Dès le 15 octobre, tous les intervenants de la santé et des services sociaux devront être vaccinés, tant au public qu’au privé, a annoncé Québec mardi. Le premier ministre, François Legault, a également affirmé qu’il faudra « apprendre à vivre avec le virus » et accepter que certaines personnes soient hospitalisées.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« À compter du 15 octobre, tous les intervenants de la santé et des services sociaux devront être vaccinés, autant ceux du public que du privé. On ne peut pas accepter que des travailleurs mettent des personnes vulnérables à risque », a affirmé le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en conférence de presse mardi.

Les employés qui ne sont pas vaccinés seront suspendus sans solde. « Il ne vous reste que quelques jours pour vous faire vacciner », a-t-il soutenu.

Les visiteurs et les proches aidants devront aussi présenter le passeport vaccinal pour visiter les patients.

À l’heure actuelle, 87 % des Québécois de 12 ans et plus ont reçu une première dose et 80 % ont reçu une deuxième dose. Québec vise une couverture de 90 % des 12 ans et plus d’ici la fin septembre.

Au total, 13 % des Québécois n’ont reçu aucune dose. « Ça n’a pas l’air beaucoup, 13 %, mais ce sont des centaines de milliers de personnes. On ne peut pas se permettre d’avoir des milliers de personnes dans les hôpitaux », a indiqué le premier ministre du Québec, François Legault.

Il a rappelé l’importance de la vaccination pour diminuer les risques de complications liées au virus. « Si vous êtes doublement vacciné, vous avez 30 fois moins de chances d’être hospitalisé à cause de la COVID. »

Changement de cap

Contrairement à ce qu’il avait annoncé le mois dernier, le comité d’éthique de l’Institut national de santé publique (INSPQ) se dit désormais en faveur de la vaccination obligatoire des travailleurs de la santé, à condition que la mesure exceptionnelle demeure temporaire.

« Le [Comité d’éthique en santé publique] considère que la vaccination obligatoire des [travailleurs de la santé] peut se justifier au nom de l’application du principe de précaution, dans la mesure où la prépondérance des bénéfices sur les inconvénients a fait l’objet d’une évaluation rigoureuse », peut-on lire dans un avis rendu public mardi.

Cette mesure pourrait être modulée ou retardée au besoin, selon l’évolution des taux de vaccination des travailleurs de la santé ou l’efficacité des autres mesures, précise le comité.

Hausse des hospitalisations

En conférence de presse, le premier ministre Legault a dit craindre une hausse des hospitalisations. « Il y a un mois, on avait 55 hospitalisations, aujourd’hui, on en a 171. Quand on parle avec l’INESSS, l’INSPQ et les experts de santé publique, ils prévoient que ça va continuer d’augmenter dans les prochains jours et les prochaines semaines. »

Le manque de personnel, notamment le manque d’infirmières aux soins intensifs, nuit au système de la santé, a indiqué le premier ministre. « On a assez de lits, mais on manque d’infirmières. »

Les plus récentes prévisions de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) montrent que les prochaines semaines seront critiques pour les hôpitaux, particulièrement ceux du Grand Montréal.

Pour le Grand Montréal, les projections suggèrent que le taux d’occupation des lits ordinaires et de soins intensifs augmentera dans les trois prochaines semaines. « Même si présentement le taux d’occupation des lits réguliers [9 %] et des soins intensifs [19 %] est relativement bas, celui-ci pourrait augmenter au courant des prochaines semaines, particulièrement aux soins intensifs », peut-on lire dans le rapport.

Vivre avec le virus

« Il va falloir apprendre à vivre avec le virus. Ça veut dire que pour un bon bout de temps, il va falloir accepter un certain risque et qu’il va y avoir des personnes qui vont être hospitalisées pour la COVID », a affirmé M. Legault mardi après-midi. Le premier ministre n’envisage pas de reconfiner la province.

Vendredi dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a indiqué que le rêve d’une immunité collective grâce à la vaccination s’éloigne.

« On pensait il y a encore quelque temps que ce serait possible d’atteindre l’immunité collective avec la vaccination. Mais les mutations du virus repoussent toujours plus loin cet espoir, a-t-il écrit sur sa page Facebook, vendredi. Je vous avoue que le mois de septembre m’inquiète beaucoup. »

Il s’est inquiété notamment du retour en classe et au travail qui va augmenter les contacts, ce qui devrait mener à plus de cas et d’hospitalisations.

La hausse se poursuit

Le Québec a rapporté mardi 515 nouveaux cas de COVID-19. Ce bilan porte à 661 la moyenne quotidienne calculée sur sept jours. La tendance est ainsi à la hausse de 23 % sur une semaine.

Dans les hôpitaux, on recense actuellement 171 personnes hospitalisées. C’est 40 de plus qu’il y a une semaine. Du nombre, 68 se trouvent aux soins intensifs, soit presque le double d’il y a sept jours. Ils étaient en effet 36 aux soins intensifs mardi dernier.

Malgré cette hausse, le nombre de décès demeure peu élevé pour le moment. La province n’en rapporte mardi aucun nouveau.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse