À l’aube de la reprise des cours en présentiel, les universités québécoises font bande à part. Elles font partie du groupe minoritaire d’établissements, avec les universités albertaines, qui n’imposent pas la vaccination à leur personnel et à leurs étudiants.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

Des experts s’en inquiètent. « Je dois avouer que je suis inquiète de l’impact que ça va avoir sur la quatrième vague », affirme Nathalie Grandvaux, professeure à l’Université de Montréal et directrice adjointe au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

« Moi, j’enseigne demain matin [mercredi] à 9 h, et je peux vous dire que ça ne me tente pas d’y aller. Je suis très enthousiaste de retrouver mes étudiants, d’enseigner en personne, mais je suis inquiète. C’est certain que je vais enseigner avec mon masque. »

Une preuve vaccinale sera exigée dans la majorité des universités canadiennes cet automne. Le personnel et les étudiants devront être pleinement vaccinés d’ici le 18 octobre pour fréquenter les campus de nombreux établissements importants. C’est le cas en Ontario, en Saskatchewan, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick.

En Alberta, la vaccination ne sera pas obligatoire sur les campus. En Colombie-Britannique, les étudiants, les professeurs et le personnel devront se soumettre à de fréquents tests de dépistage s’ils ne sont pas pleinement vaccinés.

Au Québec, les universités feront des efforts pour inciter les étudiants qui ne sont pas vaccinés à retrousser leur manche, mais il n’est pas question d’imposer la vaccination pour avoir accès aux campus.

« Moi, j’étais très favorable au fait qu’on demande le passeport vaccinal dans les universités, souligne Mme Grandvaux. Donc, je suis assez déçue que ce ne soit pas le cas. À l’Université de Montréal, on a 45 000 étudiants avec un taux de vaccination à 85 %. Donc, on se retrouve quand même avec 6000 étudiants non vaccinés, à l’intérieur, dans des salles où il n’y a pas de distance. »

Le port du masque est obligatoire, mais on a un risque de contribuer à la transmission au Québec. Je pense qu’on avait une occasion, dans les universités, de contribuer à limiter la transmission.

Nathalie Grandvaux, professeure à l’Université de Montréal et directrice adjointe au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal

Cette prise de position des universités québécoises s’explique largement par la complexité de l’opération de vérification des preuves vaccinales.

« Est-ce qu’il y a retour sur investissement ? »

« Est-ce que c’est faisable ou non ? », demande Pierre Cossette, recteur de l’Université de Sherbrooke et président du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI). « Et est-ce que le temps ou l’énergie qu’on investirait là-dessus vaudrait la peine quand on sait déjà à quel niveau on est en termes de taux de vaccination ? Donc, est-ce qu’il y a retour sur investissement ? »

M. Cossette ajoute que l’obligation vaccinale s’apparente à un médicament qui a beaucoup d’effets secondaires. « Ça a notamment l’effet secondaire qu’il faudrait mettre toutes nos ressources pour gérer du trafic sur nos campus parce que c’est presque un demi-million de personnes, explique-t-il. C’est 320 000 étudiants, plus 100 000 membres du personnel. Et je ne parle même pas de la formation continue, non créditée et autres. »

La décision de ne pas imposer la vaccination sur les campus n’est pas unanime chez les dirigeants des universités, mais elle est majoritaire, rappelle le recteur. Cependant, elle fait l’objet de vifs débats au sein de la communauté universitaire et dans le monde des experts en épidémiologie et en santé publique.

Les universités sont autonomes, mais elles hésitent à aller à l’encontre des directives gouvernementales. Or, le gouvernement a énoncé clairement ses intentions : le passeport vaccinal ne sera imposé que pour les activités non essentielles, ce qui n’est pas le cas de l’éducation. En outre, l’imposition de la vaccination pour les employés de l’État ne s’appliquera qu’au personnel de la santé.

« Je pense que les universités ont finalement suivi ce que le gouvernement suggère dans ce cas-là, note Nathalie Grandvaux. C’est quelque chose de difficile à appliquer quand on n’est pas soutenu par la Santé publique et le gouvernement. Mais je pense que si ça venait de la Santé publique et du gouvernement, on aurait trouvé un moyen de l’implanter dans les universités et les cégeps, de la même manière que les universités l’ont fait à l’extérieur du Québec. Donc, je pense que les universités, malheureusement, répondent aux directives de la Santé publique. »

« Plus catastrophique qu’autre chose »

Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et expert en virologie, croit aussi que « les universités s’alignent beaucoup sur les décisions gouvernementales et l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ».

« Au Québec, le gouvernement Legault est moins chaud à l’idée d’imposer le passeport vaccinal, affirme-t-il. Mais je peux vous dire que de l’imposer en ce moment, ce serait vraiment difficile parce qu’il est minuit moins une et que ce serait plus catastrophique qu’autre chose. »

Dans son département, où les classes sont petites, la direction a suggéré aux professeurs de diviser les groupes en deux pour minimiser les contacts : la moitié de la classe en présentiel et l’autre à distance. « Je vais garder le masque même si on propose de l’enlever à deux mètres », assure M. Barbeau.

Ailleurs au Canada

À compter du 15 octobre, les étudiants, les professeurs et les membres du personnel de l’Université de Moncton devront avoir deux doses de vaccin ou subir fréquemment des tests rapides.

L’Université de la Saskatchewan et l’Université de Regina exigeront une preuve vaccinale pour travailler ou étudier sur leurs campus. Les deux doses seront requises au plus tard le 18 octobre.

À l’Université de Colombie-Britannique, les étudiants, les professeurs et le personnel devront se soumettre à des tests de dépistage de la COVID-19 s’ils ne sont pas pleinement vaccinés. Un processus d’« autodivulgation confidentielle » du statut vaccinal sera mis en œuvre pour les personnes qui se rendent sur le campus.

Le personnel et les étudiants de l’Université d’Ottawa doivent avoir reçu une première dose avant le 7 septembre, et deux doses d’ici au 15 octobre. L’Université Queen’s et l’Université de Toronto exigeront aussi une preuve de vaccination ou un test de COVID-19 négatif.

En Nouvelle-Écosse, les deux doses seront requises pour avoir accès au campus de l’Université du Cap-Breton dès le 15 octobre. Ceux qui ne peuvent pas être vaccinés devront être testés deux fois par semaine et porter un masque en tout temps.