Sa présence se fait sentir au Royaume-Uni et dans le reste du monde

Publié le 27 juin 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Le Royaume-Uni assiste depuis quelques semaines à une augmentation importante du nombre de cas de COVID-19. En cause : le variant Delta, plus transmissible que la souche britannique. Selon plusieurs experts, il n’est pas impossible que le même phénomène se produise au Québec, sauf qu’avec 75 % des personnes pleinement vaccinées, l’impact sur le réseau de la santé serait nettement moindre.

« On remarque qu’avec ce variant, au-delà des contaminations, ceux et celles qui sont hospitalisés sont majoritairement des gens ayant reçu une seule dose ou aucune. C’est quand même rassurant, puisque les gens pleinement vaccinés peuvent l’attraper et le propager, mais au moins ils n’auront pas de complications sévères », indique Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Au Royaume-Uni, on compte actuellement plus de 13 800 nouveaux cas par jour, ce qui représente une augmentation importante par rapport au printemps dernier. Aux mois d’avril et de mai, environ 2000 nouvelles infections étaient recensées en moyenne chaque jour. Le variant Delta, devenu majoritaire dans le pays, représente aujourd’hui 95 % des cas séquencés.

Quant à savoir si le Québec vivra le même genre de situation, Mme Da Silva demeure réaliste. « Il faut espérer qu’on aura plus de 75 % de personnes vaccinées avec deux doses d’ici la fin d’août. Sinon, on va le vivre d’une manière ou d’une autre, oui », répond-elle.

L’experte souligne que les tests rapides antigéniques pourraient constituer une « solution incroyable » pour la protection contre le variant Delta, à l’automne au Québec.

Ça a marché pour de grands concerts en Europe. Ils n’ont fait entrer que ceux qui avaient un test négatif. Et il n’y a pas eu d’éclosions après. C’est une option très forte, surtout qu’on en a des millions qui dorment en entrepôt. Autant les utiliser.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Afin de pouvoir de nouveau autoriser des évènements de masse au cours de l’été, le gouvernement du premier ministre Boris Johnson avait permis la tenue au printemps de neuf grands évènements avec des mesures anti-COVID-19 allégées. Parmi ceux-ci figuraient des matchs de soccer au stade de Wembley, la cérémonie des Brit Awards à l’O2 Arena, la finale de la Coupe du monde de billard et des évènements à Liverpool, dont un rave. Seules 28 personnes sur les 58 000 qui ont participé à des rassemblements de masse au Royaume-Uni dans le cadre de ces essais pilotes ont été déclarées positives au coronavirus, a annoncé vendredi le gouvernement britannique.

Une quatrième « vaguelette » ?

Selon le DAndré Veillette, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Montréal, il est évident que le variant Delta causera à un certain moment une hausse des cas d’infection au Québec. Mais comme la plupart des scientifiques, il ne croit pas non plus qu’elle sera aussi importante que les précédentes.

Je pense qu’on va avoir une quatrième vaguelette probablement, avec de petites éclosions ici et là chez des gens non vaccinés ou incomplètement vaccinés, ou encore chez des gens dont la capacité de protection commence à diminuer avec le temps.

Le DAndré Veillette, professeur à la faculté de médecine de l’Université de Montréal

Le Dr Veillette a bon espoir qu’« avec 75 % de [personnes ayant reçu] deux doses, les gens seront moins malades et la transmission devrait aussi être moindre. Ce ne sera pas un désastre, mais cette éventuelle hausse est inévitable et même normale ».

D’ailleurs, en fin de compte, même si le Québec évitait une quatrième vague plus importante, « ceux et celles qui n’ont pas été vaccinés risquent de manger une claque », tranche le DVeillette, qui est aussi membre du Groupe de travail sur les vaccins du gouvernement fédéral.

L’expert affirme qu’il est « quasiment impossible » que le Québec n’ait que 35 cas du variant Delta à l’heure actuelle, comme le rapportait l’Institut national de santé publique en date du 25 juin. « On est en retard quelque part. Soit la province ne teste pas assez, soit les données sont mal compilées », juge-t-il.

« Ce qu’on a vu comme hausse [au Royaume-Uni] est une recette parfaite. Il y a beaucoup de voyages entre ce pays et l’Inde, d’où a émergé le variant Delta, explique le DVeillette. Et on y utilise beaucoup [le vaccin] d’AstraZeneca, qui s’est révélé moins efficace que le Pfizer contre cette souche. Enfin, comme partout, ils déconfinaient. »

Vigilance face à « une pandémie à deux vitesses »

Pendant ce temps, vendredi et samedi, de nombreux spécialistes et représentants des autorités sanitaires partout dans le monde ont appelé à la vigilance et à la surveillance du variant Delta, qui pourrait selon eux provoquer une recrudescence du virus dès cet été si rien n’est fait pour le contrer précocement.

À Genève, en Suisse, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a souligné la vitesse de diffusion du variant « parmi les populations non vaccinées », alors que l’accès au vaccin reste déséquilibré dans le monde, ce qui crée « une pandémie à deux vitesses ».

PHOTO REUTERS

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé

« Alors que certains pays assouplissent les mesures sociales et de santé publique, nous commençons à voir une augmentation de la transmission dans le monde », a-t-il averti.

Cette progression rapide s’explique par son « avantage compétitif » par rapport aux autres souches : on le juge de 40 % à 60 % plus transmissible que le variant Alpha, lui-même plus contagieux que la souche qui avait causé la première vague en Europe.

Avec l’Agence France-Presse

Progression fulgurante du variant Delta

Le variant Delta poursuit sa propagation fulgurante de par le monde, faisant craindre, malgré les campagnes de vaccination, de nouvelles vagues de la pandémie, qui a déjà fait près de 4 millions de morts. L’Australie a imposé samedi le reconfinement total de la ville de Sydney, aux prises avec une flambée de nouveaux cas de COVID-19 causée par ce variant. Face à cette situation, la Nouvelle-Zélande a suspendu samedi pour trois jours la « bulle aérienne » permettant les vols sans quarantaine avec l’Australie.

Le variant Delta est aujourd’hui présent dans au moins 85 pays, selon l’Organisation mondiale de la santé, notamment en Russie, où Saint-Pétersbourg a annoncé un nombre record de morts. Le Portugal a été le premier État de l’Union européenne à annoncer qu’il était maintenant dominant sur son territoire. Il l’est également au Royaume-Uni et en Afrique du Sud, tandis qu’il représente actuellement de 9 % à 10 % des nouvelles contaminations en France.

Aux prises avec une augmentation « dangereuse et alarmante » du nombre des cas de contamination par ce variant, le Bangladesh imposera un nouveau confinement extrêmement strict à partir de lundi. Et en Afrique du Sud, le variant Delta est aussi à l’origine d’une flambée de nouvelles infections, ont déclaré samedi des scientifiques, tandis que le gouvernement envisage de prendre des mesures supplémentaires. Ce pays a enregistré 18 762 nouveaux cas de COVID-19 samedi, le chiffre quotidien le plus élevé depuis janvier.

Agence France-Presse