À partir de lundi, les oiseaux de nuit pourront de nouveau fouler les pistes de danse du Québec. À quelques heures de la réouverture, il y avait de la fébrilité dans l’air des établissements de la vie nocturne montréalaise, qui n’ont pas tous attendu le feu vert du gouvernement.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

Au bar Le Belmont, boulevard Saint-Laurent, Alessandro Arciero, le propriétaire, ne cachait pas son impatience. « La danse, c’est la réouverture, a-t-il lancé lors du passage de La Presse. Sans danse, on passe la soirée à dire aux gens de s’asseoir. On ouvre le bar pour être à peine capables de faire nos frais. »

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Alessandro Arciero, propriétaire du bar Le Belmont, à Montréal

À compter de lundi, il sera permis de danser et de rester debout sans distanciation physique dans les bars et les restaurants, à condition de porter un couvre-visage. Il sera aussi permis de chanter dans un karaoké, mais le chanteur devra porter un couvre-visage s’il lui est impossible de maintenir une distance de 2 m avec les autres personnes ou s’il n’y a pas de barrière physique. Le passeport vaccinal reste en vigueur dans ces établissements.

Au Belmont, une poignée de personnes étaient attablées là où naguère la clientèle se déhanchait au rythme de la musique dubstep. Rencontré sur les lieux, Tristan Lauder se dit impatient de retrouver l’énergie des soirées dansantes, mais ignore si ces assouplissements arrivent « au bon moment ». À quelques pas de là, William Massot, DJ, ne demande qu’à renouer avec la foule. Le port du couvre-visage posera-t-il problème aux danseurs ? Pas vraiment, avance-t-il : « Après deux ans de pandémie, on est habitués. »

En plein cœur du Village, Le Normandie s’affairait de son côté aux préparatifs de son premier karaoké de l’année.

Beaucoup de personnes participent à l’évènement sur Facebook. Il reste seulement quelques places. Les gens semblent au rendez-vous !

Pascal Lefebvre, propriétaire du Normandie

Afin de ne pas répéter le cauchemar de la soirée karaoké de Québec, à l’origine de l’interdiction du chant amateur, un plexiglas a été installé entre la scène et la salle. La taverne s’est aussi équipée de couvre-micros (des tissus jetables qui recouvrent le micro pendant chaque prestation).

Une « deuxième maison »

Le fait de pouvoir danser dès lundi est un « soulagement » pour bien des gens, selon Alexis Simoneau, cofondateur de MTL 24/24, un organisme voué à la vie nocturne montréalaise. « Je n’ai jamais vu autant de gens être aussi heureux », raconte-t-il. Pour certains danseurs, les boîtes de nuit sont comme une « deuxième maison ».

Alexis Simoneau se questionne toutefois sur le respect du port du couvre-visage sur la piste de danse. « J’ose croire que les gens vont respecter ces règles-là, puisqu’ils ne veulent pas que les lieux aient des problèmes », précise-t-il.

« En pleine quatrième vague »

L’ensemble des assouplissements annoncés par le gouvernement Legault « n’arrivent pas au bon moment », estime André Veillette, professeur de médecine et directeur de l’unité de recherche en oncologie moléculaire de l’Institut de recherches cliniques de Montréal. « On est encore en pleine quatrième vague », souligne-t-il, en pointant la hausse des personnes infectées. Si les cas augmentent surtout chez les enfants, ces derniers peuvent transmettre le virus.

Pour ce qui est des boîtes de nuit, le risque de propagation du virus y est « minime » si les gens portent un couvre-visage et dansent dans des endroits bien ventilés. « Mais les bars sont des lieux de proximité, rappelle M. Veillette. Les gens vont peut-être enlever le masque. » Avec la protection vaccinale qui diminue et les assouplissements qui s’en viennent, il craint une hausse des cas.

Réouverture hâtive

Au passage de La Presse, vers minuit dans la nuit de vendredi à samedi, au mythique Stereo, une discothèque sans alcool, des habitués dansaient au son de la musique house. La majorité des danseurs ne portaient pas de couvre-visage et ne respectaient pas la distanciation physique.

De retour depuis le 5 novembre, le Stereo risquait de « fermer pour toujours » sans cette réouverture, souligne Tommy Piscardeli, copropriétaire de la discothèque.

Questionné au sujet de la piste de danse bondée – d’où fusaient des cris d’encouragement dirigés vers le DJ –, le copropriétaire Mike Rein s’est défendu en disant que son établissement est une « zone sans alcool ».

« Le décret du gouvernement concerne l’alcool et le fait de danser », a soutenu M. Rein, qui s’affairait à scanner les passeports vaccinaux. En ce qui concerne le non-respect du port obligatoire du couvre-visage, le copropriétaire assure pourtant que des employés veillent au respect de cette règle sur la piste de danse et à l’entrée de l’établissement.

Même si on n’y vend pas d’alcool, la tenue d’un évènement comme celui du Stereo est interdite jusqu’à lundi, a écrit le ministère de la Santé et des Services sociaux, dans un échange de courriels avec La Presse. « La danse est possible lorsqu’elle est pratiquée dans un contexte de loisir et limitée à 25 personnes par plateau, à l’intérieur », a indiqué le Ministère.

Contacté par La Presse, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’a pas émis de commentaires portant précisément sur des boîtes de nuit qui auraient fait l’objet d’un constat d’infraction pour violation des mesures sanitaires. Le SPVM a cependant rappelé qu’il continuait de vérifier les plaintes « pour non-respect des mesures en vigueur » et était toujours à même de donner des contraventions en cas d’infraction.