Une vingtaine de manifestants contre les mesures sanitaires et la vaccination se sont rassemblés devant l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau vendredi midi, pour inciter les élèves à « enlever les masques » et à dire « non à la passe sanitaire ». Le premier ministre François Legault a dénoncé les manifestations visant les jeunes.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Mégaphone à la main, François Amalega a déclaré être venu manifester son soutien au professeur d’éthique et culture religieuse Patrice Trudeau, qui « est victime de discrimination et d’intimidation », selon lui. Il rapporte que M. Trudeau aurait été convoqué par la direction de l’école après avoir « parlé aux élèves pour qu’ils aient un consentement libre et éclairé par rapport à la vaccination ».

Munis de pancartes « COVID-19 arnaque de la peur », les manifestants ont distribué des dépliants aux élèves qui sortaient de l’école.

« Pourquoi êtes-vous en train de porter le masque ? », a demandé M. Amalega aux jeunes présents, en les incitant ensuite à l’enlever.

Sous les yeux des élèves rassemblés à l’extérieur, les opposants à la vaccination scandaient en chœur des slogans comme « Non à la passe sanitaire » et « Justice pour Patrice Trudeau ».

Patrice Trudeau se défend

Au sujet de sa convocation par la direction, Patrice Trudeau a affirmé à La Presse qu’il s’était servi d’un exemple tiré de l’actualité, la crise sanitaire, dans le cadre de son programme qui vise « à développer l’esprit critique ».

En entrevue, l’enseignant a assimilé la vaccination à une « religion » et a déploré qu’elle soit considérée par le gouvernement comme « la seule solution ». Selon lui, la pandémie « est amplifiée » par les autorités.

M. Trudeau dit qu’il respecte les règles de l’école et porte le masque dans les corridors. « La direction m’a demandé de ne pas me présenter à l’école, alors je ne me suis pas présenté à la manifestation, soutient-il. Mais je n’ai pas de respect pour l’idée qu’ils doivent m’empêcher de parler. »

« Personne ne va les écouter »

Aux abords de l’école Louis-Joseph-Papineau, Katrina Augstave, une élève, a estimé que la manifestation « ne sert vraiment à rien » et que « personne ne va les écouter à part ceux qui croient déjà à leur cause ». L’adolescente affirme que sa vaccination s’est bien passée.

On ne peut pas juste se baser sur les personnes qui ont eu du mal pour juger les vaccins. Ça n’arrive pas à tout le monde.

Katrina Augstave, élève de deuxième secondaire

Près d’elle, une élève demandait à une manifestante de respecter la distanciation. « Pourquoi ne portez-vous pas de masque ? », a lancé la jeune fille à la dame. Noémie Pierre, une cégépienne qui passait par là, a déploré la manifestation en cours. « C’est ridicule ! », s’est-elle exclamée.

Situation « déplorable »

Présent sur les lieux, Benoit Thomas, directeur de l’unité école secondaire du centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), a qualifié la situation de « déplorable ». « C’est un milieu scolaire, et pour la santé des élèves, on veut que les choses se passent correctement, a-t-il soutenu. Ces gens-là colportent des messages qui sont faux et dangereux. » M. Thomas a refusé de commenter le cas de l’enseignant Patrice Trudeau.

Lors d’un point de presse, le premier ministre François Legault s’est indigné de la tenue de la manifestation.

Ça n’a pas de bon sens de voir que des antivaccins s’en prennent à nos enfants dans les écoles, a-t-il souligné. S’il vous plaît, laissez nos enfants en dehors de ce débat-là.

François Legault, premier ministre du Québec

Le premier ministre a affirmé qu’il avait demandé à Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique, de s’assurer d’avoir « plus de policiers pour vérifier ce qui se passe ».

En s’adressant à la foule vendredi, François Amalega a évoqué le décès tragique d’une élève montréalaise de quatrième secondaire, mardi à l’école Louis-Riel, à la suite d’un malaise physique en classe.

Jeudi, des militants antivaccins ont manifesté devant cette école en soutenant à tort que la mort de l’élève était survenue après l’inoculation du vaccin contre la COVID-19. En fait, la vaccination dans cette école n’a commencé que mercredi, a indiqué le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

Avec Tommy Chouinard et Tristan Péloquin, La Presse