Deux premiers cas du nouveau variant du coronavirus, Omicron, ont été confirmés à Ottawa dimanche. Tandis que les cas se propagent dans le monde et que l’inquiétude monte en flèche, les ministres de la Santé du G7 sont convoqués à une réunion d’urgence lundi.

Mis à jour le 29 nov. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Dimanche, l’Ontario a confirmé deux cas du variant Omicron de la COVID-19 à Ottawa. « Ces deux cas ont été signalés chez des personnes ayant récemment voyagé en provenance du Nigeria. Santé publique Ottawa procède à la gestion des cas et des contacts, et les patients sont en isolement », ont affirmé Christine Elliott, vice-première ministre et ministre de la Santé, et le Dr Kieran Moore, médecin hygiéniste en chef de la province, dans un communiqué.

Le Nigeria, situé en Afrique occidentale, ne figure pas sur la liste rouge du Canada.

Le ministre de la Santé du Canada, Jean-Yves Duclos, a dit « s’attendre à ce que d’autres cas de ce variant soient découverts au Canada ».

Le ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé, a indiqué sur Twitter que son équipe était en contact régulier avec le ministre Duclos et qu’elle suivait la situation de très près avec la santé publique « pour voir l’évolution du variant Omicron au Québec ».

« Le variant a plusieurs mutations préoccupantes. Il a des mutations qui pourraient lui permettre d’échapper aux anticorps, des mutations qui pourraient lui permettre de s’accrocher plus fortement aux cellules et des mutations qui pourraient accélérer la vitesse à laquelle on peut être infecté par le virus. Sur papier, le variant semble très dangereux », lance d’emblée Andrew Pekosz, épidémiologiste à l’École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg, à Baltimore, aux États-Unis, en entrevue avec La Presse.

Le 26 novembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a désigné la souche B.1.1.529 comme un variant préoccupant et l’a nommé Omicron. Le variant possède un grand nombre de mutations et a été signalé pour la première fois à l’OMS par l’Afrique du Sud le 24 novembre.

Réunion d’urgence

Le gouvernement britannique, qui occupe en ce moment la présidence tournante du G7, a annoncé dimanche convoquer lundi « une réunion d’urgence » de ministres de la Santé du groupe, afin qu’ils s’attaquent à la question du variant Omicron.

Les ministres de la Santé de la France, des États-Unis, du Canada, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni se retrouveront donc le « lundi 29 novembre pour discuter de l’évolution de la situation sur Omicron », lors d’une « réunion d’urgence », a annoncé le ministère britannique de la Santé dans un communiqué.

Jusqu’à présent, le Canada, les Pays-Bas, le Botswana, l’Afrique du Sud, Israël, la Belgique, le Danemark, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et la République tchèque ont identifié des cas du variant Omicron, principalement chez des voyageurs.

Un voyageur canadien infecté

La Chine a également identifié deux cas de variant Omicron, dont un chez un voyageur arrivé à Hong Kong en provenance du Canada.

À Hong Kong, un voyageur de 36 ans venu d’Afrique du Sud le 11 novembre dernier a été déclaré positif au variant Omicron. Un voyageur de 62 ans arrivé du Canada le 10 novembre a aussi été déclaré positif une semaine après son arrivée, alors qu’il était en quarantaine dans une chambre d’hôtel située en face de celle du voyageur sud-africain.

La Santé publique du pays suggère que le voyageur du Canada pourrait avoir été infecté par le virus lorsque l’homme en provenance d’Afrique du Sud a ouvert la porte de sa chambre d’hôtel sans porter de masque chirurgical. Une circulation d’air insuffisante serait aussi en cause.

Les deux hommes infectés étaient pleinement vaccinés avec le vaccin Pfizer. L’homme de 62 ans venu du Canada avait reçu deux doses du vaccin – le 29 avril et le 25 mai.

Les 12 personnes ayant séjourné du 11 au 14 novembre dans les trois chambres situées à gauche et à droite des chambres des deux hommes infectés ont été soumises à une quarantaine obligatoire pendant 14 jours, a annoncé le ministère chinois de la Santé.

Un contraste important

Pendant que le variant Omicron est sur toutes les lèvres à l’international, de nouvelles restrictions sanitaires n’ont pas encore été imposées en Afrique du Sud, note un voyageur français qui s’y trouve, Yayan Alès.

On continue de porter le « masque dans les lieux fermés, on nous désinfecte [les mains] et on prend notre température cinq fois par jour, on remplit des questionnaires à chaque entrée de parcs », raconte M. Alès, par écrit à La Presse.

Le taux de vaccination demeure toutefois très bas en Afrique du Sud : seulement 24 % de la population est adéquatement vaccinée.

Tjalina Nijholt, une touriste hollandaise qui visite l’Afrique de l’Est, n’a pas remarqué de changement dans l’attitude de la population dans les derniers jours. « C’est super étrange, le contraste est très grand. Vous voyez les nouvelles d’Europe, des États-Unis, du monde entier, qui parlent de ce nouveau variant. Mais dans les pays eux-mêmes, du moins en Tanzanie et au Kenya, ce n’est pas du tout une préoccupation », évoque-t-elle en entrevue avec La Presse.

Trop tard ?

D’après les expériences passées de COVID-19, le variant Omicron s’est probablement déjà répandu dans une certaine mesure dans le monde entier, estiment les experts consultés par La Presse.

« Nous savons qu’au moment où nous identifions un variant, il s’est souvent déjà répandu. Une partie de ce qui déterminera si le variant Omicron continue à se répandre est la façon dont il rivalise avec le variant Delta », a indiqué à La Presse Philip A. Chan, médecin spécialiste des maladies infectieuses à l’Université Brown, dans l’État du Rhode Island, aux États-Unis.

Mais avant de savoir si le nouveau variant Omicron réussira à battre le variant Delta, davantage de données seront nécessaires, concluent les experts.

Des Canadiens toujours bloqués en Afrique australe

Devant la propagation rapide du nouveau variant Omicron, plusieurs pays se sont empressés de fermer leurs portes aux voyageurs en provenance de l’Afrique australe. De nombreux vols internationaux ont été suspendus, rendant difficile le retour au pays de Canadiens. L’OMS et de nombreux experts appellent toutefois à ce que les frontières restent ouvertes.

Danielle Husar, 23 ans, fait partie de l’équipe nationale junior féminine canadienne de hockey sur gazon. Depuis les derniers jours, la jeune athlète, qui vient de Mississauga, en Ontario, s’entraînait avec son équipe à Potchefstroom, en Afrique du Sud, en prévision de la Coupe du monde junior 2021 de la Fédération internationale de hockey, qui était prévue du 5 au 16 décembre.

Mais vendredi dernier, les plans ont changé. « Nous avons été informés vendredi soir que notre tournoi était reporté en raison de l’apparition d’un nouveau variant. Nous devions partir vers la mi-décembre, mais nous essayons maintenant de rentrer au Canada le plus vite possible », raconte Mme Husar à La Presse.

Sur tous les continents, nombreux sont les États qui se ferment à des pays d’Afrique australe, dont l’Afrique du Sud, le Botswana, le Zimbabwe, la Namibie, le Lesotho, l’Eswatini, le Mozambique, mais aussi la Zambie, le Malawi ou l’Angola selon les cas. Ils durcissent aussi les règles d’entrée pour tous les voyageurs. Dimanche, l’Angola est devenu le premier pays d’Afrique australe à suspendre ses vols dans la zone.

La jeune femme et ses coéquipières, originaires de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de l’Ontario, attendent impatiemment de pouvoir revenir au pays.

PHOTO FOURNIE PAR DANIELLE HUSAR

Danielle Husar, joueuse de l’équipe nationale junior féminine canadienne de hockey sur gazon coincée en Afrique du Sud

Pour l’instant, il n’est pas possible de rentrer au Canada, car il n’y a pas de vols directs de l’Afrique du Sud au Canada, et tous les pays ont cessé d’accepter les vols de l’Afrique du Sud ou les ont annulés.

Danielle Husar, joueuse de l’équipe nationale junior féminine canadienne de hockey sur gazon coincée en Afrique du Sud

Une équipe au Canada, en collaboration avec le gouvernement canadien, travaille pour essayer de ramener les jeunes femmes au pays. « Mais pour l’instant, nous ne savons pas quand nous pourrons rentrer », ajoute-t-elle.

Punir l’Afrique australe

Alors que les restrictions de voyages vers les pays africains se multiplient, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé dimanche à ce « que les frontières restent ouvertes ».

« L’OMS se tient aux côtés des pays africains et lance un appel pour que les frontières restent ouvertes », a affirmé l’organisation dans un communiqué, appelant les pays à « adopter une approche scientifique », basée sur « l’évaluation des risques ».

Selon Andrew Pekosz, épidémiologiste à l’École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg, la fermeture des frontières n’est pas une méthode efficace.

Les restrictions de voyages fonctionnent rarement. On voit que le variant est déjà en Europe. Le message que ça envoie, c’est qu’on punit l’Afrique australe et les scientifiques d’avoir été honnêtes et d’avoir diffusé rapidement leurs données.

Andrew Pekosz, épidémiologiste à l’École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg

Ces mesures d’interdiction de vols, qui ont un impact sur l’économie et le tourisme, pourraient dissuader à l’avenir les pays de signaler la découverte de variants de peur de se retrouver sanctionnés, ont indiqué les autorités sanitaires sud-africaines, qui avaient sonné l’alerte sur l’existence de ce variant dans leur pays.

« Il est crucial que les pays qui sont transparents avec leurs données soient soutenus, car c’est le seul moyen de s’assurer que nous recevons les données importantes en temps opportun », exhorte l’OMS.

Que faire, alors ? « Il faut tester plus et mieux et il faut trouver d’autres moyens pour identifier rapidement les cas », conclut M. Pekosz.

Avec Coralie Laplante, La Presse, et l’Agence France-Presse