Les jeunes dans la vingtaine enregistrent une hausse de nouveaux cas depuis une semaine. Cette augmentation survient alors que les jeunes prennent du retard dans la vaccination contre la COVID-19.

Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Les jeunes de 20 à 29 ans enregistrent actuellement en moyenne 17 nouveaux cas de COVID-19 par jour, contre un peu moins de 13 la semaine dernière. « C’est une hausse modeste, mais il faut être extrêmement vigilant devant toute hausse, peu importe le groupe d’âge, surtout à cause de l’arrivée des variants, qui sont plus transmissibles », explique Benoit Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.

La hausse chez les jeunes explique à elle seule la fin de la tendance à la baisse qu’on observait jusqu’à récemment au Québec. Le nombre des nouveaux cas s’est en effet stabilisé depuis peu dans la province, à environ 70 par jour pour l’ensemble de la population.

Pour l’heure, cette hausse des cas chez les 20 à 29 ans ne s’est pas répercutée sur les hospitalisations, cette tranche d’âge étant nettement moins à risque. Ce groupe enregistre en moyenne une nouvelle hospitalisation tous les trois jours. Le nombre de personnes hospitalisées au Québec a ainsi continué à décliner : on en compte 88 à l’heure actuelle, dont 25 aux soins intensifs.

« Les jeunes ont moins de risques d’hospitalisation, mais ils peuvent être hospitalisés quand même. Certains jeunes de 18 à 29 ans ont des maladies chroniques, donc ils sont à risque. Les jeunes peuvent aussi transmettre la maladie aux plus vieux », rappelle la Dre Maryse Guay, médecin-conseil à la Direction de santé publique de la Montérégie et à l’Institut national de santé publique du Québec.

Cette récente hausse des cas chez les jeunes n’est pas sans rappeler la vague de cas observée l’été dernier. En juillet 2020, les gens dans la vingtaine ont connu une courte flambée de cas, vague qui n’avait pas été observée chez les autres groupes d’âge. La situation s’était résorbée en août, avant de repartir à la hausse en septembre lors de la deuxième vague.

« C’est important que les jeunes se fassent vacciner pour éviter que le virus continue de se propager. Avec le retour au travail en septembre, il ne faut pas que les jeunes alimentent une quatrième vague », soutient M. Barbeau.

Un vaccin permet aujourd’hui de réduire la transmission des cas. Or, Québec peine à atteindre son objectif de vacciner 75 % des jeunes adultes. À ce jour, seulement 68,2 % des 18 à 29 ans ont reçu une première dose, et 18,6 %, les deux.

À titre comparatif, 77 % des 12 à 17 ans ont reçu une première dose. Ce groupe continue à enregistrer une diminution des nouveaux cas, soit huit en moyenne par jour.

La récente annonce de l’imposition d’un passeport vaccinal à l’automne en cas d’éclosion semble toutefois en avoir incité beaucoup à se présenter dans les cliniques de vaccination : le rythme de la vaccination a augmenté chez les jeunes dans la vingtaine au lendemain de l’annonce, la semaine dernière. Un peu plus de 1700 jeunes de 18 à 29 ans se présentent chaque jour dans les cliniques de vaccination pour obtenir leur première dose, en hausse de 5 %.

Qu’en pensent les jeunes ?

« Depuis le début de la pandémie, on parle des personnes âgées qui tombent malades, des personnes âgées qui meurent, alors les jeunes ne se sentent pas concernées. Je pense qu’ils ont de la difficulté à comprendre que c’est un mouvement collectif et que tout le monde doit s’y mettre si l’on veut que le vaccin fonctionne », suppose Madie Martel, 19 ans. La jeune femme rencontrée au parc Ahuntsic, à Montréal, explique qu’elle est allée se faire vacciner pour se sentir plus en sécurité et pour protéger son entourage.

J’ai eu ma première dose et ma deuxième dose s’en vient bientôt. Je l’ai fait pour protéger ma famille et mes amies, parce que je me serais vraiment sentie mal si l’un de mes proches attrapait la COVID-19 à cause de moi.

Constance Felton, 21 ans

Quelques mètres plus loin, bien installé sur un banc de parc, Sebastian Salamanca profite des derniers rayons de soleil de la journée. « Je ne suis pas vacciné, parce que j’ai peur, lance-t-il. J’ai peur des effets secondaires du vaccin. » Le jeune homme de 22 ans sait qu’il n’aura pas le choix d’être vacciné pour retourner voir sa famille en Colombie. « Mais je vais attendre de voir comment ça se passe », renchérit-il.

En attendant, Sebastian Salamanca suit les mesures sanitaires à la lettre. « Je porte le masque, je mets du gel désinfectant et je garde mes distances. C’est comme ça que je contribue à la société. »

À ses côtés, Rocco Gambino, 23 ans, ne craint pas de contracter la COVID-19, mais s’est tout de même fait vacciner. « Je m’en fous, j’ai un système immunitaire fort. C’est mon ex-copine qui m’a dit de l’accompagner, nos rendez-vous étaient l’un après l’autre, alors j’y suis allé », raconte-t-il.

Garder espoir

La Dre Guay estime que les jeunes iront se faire vacciner au cours de l’été. « On sait que chez les groupes plus âgés, ça a pris un certain temps avant de monter à une proportion élevée. C’est la même chose pour les plus jeunes ; il faut leur laisser le temps. »

Dans toutes les régions, des efforts sont déployés pour rejoindre les jeunes, notamment par l’entremise des festivals, des parcs, des centres d’entraînement et des terrains de soccer. « Je ne suis pas complètement découragée. Les jeunes ont une conscience sociale, et il faut leur laisser le temps de prendre rendez-vous et de se faire vacciner », rappelle la Dre Guay.

À ce jour, 6,1 millions de Québécois ont reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19, soit 71 % de la population. Cette proportion grimpe à 82,3 % si on tient compte des 12 ans et plus.

De ce nombre, 3,4 millions de Québécois ont reçu deux doses, soit 39,4 % de la population. Cela représente 45,5 % des 12 ans et plus. La proportion grimpe à 47,5 % si l’on inclut les gens ayant contracté la COVID-19 et ayant reçu une dose.

Le nombre de vaccins administrés quotidiennement oscille généralement autour de 100 000 depuis deux semaines. Ce rythme est suffisant pour permettre au Québec d’atteindre son objectif d’administrer deux doses à 75 % des Québécois de 12 ans et plus d’ici la fin de l’été. En fait, cette cible pourrait même être atteinte dès le début du mois d’août si le rythme de la campagne ne ralentit pas.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a toutefois réitéré son appel aux Québécois à devancer leur deuxième dose. Pas moins de 700 000 rendez-vous pour des deuxièmes doses sont prévus en septembre, soit après la date cible de la fin de l’été. La semaine dernière, Québec a devancé à quatre semaines l’intervalle entre les deux doses.

Nouveaux assouplissements

Ce bilan survient alors que le Québec a assoupli lundi certaines mesures sanitaires. Ainsi, la distanciation physique à respecter, qui était de deux mètres, passe à un mètre dans les lieux publics. Seules les personnes pratiquant des activités sportives ou le chant doivent continuer à garder deux mètres de distance avec les gens ne faisant pas partie de leur bulle.

Depuis lundi, les commerces de détail n’ont plus besoin de limiter le nombre de clients accédant à leurs locaux. Le port du masque ou du couvre-visage demeure toutefois obligatoire à l’intérieur de ceux-ci.