(Québec) Au moins 20 000 travailleurs du réseau public de la santé et des services sociaux seront vraisemblablement suspendus sans solde le 15 octobre. Ils ne pourront être pleinement vaccinés d’ici à la date fixée par Québec.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Le gouvernement Legault n’en démord pas : les employés du réseau de la santé et des services sociaux qui ne seront pas pleinement vaccinés le 15 octobre seront suspendus sans solde. Il faut par ailleurs qu’ils aient reçu leur deuxième dose depuis sept jours pour être considérés comme adéquatement protégés, a indiqué le cabinet du ministre de la Santé.

En ajoutant l’intervalle minimum de quatre semaines à prévoir entre les deux doses, il devient techniquement impossible pour les travailleurs qui n’ont pas encore reçu au moins une dose de vaccin de respecter les critères fixés par le gouvernement.

Pour le moment, 93 % des employés du réseau public ont reçu au moins une première dose de vaccin, a confirmé le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Lors de la commission parlementaire sur la vaccination obligatoire, le 26 août, le ministre de la Santé, Christian Dubé, affirmait que 10 % des travailleurs du réseau public n’avaient pas encore reçu une dose de vaccin, soit environ 30 000 personnes.

Au moment de l’annonce de l’imposition de la vaccination obligatoire, le 7 septembre dernier, le taux de couverture vaccinale chez les employés du secteur public seulement s’élevait à 92 % (une seule dose). Depuis une semaine, la couverture a gagné un point de pourcentage avec « plus de 3000 employés » qui ont retroussé leur manche pour la première fois.

Actuellement, 89 % des travailleurs de la santé et des services sociaux sont pleinement vaccinés.

On n’arrivera pas à 100 %. J’ai des gens qui m’écrivent tous les jours et qui me disent, pour plein de raisons qui leur appartiennent, qu’ils ne se feront pas vacciner. […] Pour certains établissements, le réveil va être brutal le 16 octobre.

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé

Il est difficile de savoir si des employés du réseau ont démissionné depuis l’annonce de la décision du gouvernement. Cette donnée précise n’existe pas, nous ont indiqué plusieurs CISSS et CIUSSS. Des établissements réfléchissent cependant à créer une catégorie « vaccination obligatoire » dans leur système de gestion des démissions.

Hausse des hospitalisations à Montréal

Montréal observe une accélération du nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19, et la grande majorité de ces patients ne sont pas adéquatement vaccinés, a révélé Sonia Bélanger, présidente-directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. « Ce sont malheureusement les personnes non vaccinées qui risquent d’engorger le réseau de la santé au cours des prochaines semaines », a-t-elle prévenu mercredi.

En tout, 113 personnes sont présentement hospitalisées à Montréal à cause du virus, dont 43 aux soins intensifs. « C’est certain que ces gens sont très malades. Ça vient créer une demande de soins accrus sur nos équipes qui ont été très sollicitées depuis les 20 derniers mois », a souligné Mme Bélanger.

Les salles d’urgence de la métropole sont d’ailleurs occupées à 110 % et ce taux augmente parfois à 150 %, voire 160 %, a-t-elle ajouté, qualifiant la situation de « fragile ». En parallèle, la pénurie de main-d’œuvre est criante. Des 4000 postes d’infirmières à pourvoir à travers la province, la moitié se trouve à Montréal.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal cherche à lui seul 400 infirmières et 100 infirmières auxiliaires.

On est capables de donner les services, mais les secteurs les plus critiques, c’est notamment dans les salles d’urgence, les soins intensifs et les blocs opératoires.

Sonia Bélanger, présidente-directrice générale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Depuis les sept derniers jours, 250 personnes supplémentaires sont infectées quotidiennement à Montréal. « Le virus circule à Montréal et on espère être capables de maintenir une pente pas trop abrupte », a déclaré la Dre Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique pour la région de Montréal.

Les 18 à 24 ans sont ceux qui contractent le plus le virus, cet automne, mais depuis la semaine dernière, la hausse du nombre de cas s’est aussi fait remarquer chez les 0 à 4 ans, les 5 à 11 ans et les 85 ans et plus.

La tendance à la hausse se maintient

Le Québec a rapporté mercredi 785 nouveaux cas, ce qui porte la moyenne quotidienne calculée sur sept jours à 770. La tendance est ainsi en hausse de 19 % sur une semaine. La hausse du nombre de cas touche principalement les jeunes. D’ailleurs, une école sur quatre a au moins un cas actif. En effet, 747 des 2997 écoles de la province rapportent au moins un cas, soit 20 de plus que la veille.

On recense désormais 250 personnes hospitalisées, soit 20 de plus. La hausse est particulièrement marquée aux soins intensifs, où l’on recense 7 personnes de plus, pour un total de 85 patients. Un décès supplémentaire s’est aussi ajouté au bilan.

Le taux de décès des personnes pleinement vaccinées est quatre fois moins élevé que celui des personnes n’ayant pas eu leurs deux doses. Du 14 août au 13 septembre, 27 personnes sont mortes de la COVID-19 au Québec. Du nombre, 14 étaient pleinement vaccinées et 13 n’étaient pas adéquatement vaccinées, selon les données du MSSS transmises à La Presse.

Voilà, les Québécois ayant reçu leurs deux doses représentent les trois quarts de la population. Ainsi, proportionnellement, on a recensé trois décès par million de pleinement vaccinés de 30 ans et plus, contre 12,3 par million chez les personnes non adéquatement vaccinées.

La quatrième vague continue à frapper principalement les non-vaccinés. Des 770 nouveaux cas rapportés en moyenne chaque jour, 546 n’avaient pas reçu de vaccin. Les personnes pleinement vaccinées enregistrent pour leur part 174 nouveaux cas en moyenne.

À noter, la vaccination continue peu à peu à gagner du terrain au Québec. Encore à ce jour, 6500 Québécois continuent à se présenter quotidiennement pour obtenir leur première dose, particulièrement chez les jeunes.

Ainsi, 6,6 millions de Québécois ont reçu au moins une première dose, soit 77 % de la population. Du nombre, 6,2 millions ont leurs deux doses, soit 71,7 %.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse

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