test négatif est de courte durée, mais « même avec un test PCR négatif, ça ne veut pas dire que la journée suivante, vous n’êtes pas contagieux. Il n’y a aucun test qui peut donner une réponse dans le futur », dit-il.

Et en cas de résultat positif, les instructions des tests rapides demandent de s’isoler immédiatement et d’aller passer un test PCR pour confirmer le résultat.

Les tests rapides arrivent timidement en pharmacie

Bien que des autotests rapides aient été homologués au cours des derniers mois par Santé Canada, les pharmacies ne réussissent pas encore à en obtenir de leurs fournisseurs pour les vendre au public, indique l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires. Par contre, certaines commencent à offrir un service de tests rapides effectués en magasin. « On va graduellement le faire connaître, le temps de se faire la main et de s’assurer que toutes nos procédures soient bien établies », indique le pharmacien Grégoire Arakelian, qui offre ces tests au coût de 17 $ dans trois de ses pharmacies installées dans des magasins Costco, soit deux dans le Grand Montréal et une dans la région de Québec. Le résultat est disponible environ une demi-heure après le début du test, qui doit être effectué par des professionnels de la santé. L’Ordre des pharmaciens du Québec a émis récemment des directives à ce sujet, mais ignore combien de ses membres offrent déjà ce service. « On devrait en avoir un certain nombre et probablement dans chacune des régions », prévoit la directrice générale de l’Ordre, Manon Lambert. « Les pharmaciens, généralement, se plient en quatre pour répondre aux besoins de leurs patients. »

Ariane Krol, La Presse

Des tests rapides offerts dans les garderies

À compter de lundi, les garderies québécoises offriront aux parents des tests rapides de dépistage pour les enfants présentant des symptômes de la COVID-19, a annoncé Québec jeudi. Les employés des garderies ne seront toutefois pas autorisés eux-mêmes à effectuer le test rapide. « Ces tests rapides pourront être utilisés par les parents à la maison », lit-on dans le communiqué de presse du ministère de la Santé et des Services sociaux. Si le test se révèle positif, il sera nécessaire de confirmer le résultat dans un centre de dépistage, en raison d’une « fiabilité moindre » de ces tests par rapport à ceux utilisés en laboratoire. En plus de prévenir les éclosions, cette nouvelle mesure s’inscrit dans la volonté d’amener « plus d’autonomie dans la façon de [tester] les Québécoises et Québécois », écrit le Ministère. La distribution de tests rapides dans les garderies québécoises répond à une demande de celles-ci, en plus de « simplifier le quotidien des parents à l’approche des Fêtes ». « On le sait, il y a beaucoup de désagrément à amener les enfants dans les centres de dépistage », a précisé la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique de Montréal, lors d’un point de presse tenu mercredi. Au sujet de l’utilisation des tests rapides, la Dre Drouin a affirmé qu’il y avait « quand même une perspective de les utiliser dans certains contextes spécifiques et peut-être de les étendre ». Reste à voir si ces tests seront aussi efficaces avec les variants, a-t-elle ajouté.

Florence Morin-Martel, La Presse, avec la collaboration d’Henri Ouellette-Vézina, La Presse