Il faut faire la lumière sur les rapports « détruits » à la suite des inspections qui ont été effectuées dans les CHSLD et les résidences pour aînés durant la première vague de la COVID-19, demande Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ).

Stéphane Rolland La Presse Canadienne

« Il faut comprendre ce qui s’est passé. Qui a ordonné la destruction de ces rapports ? Qui a posé ces gestes-là », a dit la cheffe de l’opposition officielle en point de presse devant le CHSLD Yvon Brunet à LaSalle, où les deux tiers des résidants ont été infectés durant la première vague, dont 73 sont morts.

Dans le cadre de l’enquête de la coroner Géhane Kamel sur les décès survenus en CHSLD, il a été révélé, mardi, que le gouvernement avait fait des inspections dans les CHSLD au début de la première vague, mais aucun rapport écrit n’aurait été produit.

C’est ce qu’a affirmé la sous-ministre adjointe, Direction générale des aînés et des proches aidants au ministère de la Santé, Natalie Rosebush, lors de son témoignage. « Les observations qui étaient faites par les visites de vigie étaient faites verbalement », avait-elle répondu à la coroner, qui souhaitait voir le détail de ces visites.

Mme Anglade revient à la charge, vendredi, et accuse le gouvernement de vouloir cacher les conclusions tirées de ces inspections. « Ça a des conséquences très graves, réagit-elle. Il y a visiblement de manière volontaire des gens qui ont posé des gestes, qui ont dit : « ces rapports ne doivent pas exister ». Ces rapports-là, on ne veut pas les voir rendus publics. Pourquoi ? Qui a décidé ça ? »

Mme Anglade espère que la coroner Kamel pourra obtenir des réponses. La coroner a d’ailleurs demandé d’obtenir les notes transmises à Mme Rosebush et à l’ancien sous-ministre Yvan Gendron. Elle n’a pas exclu de convoquer les inspecteurs à témoigner.

« S’il advenait qu’aucun de ces courriels ou notes n’existent, avait-elle dit jeudi, je n’exclus pas l’idée de rencontrer […] des personnes qui ont fait les visites pour qu’ils soient capables de nous rapporter ce qu’ils ont constaté. »

Au gouvernement, on se défend d’avoir détruit des rapports sur les 11 512 visites réalisées dans 2600 établissements.

« Nous souhaitons être bien clairs : aucun rapport n’a été détruit », répond Lyann St-Hilaire, porte-parole de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, en congé de maladie.

L’urgence de la situation aurait incité le gouvernement à prioriser les communications verbales plutôt que de rédiger des rapports, ajoute-t-elle. « Notre priorité à ce moment-là, ce n’était pas de rédiger des rapports d’inspection. C’était de nous assurer que le personnel n’avait pas déserté, comme ça avait été le cas au CHSLD Herron et que, malgré l’absence de travailleurs et de préposés, nos aînés recevaient les soins et les services nécessaires. »

Le gouvernement s’engage à collaborer avec la coroner et fournira « toutes les informations et la documentation » concernant six CHSLD visés par l’enquête du coroner, notamment Herron et Yvon Brunet.

Cette réponse ne convainc pas Mme Anglade qui veut savoir ce qui s’est passé dans les résidences durant la première vague. Elle a réitéré sa demande d’une enquête publique indépendante pour faire « l’ensemble de la lumière » sur la chaîne de commande et les décisions qui ont été prises. « Il y a beaucoup de questions qui restent en suspens. »