Les projections de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) sur l’évolution de la COVID-19 montrent que la vaccination des enfants pourrait réduire de façon importante le nombre de nouveaux cas et d’hospitalisations au lendemain des Fêtes.

Publié le 27 nov. 2021
Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Ces projections ne tiennent évidemment pas compte de l’impact que pourrait avoir l’irruption d’un nouveau variant, baptisé Omicron, dont on a découvert l’existence cette semaine et qui suscite de vives inquiétudes partout dans le monde, ce qui a déjà amené la plupart des gouvernements, dont celui du Canada, à suspendre les vols en provenance d’Afrique australe.

« La vaccination des enfants est une protection de plus contre l’augmentation de la transmission. Cela dit, il faut faire attention. Il y a deux éléments qui sont incertains : la durée de la protection et les variants avec un possible échappement vaccinal », précise Marc Brisson, coauteur de l’étude, professeur titulaire à l’Université Laval et directeur du Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses du Centre de recherche du CHU de Québec, en entrevue avec La Presse.

Cette nuance étant faite, on note que dans les divers scénarios présentés par l’INSPQ, l’effet de la vaccination des enfants de 5 à 11 ans change la donne.

« Le message, c’est que toute couverture additionnelle est bonne. Il faut espérer avoir la plus haute couverture possible, mais même à 45 % et 50 %, il y a un impact appréciable de la vaccination des enfants sur la transmission communautaire, souligne M. Brisson. Ces pourcentages de plus nous donnent des courbes plus aplaties. »

Deux projections

Le rapport de l’organisme compte deux ensembles de projections distinctes, les premières pour le Grand Montréal, les secondes pour les autres régions du Québec. Dans les deux cas, elles mesurent deux hypothèses : un respect des contacts réduits en novembre et en décembre, et un retour à des contacts prépandémie durant la même période.

« Selon le scénario d’augmentation des contacts à l’automne (retour au niveau de contacts pré-COVID), le modèle prédit une augmentation des cas et des hospitalisations dans le Grand Montréal, en raison de l’augmentation de la transmission communautaire. Les pics de cas et d’hospitalisations pourraient se situer entre ceux des 2e et 3vagues (janvier et avril 2021, respectivement) et pourraient être atteints en janvier/février 2022 », note le rapport.

Les impacts seront toutefois plus modérés si les Montréalais ont respecté les règles sanitaires. « Selon le scénario de maintien des contacts réduits à l’automne, le modèle prédit un aplatissement de la courbe des cas et des hospitalisations », disent les chercheurs.

Un nombre de cas plus faible en décembre pourrait limiter la transmission intergénérationnelle pendant le temps des Fêtes et, par conséquent, les hospitalisations en janvier 2022.

Extrait du rapport de l’Institut national de santé publique du Québec

Changement de trajectoire

Lequel de ces scénarios est le plus probable ?

« Je pense que, comme pour tout avec la COVID-19, il s’agit de se préparer pour le pire et d’espérer pour le mieux. C’est ça qu’on fait avec nos scénarios. On montre ce qui pourrait arriver de façon pessimiste et ce qui pourrait arriver de façon optimiste, et souvent, on se trouve quelque part entre les deux », répond Marc Brisson.

« Ce qui est clair, c’est que plus la couverture vaccinale est haute dans la population totale, plus c’est difficile d’avoir une augmentation de la transmission », ajoute-t-il.

C’est ce qui pourra se produire avec la vaccination des enfants. Les projections montrent que celle-ci provoque un changement de trajectoire marqué de l’évolution des cas. La hausse des cas reste importante dans le scénario avec reprise de contacts, mais sans atteindre les sommets observés en janvier dernier. Pour ce qui est des hospitalisations, elles se situeraient au niveau de la troisième vague.

Cependant, dans le scénario avec de faibles contacts, la vaccination des enfants réduit considérablement le nombre de nouveaux cas et d’hospitalisations, assez pour les maintenir au niveau de l’automne et empêcher un autre pic au début de 2022.

Ces projections reposent sur une couverture vaccinale des enfants (première dose) de 70 à 75 % d’ici cinq à six semaines, dont l’atteinte semble plausible. Mais même si la vaccination est plus basse, à 50 % par exemple, « on sera mieux équipés pour lutter contre des éléments inconnus, comme une perte de l’efficacité vaccinale ou de nouveaux variants », affirme M. Brisson.

« Au Québec, on a une bonne protection pour l’instant, mais il faut savoir quelles seront les caractéristiques de ce nouveau variant [Omicron] et surveiller l’efficacité vaccinale », ajoute le directeur du Groupe de recherche.

Quand on parle de vague, l’avenir est un peu incertain, mais ce qu’on peut faire, présentement, c’est de bien surveiller la situation en termes de durée de protection et d’étudier les caractéristiques des nouveaux variants.

Marc Brisson, coauteur de l’étude

Dans les régions

Les projections réalisées pour les autres régions du Québec tiennent compte de l’évolution différente de la pandémie. Mais les conclusions générales, sur l’impact négatif qu’aurait un retour des comportements sociaux d’avant la pandémie et sur l’impact positif de la vaccination des enfants, restent les mêmes.

« La vaccination des enfants pourrait limiter l’augmentation de la transmission qui pourrait survenir pendant la période des Fêtes avec l’augmentation des contacts intergénérationnels (percolation des cas des enfants vers les adultes) », indique-t-on dans le rapport.

« La vaccination des enfants permettrait également de réduire les hospitalisations dans tous les groupes d’âge en limitant la transmission communautaire (particulièrement chez les personnes non vaccinées). »