Le Québec a désormais plus de doses de vaccins que nécessaire pour sa population. Les livraisons prévues dans les deux prochaines semaines permettraient d’administrer deux doses à l’ensemble des Québécois admissibles et d’avoir encore 1 million de doses supplémentaires. Les spécialistes rencontrés par La Presse appellent à la prudence, afin qu’aucune dose ne soit gaspillée.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

« Il ne faut pas perdre de doses. Il ne faut pas que des doses meurent dans un congélateur, parce qu’on ne les a pas utilisées. Ce serait irrespectueux des pays qui n’en ont pas eu encore », affirme d’emblée Nathalie Grandvaux, chercheuse au laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Le ministère de la Santé a indiqué lundi attendre la livraison de 1,1 million de doses du vaccin de Pfizer cette semaine. Elles s’ajouteront aux 1,5 million de doses déjà dans les congélateurs de la province.

C’est sans compter les 2,8 millions de doses qu’Ottawa devrait livrer au Québec dans les deux prochaines semaines, selon le calendrier fédéral. Ces 5,4 millions de doses dépassent de loin les besoins du Québec.

En effet, même si tous les Québécois de 12 ans et plus n’ayant pas été vaccinés se décidaient à l’être, le Québec aurait encore plus d’un million de doses en réserve.

« On pouvait s’attendre à ce qu’il y ait un petit peu de pertes, parce qu’on ne veut pas envoyer les doses à la personne près. Il faut qu’il y ait une certaine flexibilité, mais il faut optimiser le processus tout de même », affirme Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialisé en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Une troisième dose

À l’instar de la France, du Royaume-Uni et d’Israël, le Canada pourrait ajouter une troisième dose aux personnes immunosupprimées, comme les patients en traitement de chimiothérapie, propose Benoit Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal. « Toutes les autres maladies ou déficiences associées à une baisse importante de la réponse immunitaire seraient à privilégier », dit-il.

Les plus récentes données dans la littérature démontrent que des personnes immunocompromises ne répondent pas au vaccin avec deux doses, indique Mme Grandvaux. Une troisième dose permettrait d’obtenir une certaine réponse protectrice.

Attention, toutefois, de ne pas précipiter inutilement la troisième dose à une plus grande proportion de la population tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas de données probantes, prévient M. Barbeau.

À l’heure actuelle, seules les personnes ayant reçu une ou deux doses d’un vaccin qui n’est pas reconnu dans certains pays peuvent obtenir une troisième dose de vaccin contre la COVID-19, afin de pouvoir voyager, ce que déplore André Veillette, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Montréal. « C’est étrange que ce soit basé sur du confort de loisir plutôt que sur l’efficacité vaccinale », renchérit Mme Grandvaux.

Les administrer aux enfants

Certaines doses pourraient également être administrées aux moins de 12 ans à l’automne. Pfizer prévoit des résultats préliminaires pour les moins de 12 ans en septembre ou en octobre. Moderna et Johnson & Johnson prévoient également obtenir des résultats préliminaires à l’automne. Lorsque ces résultats seront connus, Santé Canada devrait autoriser la vaccination chez les enfants.

« Si ces doses sont stables suffisamment longtemps, on pourrait les avoir pour vacciner les moins de 12 ans, lorsque les essais cliniques seront finalisés », confirme Mme Grandvaux.

Le vaccin de Pfizer peut se conserver six mois à des températures glaciales, tandis que celui de Moderna peut être conservé pendant six mois à -20 degrés. « Les dates d’expiration sont très conservatrices. Ce qu’on se rend compte souvent, c’est que ça pourrait être bon même un an ou deux », indique M. Veillette.

Arrêter les livraisons

Si le Canada demeure encore avec des doses supplémentaires, le fédéral devrait mettre un frein aux livraisons de vaccins, soutiennent les experts. « Si on n’a plus besoin de vaccins, on devrait dire au gouvernement canadien d’arrêter de nous en envoyer », indique M. Veillette. Ces doses pourraient alors être envoyées à d’autres pays.

À partir du moment où on a assez de doses en banque pour vacciner toutes les personnes qui veulent l’être, il faut se demander si c’est le moment de redistribuer à d’autres pays.

Nathalie Grandvaux, du laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM

Notre meilleure stratégie pour lutter contre la pandémie est d’assurer d’offrir une couverture vaccinale mondiale, affirme M. Barbeau. « Ceci ralentirait la génération de nouveaux variants qui pourraient présenter de nouveaux attributs inquiétants, tels qu’une résistance plus forte aux vaccins actuels ou une transmission encore plus efficace », dit-il.

La vaccination continue

La Santé publique a administré 55 188 nouvelles doses, soit 54 106 dimanche et 1082 avant le 25 juillet, pour un total de 10 692 548 doses administrées au Québec.

« Plus de 60 % des Québécois âgés de 12 ans [et plus] ont maintenant reçu leurs 2 doses du vaccin contre la COVID-19 », a indiqué lundi sur Twitter le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé.

Rappelons que l’objectif du gouvernement est d’atteindre une couverture vaccinale de 75 % chez les 12 ans et plus d’ici la fin d’août.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse