La COVID-19 ne prendra pas de repos cet automne, ont prévenu les autorités vendredi. À Ottawa, l’Agence de la santé publique du Canada a indiqué que les cas allaient atteindre « des niveaux sans précédent » si la vaccination ne progresse pas plus rapidement. À Québec, le ministre de la Santé et des Services sociaux a affirmé qu’on ne pourrait plus compter sur la vaccination pour atteindre l’immunité collective dans un avenir rapproché.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

Le DHoward Njoo, sous-administrateur en chef de la santé publique du Canada, a indiqué que le Canada pourrait enregistrer 15 000 nouveaux cas par jour si le taux de transmission actuel se poursuit. En ce moment, le pays observe 3500 cas quotidiennement.

« Selon le modèle mis à jour, si nous continuons sur la voie que nous avons empruntée, nous pourrions assister à une poursuite de la hausse marquée des cas […] et [nous pourrions] atteindre des niveaux sans précédent au Canada depuis le début de la pandémie », s’est-il inquiété lors d’une conférence de presse, vendredi.

La récente montée des cas est notamment due au nombre trop élevé de personnes non vaccinées, a expliqué le médecin. Ce sont près de 7,6 millions de Canadiens admissibles qui n’ont pas encore reçu leurs deux doses.

Le taux hebdomadaire moyen de nouveaux cas au sein de la population non immunisée s’est d’ailleurs révélé 12 fois supérieur à celui de la population entièrement vaccinée entre le 18 juillet et le 14 août. Le taux d’hospitalisations a été 36 fois plus élevé chez les non-vaccinés durant la même période.

Franchir la dernière étape pour obtenir une couverture vaccinale très élevée dans tous les groupes d’âge admissibles pourrait s’avérer crucial pour réduire les répercussions de la vague provoquée par le variant Delta.

Le DHoward Njoo, sous-administrateur en chef de la santé publique du Canada

À l’heure actuelle, 77 % de la population canadienne de 12 ans et plus a reçu deux doses, 84 % a reçu une dose. La vaccination a toutefois ralenti récemment chez les 18-39 ans, a fait remarquer le médecin.

Même si les personnes plus jeunes sont généralement moins malades de la COVID-19, l’infection peut quand même entraîner une forme sévère ou de longue durée de la maladie, et ce, même chez les plus jeunes, a prévenu le DNjoo.

Celui-ci a rappelé que la recrudescence du virus pourrait avoir de lourdes répercussions sur le système de santé, dont l’augmentation considérable des admissions aux soins intensifs

La cible de vaccination n’a pas été rehaussée lors de cette conférence de presse, mais le DNjoo a tout de même laissé planer la mise en place de mesures sanitaires plus sévères pour l’automne et l’hiver. « Dans les régions plus fortement touchées, il est possible que des mesures strictes soient nécessaires pour réduire la propagation », a-t-il dit, laissant tout de même la balle dans le camp des provinces quant à un éventuel reconfinement.

L’espoir d’immunité collective s’amenuise

À Québec, le discours de Christian Dubé ne s’est pas avéré plus réjouissant. Sur sa page Facebook, le ministre de la Santé et des Services sociaux a indiqué vendredi que les mutations du virus repoussaient « l’espoir » d’une immunité collective.

« Je vous avoue que le mois de septembre m’inquiète beaucoup », a écrit le ministre en milieu de journée, vendredi.

M. Dubé a indiqué qu’avec la transmission sur plusieurs continents, le virus avait de « grandes chances » de muter, donnant lieu à de nouveaux variants. « [Ceux-ci] nous poseront des défis constants dans les mois et peut-être même les années à venir. »

Au lieu de chercher la date où tout ça va se terminer, on va devoir apprendre à vivre avec le virus. On va devoir accepter un certain nombre de cas et un certain nombre d’hospitalisations, si on veut retrouver une vie normale.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Le ministre a invité la population – vaccinée ou non – à se montrer prudente, car les prochaines semaines seront « critiques » pour les hôpitaux, particulièrement ceux de la région de Montréal. Il a appelé ceux qui n’ont pas reçu leurs deux doses à se faire vacciner. « Bien que les vaccins n’empêchent pas à 100 % d’attraper la COVID-19 ni d’être contagieux, ils diminuent grandement les risques d’hospitalisation, et c’est ce dont nous avons besoin collectivement », a-t-il ajouté.

Un bilan toujours en hausse

Le Québec a d’ailleurs enregistré 750 nouveaux cas de COVID-19 dans les 24 dernières heures, une hausse de 50 cas par rapport à la veille. Deux décès ont également été rapportés.

Sur les sept derniers jours, la moyenne quotidienne de cas s’élève à 590. La tendance est ainsi à la hausse de 18 % sur une semaine.

Les hospitalisations sont elles aussi en augmentation. Au total, 147 personnes infectées se trouvent à l’hôpital, 9 de plus que la veille. La hausse des hospitalisations est particulièrement forte aux soins intensifs. On y compte 49 patients, contre 36 il y a une semaine. Une personne hospitalisée sur trois est aux soins intensifs, un ratio plus élevé que précédemment.

Le 1er septembre, 21 178 tests de dépistage ont été pratiqués. La province enregistre un total de 11 291 décès liés à la COVID-19 depuis le début de la pandémie.

En outre, 29 126 doses de vaccin ont été administrées dans les 24 dernières heures (2167 l’ont été avant le 2 septembre).

Sur les nouveaux cas, 555 étaient non vaccinés ou avaient reçu une première dose il y a moins de 14 jours, 68 avaient reçu une seule dose il y a au moins 14 jours et 127 avaient reçu deux doses depuis au moins sept jours.