Le jour où la COVID-19 sera considérée dans le réseau de la santé comme l’équivalent de la grippe saisonnière n’est pas pour tout de suite, préviennent des experts. Même si elle est pour l’instant moins forte que les précédentes, la quatrième vague de COVID-19 qui touche actuellement le Québec a un impact plus lourd sur les hôpitaux que ne l’ont les épisodes annuels d’influenza.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

« La comparaison entre la COVID-19 et l’influenza est un peu boiteuse actuellement. […] L’influenza frappe beaucoup moins fort. Avec la COVID, on voit des jeunes hospitalisés et traités aux soins intensifs, ce qu’on ne voit pas avec la grippe », résume le DGermain Poirier, président de la Société des intensivistes du Québec.

Le DPoirier indique que « peut-être que dans un an et demi ou deux, si les gens se font vacciner et que le virus perd de sa virulence, on arrivera à un stade où la COVID pourra être comparée à l’influenza ». Mais pas tout de suite, prévient le spécialiste.

Le DPoirier rappelle que si l’influenza se présente de façon saisonnière, la COVID-19, elle, n’a pas pour l’instant ce comportement et frappe à l’année. Le DGilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec (ASMUQ), ajoute que le virus de la COVID-19, et particulièrement le variant Delta, est « beaucoup plus contagieux » que l’influenza.

À cause de ce haut niveau de contagiosité, les équipes de soins doivent se protéger de façon plus importante contre la COVID-19 que contre l’influenza. Des zones rouges et des zones froides sont installées dans les hôpitaux. « Tout prend plus de temps avec la COVID. C’est beaucoup plus lourd », dit le DBoucher.

Preuve de la grande contagiosité de la COVID-19 : alors qu’environ 20 % du personnel des urgences a été infecté par la COVID-19 jusqu’à maintenant, avec l’influenza, le taux d’infection tourne autour de 10 %, selon le DBoucher.

Ce dernier note aussi que la COVID-19 et la grippe sont des maladies « très différentes ». La grippe s’attaque essentiellement aux poumons. Les patients atteints de COVID-19 peuvent quant à eux avoir des hépatites, des caillots, des vomissements, énumère le DBoucher.

Le DGaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), affirme qu’il est « clair qu’avec la COVID, on n’est pas encore rendu à un moment où la pandémie aurait traversé tous les groupes d’âge et où on verrait l’équivalent de ce qui se passe de façon saisonnière avec l’influenza ».

Le DDe Serres précise que les risques d’hospitalisation sont beaucoup plus grands avec la COVID-19 qu’avec la grippe. Dans une analyse menée lors des 12 semaines de la saison de grippe 2018-2019 dans quatre hôpitaux du Québec, l’INSPQ note que 226 personnes ont été hospitalisées pour l’influenza dans ces établissements. De ce nombre, de 10 % à 23 % ont dû être soignées aux soins intensifs, selon les groupes d’âge. Au cours des 12 dernières semaines, qui correspondent au moment où la province comptait le moins de cas depuis le début de la pandémie, 584 personnes ont été hospitalisées au Québec en raison de la COVID-19, dont 30 % aux soins intensifs. Le début de la quatrième vague accentue la pression, puisqu’actuellement, 40 % des 171 patients hospitalisés au Québec à cause de la COVID-19 se trouvent aux soins intensifs.

Le DDe Serres explique que chez les patients plus âgés, il est rare qu’une personne qui contracte l’influenza soit en contact pour la première fois de sa vie avec le virus. « Il y a une certaine immunité », dit-il. Alors qu’avec la COVID-19, environ 15 % de la population a été infectée jusqu’à maintenant, selon les estimations.

Le DPoirier ajoute que les départements de soins intensifs de la province ne soignent que deux ou trois patients par année atteints de l’influenza. Le Québec compte actuellement 68 patients atteints de la COVID-19 aux soins intensifs. Un chiffre qui a doublé depuis une semaine. « On espère d’ici deux ans pouvoir considérer la COVID-19 comme la grippe. Mais on n’est pas là encore », dit-il.

Avec la collaboration de Pierre-André Normandin, La Presse