Le directeur général du CHSLD Herron a reçu « comme une pelle dans la face » l’annonce de la mise sous tutelle de son centre par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal à la fin du mois de mars 2020.

Gabrielle Duchaine
Gabrielle Duchaine La Presse

« J’ai perçu ça comme un appel de force, sans aucun appel [de la part du CIUSSS] avant pour me demander si j’avais besoin d’aide. J’ai demandé de l’aide le 27 [mars]. »

Andrei Stanica, qui a attrapé la COVID-19 et a été sur le carreau durant plusieurs jours à l’époque, a témoigné mardi et mercredi à l’enquête publique de la coroner Géhane Kamel. Questionné sur la semaine qui a précédé la crise, l’homme a affirmé que rien ne laissait présager une hécatombe de l’ampleur de celle découverte le 29 mars.

« Il y avait une tension palpable. Les gens mangeaient dans leur chambre. On avait arrêté le ménage. Tous des services qui faisaient partie de leur milieu de vie. Ça affectait [les résidants] psychologiquement », s’est souvenu M. Stanica. Mais il a ajouté que ses équipes ne lui avaient « rien signalé d’un point de vue clinique », sauf une « perte d’appétit de certains résidants qui sont affectés d’un point de vue moral ».

Il n’y avait pas de problème particulier, a demandé le procureur ? « À mon niveau, non. »

Le patron de Herron a toutefois admis que le manque de personnel l’inquiétait. Avant même que ses employés partent en masse en isolement à cause de la COVID-19, l’établissement manquait cruellement de ressources. Il avait perdu une vingtaine de gens en janvier au profit du privé et travaillait depuis avec une agence de placement dont les lacunes ont été largement exposées dans le cadre de la présente enquête.

Le 27 mars, M. Stanica a eu plusieurs conversations avec des gens du CIUSSS après l’annonce d’un premier cas positif chez un résidant de Herron. On lui aurait alors répondu qu’il fallait retirer du travail tous les employés qui avaient été en contact avec ce malade, et ce, durant 14 jours. « J’ai dit : j’ai une équipe limitée. Ça va faire un effet boule de neige et je n’ai pas de ressources pour remplacer. […] À trois reprises, j’ai demandé si on pouvait réviser la directive d’envoyer mon personnel [à la maison]. Ils m’ont demandé clairement de retirer mon personnel. »

« Dans cette conversation, a-t-il ajouté, je mentionne aussi le manque d’équipement de protection, la difficulté d’avoir des [équipements] dans les dernières semaines. C’est sûr et certain que dans la situation où je me trouve, je ne vais pas réussir plus d’une journée. »

Mardi, M. Stanica avait expliqué avoir placé plusieurs commandes en janvier et février, mais que les fournisseurs lui répondaient qu’ils étaient en rupture de stock et que les livraisons étaient réservées au ministère de la Santé.

Interrogé à savoir ce qui a mené, selon lui, au décès de 47 résidants, Andrei Stanica a renvoyé la balle au CIUSSS qui a pris le contrôle de son centre.

« C’était une intervention sans structure, avec aucune capacité de gestion concrète. […] Une collaboration pas du tout structurée. Il n’y avait pas de vision. Une tutelle a été mise sur un CHSLD quand les gens qui l’ont mise ne savent pas comment un CHSLD fonctionne. Les interventions étaient lentes. »

Durant le témoignage, la coroner Kamel a déploré qu’il reste « de grand trous noirs » sur ce qui s’est passé, malgré les dizaines de témoins entendus.