Même si le vaccin n’est pas homologué aux États-Unis, les autorités américaines considèrent désormais les personnes qui ont reçu deux doses du vaccin AstraZeneca (ou Covishield, la version du vaccin produite en Inde) comme officiellement « entièrement vaccinées ».

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse
Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

Mais il y a un hic : cette étiquette ne s’applique pas aux personnes qui ont changé de vaccin entre la première et la seconde dose, ce qui est le cas d’au moins 2 millions de Canadiens. L’interchangeabilité des vaccins, contrairement au Canada, n’est pas encore autorisée aux États-Unis.

Cette mesure ne restreint cependant pas la possibilité de voyager aux États-Unis. La preuve vaccinale n’est pas obligatoire pour les Canadiens qui se rendent aux États-Unis par avion (la frontière terrestre, elle, reste fermée aux voyages non essentiels). Un test de dépistage négatif est exigé pour toutes les personnes qui arrivent aux États-Unis d’un pays étranger, qu’elles soient vaccinées ou pas.

La reconnaissance d’une vaccination complète aux États-Unis donne accès à très peu de privilèges, pour le moment du moins. Par exemple, les autorités « recommandent » aux non-vaccinés de se faire dépister avant de prendre un vol intérieur (sans les obliger), mais les personnes vaccinées n’ont pas à le faire, disent-elles.

Dans un courriel envoyé à La Presse, une porte-parole des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) — l’autorité américaine en matière de santé publique – confirme que les États-Unis considèrent comme « entièrement vaccinées » les personnes qui ont reçu non seulement l’un des trois vaccins homologués par la Food and Drug Administration (soit Pfizer-BioNTech, Moderna et Janssen), mais également les vaccins qui figurent sur la liste d’autorisation d’urgence émise par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette liste compte trois vaccins supplémentaires : AstraZeneca-Oxford (dont le Covishied), Sinopharm et Sinovac-CoronaVac.

Par contre, les CDC sont clairs : « Les vaccins contre la COVID-19 ne sont pas interchangeables. » L’autorité américaine, contrairement à ses homologues canadiens ou européens, ne reconnaît pas en ce moment la validité d’une série vaccinale composée de deux doses de fabricants différents, surtout si l’une des doses est un vaccin qui n’est pas homologué au pays. Même dans les cas des deux vaccins à ARNm (Pfizer et Moderna), l’interchangeabilité n’est tolérée que dans des cas d’exception.

Au Canada, environ 1,3 million de Canadiens ont reçu une première dose d’AstraZeneca (ou Covishield) (soit 3,5 % de la population vaccinée), mais beaucoup moins (environ 215 000 personnes) ont reçu deux doses de ce vaccin. Les autres ont reçu un vaccin à ARNm en deuxième dose, ce que recommandent désormais les autorités de santé canadiennes.

Le Covishield et l’Europe

En Europe, si le vaccin AstraZeneca est approuvé à la fois par l’Agence européenne des médicaments (AEM) et les autorités britanniques, la version Covishield ne l’est pas encore partout.

Covishield est reconnu par une quinzaine de pays européens, dont la Belgique, l’Espagne, l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse… mais pas la France. Celle-ci dit s’en remettre à l’AEM, qui n’a pas encore mis officiellement le vaccin Covishield sur sa liste de vaccins approuvés. Cette absence a d’ailleurs été dénoncée par plusieurs pays, notamment l’Inde, où le président de la pharmaceutique Serum of India a cependant dit qu’il avait bon espoir que cette approbation viendrait au cours du mois de juillet.

Mais actuellement, les touristes canadiens peuvent entrer dans la très grande majorité des pays d’Europe sans avoir besoin de présenter une preuve de vaccination, le Canada étant considéré comme une zone à faible risque d’infection.

Concernant l’entrée au pays, le Canada a les règles parmi les plus strictes au monde. Non seulement ses frontières restent fermées pour tous les touristes vaccinés ou non, mais le Canada ne reconnaît pas comme « entièrement vaccinés » ses citoyens qui ont reçu un vaccin reconnu seulement par l’OMS (comme le Sinovac), comme le font désormais les États-Unis.

Un assouplissement dès septembre pour les voyageurs étrangers et dès la mi-août pour les touristes américains pleinement vaccinés a toutefois été évoqué jeudi soir par le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Pour le DRaymond Tellier, microbiologiste au CUSM, il faudra encore un peu de patience pour permettre aux pays d’harmoniser leurs exigences vaccinales. « Ce sont des choses qui vont finir par se régler, dit-il. Mais je pense qu’on ne fait pas d’erreur en recommandant d’abord aux gens d’aller chercher deux doses parmi les vaccins qui sont autorisés au Canada. »

La médecine familiale au secours des urgences

Pendant ce temps, au Québec, la contribution des groupes de médecine de famille (GM) et des GMF accès-réseau (GMF-AR) « est essentielle afin de répondre aux besoins de la population », a souligné la Dre Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), dans une lettre aux médecins responsables des GMF, mardi. « Plusieurs milieux sont actuellement en bris de service ou sur le point de l’être », a-t-elle rappelé en évoquant « la situation critique dans plusieurs urgences ».

Les patients présentant des symptômes auparavant orientés vers clinique désignée d’évaluation (CDE), dont un nez qui coule, des nausées ou des vomissements, peuvent maintenant être vus en clinique froide, indique la lettre.

Des patients complètement vaccinés ou ayant un résultat de test négatif peuvent être acceptés avec des symptômes comme la toux, confirme le DSylvain Dion, deuxième vice-président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Il conseille d’ailleurs un test de dépistage pour les enfants de moins de 12 ans présentant des symptômes associés à la COVID-19, puisque ceux-ci ne peuvent être vaccinés.

La FMOQ ignore toutefois quelle proportion des GMF fait déjà montre de cette ouverture. « On est dans un processus de transition, on s’en va vers le 6 septembre. Probablement que des GMF sont un peu plus avancés que d’autres dans l’application de ces directives, mais tout le monde doit aller vers ça. »

Le 6 septembre, tous les GMF devront voir les patients sans restriction de symptômes, précise la lettre de la sous-ministre adjointe.

Faute de personnel, plusieurs urgences fonctionnent à heures réduites ou avec de longues attentes. Les GMF collaborent, « mais c’est sûr que ce n’est pas un coup de baguette magique », note le DDion. Avec des médecins qui travaillent aussi dans les hôpitaux et des infirmières affectées ailleurs dans le réseau, les effectifs sont aussi réduits en GMF, dit-il.

Un décès ajouté au bilan

Le Québec a rompu avec la tendance récente jeudi en signalant un nouveau décès, survenu le 11 juillet. Avant cet ajustement, le dernier remontait au 6 juillet.

Avec 65 nouveaux cas ajoutés en 24 heures, la tendance demeure stable depuis plus d’une semaine, avec une moyenne quotidienne de 67 cas.

Par ailleurs, 81 patients sont actuellement hospitalisés en raison de la COVID-19, dont 23 aux soins intensifs. Les hôpitaux comptent ainsi deux patients de plus que la veille, mais deux de moins aux soins intensifs.

Sur le front de la vaccination, 101 686 doses ont été administrées dans les 24 heures précédentes. En incluant les 29 782 doses reçues à l’extérieur de la province, 9 782 128 doses ont été administrées à des Québécois à ce jour.

Avec Pierre-André Normandin

Ce texte a été modifé de sa version originale pour corriger la « recommandation » que font les autorités américaines à l’endroit des passagers d’un vol intérieur aux États-Unis. Les autorités recommandent aux personnes qui ne sont pas « entièrement vaccinées » de passer un test de dépistage avant de prendre l’avion, mais ne les obligent pas à le faire.