Les trois vaccins contre la COVID-19 ont changé de nom jeudi au Canada. Les nouveaux noms étaient déjà utilisés en Europe et aux États-Unis. Le changement attisera-t-il les inquiétudes des vaccinosceptiques ?

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Comirnaty

PHOTO THEO ROUBY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Dose du vaccin Comirnaty de Pfizer-BioNTech

C’est le nouveau nom du vaccin de Pfizer-BioNTech. Christina Antoniou, porte-parole de Pfizer au Canada, explique que c’est un acronyme formé du nom de la maladie (COVID-19), du type de vaccin (à ARN messager, mRNA en anglais), de communauté et d’immunité. Selon le site de nouvelles Fierce Pharma, le nom a été choisi en collaboration avec la firme américaine Brand Institute. D’autres noms envisagés étaient Covuity, RnaxCovi, Kovimerna et RNXtract, selon Fierce Pharma. Le nom générique du vaccin est tozinaméran, « meran » étant le suffixe choisi en 2016 par l’Organisation mondiale de la santé pour les vaccins ARNm. Enfin, le nom interne du vaccin est BNT162b2, et la description sur le passeport vaccinal québécois, PB COVID-19, est un sigle choisi par le gouvernement à partir du nom de ses deux fabricants, selon Mme Antoniou.

Vaxzevria

PHOTO LOUAI BESHARA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Dose du vaccin Vaxzevria d’AstraZeneca

Il n’a pas été possible de savoir d’où vient le suffixe « zevria » dans le nouveau nom du vaccin d’AstraZeneca. Carlo Mastrangelo, directeur des communications d’AstraZeneca au Canada, s’est limité à indiquer que la compagnie ferait une « transition de six mois » vers le nouveau nom. Sur les fils Twitter spécialisés en pharmaceutique, on note que Zevria a brièvement été en 2003-2004 le nom d’un médicament candidat cardiovasculaire de Pfizer, et que c’est aussi le nom d’une orque dans le jeu vidéo World of Warcraft. AstraZeneca avait deux autres noms au Canada, AstraZeneca et Covishield, ce dernier étant le nom des doses fabriquées en Inde par le Serum Institute. Le vaccin a deux noms internes, AZD1222 et ChAdOx1. Ce dernier fait référence à son lieu de développement (l’Université d’Oxford), et au vecteur adénovirus (Ad) de chimpanzé (Ch) utilisé par le vaccin pour apporter dans les cellules humaines les protéines de SARS-CoV-2 qui stimulent le système immunitaire des patients. Sur le passeport vaccinal québécois, on lit AZ COVID-19.

Spikevax

Moderna a choisi, d’après la plupart des commentateurs, un nom plus réussi. Julie Groleau, porte-parole de Moderna au Canada, explique que cela fait référence au spicule (spike), une protéine qui permet au SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, de pénétrer dans les cellules humaines et qui est la cible vaccinale choisie par Moderna. Les noms interne et générique du vaccin sont respectivement mRNA-1273 et elasoméran, et sur le passeport vaccinal québécois, il est identifié par MOD COVID-19.

Pourquoi ce changement de nom ?

Pfizer et Moderna affirment que ce changement de nom marque l’homologation complète des vaccins par Santé Canada. Ces produits avaient été auparavant approuvés en vertu d’un « arrêté d’urgence » provisoire, qui devait expirer jeudi. Les vaccins sont maintenant autorisés plus normalement au titre du Règlement sur les aliments et drogues.

Au cours de l’arrêté d’urgence provisoire, les vaccins ne portaient pas leur nom de marque de commerce, mais maintenant que de nouvelles données à plus long terme ont été soumises et approuvées par Santé Canada, ils pourront porter ce nom de façon permanente.

La Presse Canadienne

43 millions

Nombre de doses du vaccin Comirnaty de Pfizer-BioNTech distribuées au Canada

18 millions

Nombre de doses du vaccin Vaxzevria d’AstraZeneca distribuées au Canada

3 millions

Nombre de doses du vaccin Spikevax de Moderna distribuées au Canada

Source : Agence de la santé publique du Canada

L'avis d'experts

Est-ce que le changement de nom risque d’augmenter la confusion, voire le scepticisme, de la population, comme on le constate déjà avec des commentaires sur Twitter ?

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’Université de Montréal

Lorsque les variants ont été rebaptisés, [on a vu] un peu de confusion au début, mais ç’a fini par faire son chemin dans la population. On peut s’attendre un peu à la même chose. Par contre, les noms choisis ne vont pas gagner des prix médias… Essayez de répéter trois fois rapidement : Comirnaty, Spikevax, Vaxzevria !

Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’Université de Montréal

Déjà, nous avons observé une confusion soutenue à la suite de l’évolution dans l’appellation courante des variants du virus, plusieurs n’ayant toujours pas compris l’équivalence entre le variant dit “indien” et le variant Delta. Pour certains, le changement de nom pourrait effectivement ajouter une certaine méfiance. Ils pourraient y voir une manigance des compagnies pharmaceutiques visant à camoufler leur vaccin pour déjouer ses opposants. D’autres, qui ne sont pas très informés sur le changement de nom, pourraient se méprendre au sujet du nouveau nom et penser qu’il s’agit d’un nouveau vaccin, non testé ou non approuvé. Ce pourrait être particulièrement mêlant, pour des gens croyant se diriger vers un centre de vaccination pour recevoir le vaccin “Pfizer” dont ils ont beaucoup entendu parler, de recevoir plutôt un vaccin dont le nom leur est inconnu.

Dominique Morin, doctorant québécois en philosophie à l’École normale supérieure de Paris