(Winnipeg) Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, craint que les provinces qui assouplissent considérablement leurs mesures sanitaires ne provoquent une quatrième vague, alimentée par le variant Delta, qui serait désastreuse dans les communautés autochtones.

Kelly Geraldine Malone La Presse Canadienne

En entrevue à La Presse Canadienne, mercredi, M. Miller a soutenu que de nombreuses régions du pays avaient rouvert trop rapidement l’année dernière alors que la deuxième vague faisait toujours rage, ce qui a été « dangereux et dévastateur pour plusieurs communautés autochtones ».

Les provinces des Prairies, où on retrouve de grandes populations autochtones, lèvent actuellement la plupart de leurs mesures sanitaires, notamment l’obligation de porter le masque. « Ça m’inquiète beaucoup », a avoué le ministre Miller mercredi.

Le gouvernement du Manitoba a annoncé plus tôt cette semaine que le port du masque n’était plus obligatoire et il supprimera à compter de samedi de nombreuses restrictions sur la taille des rassemblements. La Saskatchewan a également abandonné la plupart de ses restrictions, et le gouvernement de l’Alberta est critiqué par des experts en santé publique après avoir levé toutes ses ordonnances sanitaires.

Le ministre Miller estime qu’une bonne stratégie de santé publique implique la vaccination massive, une sensibilisation et des mesures sanitaires continues. Mais cette stratégie ne donnera rien « si les économies s’ouvrent trop rapidement et les provinces s’ouvrent trop vite », croit-il.

Les leaders autochtones avaient tiré la sonnette d’alarme, l’automne dernier, lorsqu’il est devenu évident que la deuxième vague de la pandémie avait des effets dévastateurs dans ces communautés. De nombreuses réserves ont été littéralement bouclées et leurs dirigeants ont pris eux-mêmes certaines mesures pour arrêter la propagation du coronavirus.

Facteurs socioéconomiques

Au Manitoba, l’âge médian des décès liés à la COVID-19 est de 80 ans pour les allochtones, mais de 63 ans pour les Autochtones. Ces populations représentaient également 20 % des décès liés à la COVID-19 au Manitoba, bien qu’ils ne représentent qu’environ 10 % de la population de cette province.

Plus de 33 000 cas de COVID-19 ont été enregistrés jusqu’ici dans les réserves autochtones au Canada, la grande majorité dans les trois provinces des Prairies. M. Miller souligne que les Autochtones sont trois à cinq fois plus susceptibles de contracter la COVID-19 en raison de leurs conditions de vie, du surpeuplement des logements et d’autres déterminants socioéconomiques de la santé.

Certaines provinces ont donné la priorité aux Autochtones lors de leur campagne de vaccination et M. Miller estime que la réponse a été relativement bonne, grâce aux efforts des experts et des leaders autochtones. Mais il existe encore des facteurs de risque importants, précise-t-il.

La Santé publique fédérale a prévenu la semaine dernière que le Canada pourrait être au bord d’une quatrième vague de COVID-19, entraînée par le variant Delta, si le pays s’ouvre trop vite, avant que suffisamment de gens aient été vaccinés. La docteure Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a déclaré que ce variant beaucoup plus contagieux devrait prendre de l’ampleur chez les jeunes non vaccinés.

Or, le ministre Miller rappelle que les communautés autochtones, en particulier dans les réserves, sont en grande partie constituées d’enfants de moins de 12 ans, qui ne sont pas admissibles à la vaccination. « Il existe un risque très, très réel que le variant Delta […] pénètre dans ces communautés et se propage chez les personnes qui ne sont pas immunisées. »