En allégeant ses mesures sanitaires, le Québec commence à accepter de laisser circuler la COVID-19 et à voir les non-vaccinés être infectés. Comme l’a fait Singapour, qui connaît une flambée de cas. Une même recrudescence épidémique est-elle à prévoir ici aussi ?

Publié le 3 nov. 2021
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Avec 84 % de ses 5,8 millions d’habitants pleinement vaccinés (et 16 % ayant eu une dose de rappel), selon les données gouvernementales, Singapour est l’un des endroits les plus immunisés au monde. N’empêche, cette cité-État s’est retrouvée le 27 octobre avec un pic de plus de 5000 nouveaux cas par jour, et des hôpitaux hautement sous pression.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Un gros changement de cap. En mai, Lee Hsien Loong, premier ministre de Singapour, annonçait que le gouvernement laissait tomber son objectif de « COVID-0 » et en était rendu à l’étape de « vivre avec le virus ».

En juin et en juillet, après avoir été une société hautement fermée, Singapour a levé largement les restrictions dans les restaurants, les salles de spectacles et les bureaux. En août, des entreprises accueillaient de nouveau presque tous leurs employés.

Depuis, Singapour a remis en place plusieurs restrictions sanitaires pour redonner un peu d’air au système de santé, et la vague montre des signes d’essoufflement.

  • Une enseigne à Singapour encourageant les gens à conserver une distance de 1 m entre eux

    PHOTO EDGAR SU, ARCHIVES REUTERS

    Une enseigne à Singapour encourageant les gens à conserver une distance de 1 m entre eux

  • Du ruban désigne les places assises disponibles dans cet espace public extérieur de Singapour, de manière à respecter la distanciation.

    PHOTO EDGAR SU, ARCHIVES REUTERS

    Du ruban désigne les places assises disponibles dans cet espace public extérieur de Singapour, de manière à respecter la distanciation.

  • Les places sont limitées et distancées pour accéder à un visionnement gratuit d’un film.

    PHOTO EDGAR SU, ARCHIVES REUTERS

    Les places sont limitées et distancées pour accéder à un visionnement gratuit d’un film.

  • Une personne reçoit une dose de vaccin contre la COVID-19 dans un centre de vaccination de Singapour.

    PHOTO EDGAR SU, ARCHIVES REUTERS

    Une personne reçoit une dose de vaccin contre la COVID-19 dans un centre de vaccination de Singapour.

  • Une Singapourienne scanne un appareil servant à mieux retracer les gens en cas d’éclosion de COVID-19

    PHOTO ROSLAN RAHMAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

    Une Singapourienne scanne un appareil servant à mieux retracer les gens en cas d’éclosion de COVID-19

  • Un homme est assis sur une place désignée, dans un centre d’achat local.

    PHOTO EDGAR SU, ARCHIVES REUTERS

    Un homme est assis sur une place désignée, dans un centre d’achat local.

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Le cas de Singapour illustre ce qui peut arriver quand on ouvre davantage les vannes. Mais cela ne démontre en rien une quelconque inefficacité des vaccins, indiquent les experts consultés par La Presse.

Des détails qui font toute la différence

Christina Zarowsky, professeure titulaire de santé publique à l’Université de Montréal, rappelle que ce sont souvent « des détails qui font une grosse différence », comme la distribution dans les taux de vaccination.

À Singapour, si le taux global de vaccination est remarquable, celui des personnes âgées, lui, y est beaucoup plus bas, relève-t-elle.

De fait, à Singapour, chez les 70 ans et plus, le taux de vaccination se situe à 85 %. Au Québec, dans tous les groupes d’âge après 70 ans, on en est à plus de 94 %.

Mme Zarowsky note aussi que la densité de population à Singapour est autrement plus élevée qu’ici. Dans cette seule mégapole se trouve en effet près de 70 % de toute la population du Québec.

Cela ne signifie pas qu’un allègement des mesures sanitaires au Québec se fera sans heurts, fait-elle observer. Une hausse du nombre de cas surviendra sans doute. Mais encore là, l’important sera de tirer des leçons des erreurs vues ailleurs, comme en Alberta, où on a ouvert trop tôt, avec des taux de vaccination trop bas, et où l’on a mis un frein sur le dépistage, énumère Mme Zarowsky.

Selon les données gouvernementales de Singapour, aucune personne de moins de 60 ans totalement vaccinée ne s’est retrouvée aux soins intensifs ou n’est morte de la COVID-19. Mais c’est le cas de 3 % des 80 ans et plus. Le gouvernement multiplie donc encore les vidéos et d’autres initiatives de sensibilisation visant spécifiquement les personnes âgées toujours récalcitrantes au vaccin.

Maintenant, laisser circuler la maladie

Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), confirme que le Québec et Singapour envisagent maintenant la COVID-19 de la même façon.

Nos taux de vaccination globaux sont semblables et là-bas comme ici, on en est à se dire qu’« on peut laisser circuler la maladie, retrouver une normalité et laisser les gens non vaccinés se faire infecter ».

Au Québec, on a 750 000 personnes de 12 ans et plus non vaccinées. […] On arrive à un moment où l’on sait que les efforts pour convaincre plus de gens de se faire vacciner ne donnent plus de résultats.

Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’INSPQ

On en est donc à la fameuse étape d’ouvrir la société, de voir ce qui arrive – comme ce qu’a fait Singapour – et de s’ajuster.

Pour les prochaines années, « il y a une hypothèque sur notre système de santé, qui est due à ces 750 000 personnes non vaccinées » et qui, dans une certaine proportion, se retrouveront à l’hôpital.

À partir de maintenant, il s’agit donc de voir quelles consignes sanitaires on peut alléger « pour atteindre un niveau d’infection qui soit tolérable pour le système de santé ».

La Dre Anne Gatignol, professeure de microbiologie à l’Université McGill, rappelle pour sa part que, selon les différentes études sur le sujet, « le taux d’hospitalisation est environ 6 fois plus élevé et le taux de décès, de 8 à 11 fois plus élevé pour les non-vaccinés que pour ceux qui ont eu deux doses. Donc, dans tous les pays, la levée des restrictions s’accompagnera inévitablement d’une augmentation des hospitalisations et des décès, essentiellement des non-vaccinés ».

Depuis 28 jours, selon le gouvernement de Singapour…

  • 98,7 % des personnes infectées ont eu des symptômes légers ou aucun symptôme ;
  • 0,8 % des personnes infectées ont eu besoin d’oxygène ;
  • 0,3, % des personnes infectées se sont retrouvées aux soins intensifs ;
  • 0,2 % des personnes infectées sont mortes.

Source : gouvernement de Singapour