Après s’être fait discret, le variant Delta semble finalement prendre racine au Québec, où il représenterait désormais un nouveau cas sur quatre. Selon des experts, une nouvelle flambée des cas liée à ce variant est très probable dans les prochaines semaines, alors que le taux de vaccination est encore trop faible pour atteindre l’immunité collective.

Pascaline David
Pascaline David La Presse

« La flambée est inévitable, assure Pierre Talbot, professeur au Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologies de l’INRS. Le Québec s’en est bien sorti jusqu’à maintenant, mais ce n’est qu’une question de temps. » La vaccination ne va pas assez vite pour espérer gagner la course contre le variant Delta, souche bien plus contagieuse que les autres mutations du virus, selon Pierre Talbot.

« Il faut se méfier d’une flambée de cas si la transmission communautaire se poursuit et progresse », prévient Cécile Tremblay, microbiologiste infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Près de 8 % des nouveaux cas sont confirmés comme étant reliés au variant Delta au Québec, avec un total de 244 infections détectées, en date du 11 juillet. Mais l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) analyse actuellement 31 % de cas potentiellement reliés au variant Delta.

Depuis le lundi 26 juillet, l’INSPQ publie une valeur plancher et une valeur plafond, afin de mieux évaluer la progression des cas du variant Delta. « Le nombre de cas liés au variant Delta se situe à l’intérieur de cette fourchette, donc entre 8 % et 31 % – le pire scénario, explique Judith Fafard, microbiologiste et porte-parole de l’INSPQ. On s’attend plutôt à une augmentation à hauteur de 20 à 25 %. Le variant Delta va devenir prédominant, mais on ne sait juste pas quand. »

L’INSPQ précise que la proportion de cas confirmés est toujours sous-estimée. Une partie des échantillons ne peut pas être analysée correctement, car la quantité de matériel génétique y est trop faible, selon Judith Fafard.

Couverture vaccinale insuffisante

« Ce serait naïf de croire que [l’émergence du variant Delta] n’arrivera pas, étant donné ce qu’il s’est passé ailleurs », lance Hélène Carabin, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

La Dre Carabin estime qu’il manque de données quant à l’efficacité réelle des deux doses de vaccin sur le variant Delta. Bien des personnes ont aussi reçu des vaccins différents. « Il faudrait étudier en détail les effets des différentes combinaisons pour évaluer la couverture vaccinale nécessaire à l’élimination de l’infection », indique-t-elle.

Le Québec devant toujours respecter des restrictions sanitaires, il est difficile de connaître le taux exact de reproduction du variant.

On est quand même dans une meilleure posture qu’il y a un an. On sait désormais qu’il y a un lien entre la couverture vaccinale et les hospitalisations, notamment aux États-Unis.

La Dre Hélène Carabin, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Au Québec et ailleurs dans le monde, quatre variants – Alpha, Bêta, Gamma et Delta – sont considérés comme préoccupants. Ils sont plus contagieux, plus virulents et pourraient résister partiellement aux vaccins ou aux traitements contre la COVID-19.

À l’étranger

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le variant Delta de la COVID-19 est désormais présent dans 124 territoires dans le monde. L’OMS prévoit une explosion des cas associés à ce variant dans les prochaines semaines, estimant que plus de 200 millions de cas pourraient être confirmés.

Le variant Delta est désormais dominant en Inde – où il a d’abord été détecté –, au Royaume-Uni, en France et aux États-Unis, notamment. Depuis sept jours consécutifs, toutefois, le nombre de cas de COVID-19 au Royaume-Uni est reparti à la baisse. Difficile de tirer des conclusions de cette tendance pour le moment, selon les experts interrogés.

Assez de doses pour tous

Le premier ministre Justin Trudeau a par ailleurs confirmé mardi que le Canada a désormais assez de doses des vaccins contre la COVID-19 pour vacciner pleinement tous les Canadiens admissibles.

En quelques mois, on est passés des premières doses aux personnes les plus vulnérables à plus de 80 % des Canadiens admissibles qui ont maintenant reçu leur première injection. Le Canada continue d’être en tête du classement mondial.

Justin Trudeau

M. Trudeau, de passage mardi à Moncton, au Nouveau-Brunswick, a encouragé une fois de plus les Canadiens à se faire vacciner pour « protéger tout le monde ». Interrogé sur le fait que certaines provinces avaient des doses en trop, le premier ministre a indiqué que son gouvernement « regard[ait] des façons pour motiver » les gens à aller chercher leurs doses de vaccin.

« On comprend qu’il y a encore des gens qui hésitent, mais les vaccins sont sécuritaires et efficaces. [La vaccination est le moyen de traverser] la pandémie. On voit ce qui se passe avec le variant Delta en Europe, où parmi les populations qui sont moins vaccinées ou qui sont sous-vaccinées, il y a des éclosions importantes et ça cause d’importants problèmes », a-t-il indiqué.

Tendance toujours à la hausse

La tendance des cas est toujours à la hausse au Québec. La province a rapporté 73 nouveaux cas de COVID-19 mardi, mais aucun nouveau décès.

À ce jour, 6,2 millions de Québécois ont reçu au moins une première dose. Du nombre, 4,6 millions ont reçu leurs deux doses. En incluant les personnes ayant eu la COVID-19, ce sont désormais 63,4 % des Québécois admissibles qui sont adéquatement vaccinés.

Avec Fanny Lévesque et Pierre-André Normandin