La fermeture de la frontière canado-américaine a été de nouveau prolongée, cette fois jusqu’au 21 juillet, a annoncé vendredi le premier ministre Justin Trudeau. Celui-ci a aussi indiqué que les détails sur la fin de la quarantaine à l’hôtel seraient précisés lundi. Quelles seront les exigences vaccinales aux frontières pour les voyageurs canadiens ? Le point en six éléments.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

1. Les voyages non essentiels sont toujours déconseillés par le Canada

Le Canada n’empêche personne de quitter le pays, mais ne l’encourage pas. « L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) continue de recommander aux voyageurs d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur du Canada », est-il indiqué sur le site du gouvernement. Si vous partez à l’étranger – que ce soit pour le travail, une raison familiale, ou comme touriste –, c’est le pays où vous vous rendez qui décide s’il accepte de vous accueillir, et à quelles conditions. Par exemple, le Canada n’autorise pas l’entrée au pays de touristes étrangers, mais les touristes canadiens peuvent aller en France. Si vous êtes citoyen canadien, vous devrez vous soumettre aux exigences en vigueur à votre retour au Canada, soit un test de dépistage PCR négatif avant de prendre l’avion, un autre test à l’arrivée, et une quarantaine.

2. La quarantaine à l’hôtel est toujours en vigueur

Jusqu’à nouvel ordre, toute personne autorisée à entrer au Canada, qu’elle soit vaccinée ou non, doit subir un test de dépistage à l’arrivée et attendre le résultat à l’hôtel. Si le résultat est négatif, le voyageur peut quitter immédiatement l’hôtel pour terminer son isolement de 14 jours à la maison. Bien que ce résultat arrive, très souvent, le lendemain de l’arrivée, un séjour de trois jours à l’hôtel doit avoir été réservé. Le site internet du gouvernement précise que le séjour de trois jours n’est « pas remboursable » même si on quitte l’hôtel plus tôt. Mais certains hôtels acceptent de ne facturer que les nuitées utilisées. À vérifier avant de réserver…

3. Les voyageurs canadiens « pleinement vaccinés » auront bientôt moins de contraintes

On ne sait pas encore exactement à partir de quelle date, mais les citoyens et résidents permanents du Canada « pleinement vaccinés » seront bientôt exemptés du séjour à l’hôtel – ils pourront attendre à la maison le résultat du test de dépistage pratiqué à l’arrivée, et si ce test est négatif, ils n’auront pas besoin de rester en isolement. La mesure devrait être mise en place « début juillet ». Le ministère fédéral des Transports a expliqué jeudi que les voyageurs pourront téléverser leur preuve de vaccination « provinciale » dans l’application ArriveCAN, qui permet d’accélérer les formalités à la douane. Qu’en est-il des preuves vaccinales délivrées par un autre pays ? Il n’est pas encore clair s’il sera possible de les lier dans l’application ou de les présenter à l’agent des services frontaliers à l’arrivée.

4. « Pleinement vacciné » n’a pas le même sens partout

Le diable est dans les détails, et en matière de certificat de vaccination, le diable est partout… Selon le ministère fédéral de la Santé, pour demander d’être exempté de la quarantaine à l’hôtel, il faudra présenter une preuve vaccinale complète, rédigée en français ou en anglais, ou accompagnée d’une traduction officielle si elle est rédigée dans une autre langue. Le voyageur doit avoir été « pleinement vacciné » par l’un des quatre vaccins actuellement homologués au Canada, soit Pfizer-BioNtech, Moderna, AstraZeneca ou Janssen. Simple ? Oui… et non. Au Québec, les personnes qui ont fait la COVID-19 ne reçoivent qu’une seule dose et sont considérées comme « pleinement vaccinées » (voir autre texte). Seront-elles exemptées de la quarantaine à l’hôtel ? Mystère. Et prenez notre lectrice Diane Camire, qui a reçu deux doses du vaccin Sinovac en République dominicaine cet hiver. À son retour au pays, elle a pu faire inscrire ses doses au Registre de vaccination du Québec en conformité avec les règles établies par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et a reçu une preuve vaccinale avec code QR. Est-ce que les douaniers canadiens accepteront sa preuve de vaccination québécoise d’un vaccin non homologué au Canada ? Mystère, mystère…

5. Les familles ne seront pas séparées, mais…

Pour les Canadiens majeurs et entièrement vaccinés, les critères se précisent. Mais qu’en est-il de leurs enfants ? De leurs conjoints non canadiens ? Devront-ils aller à l’hôtel ? Pourront-ils être exemptés de la quarantaine ? Ce n’est pas encore clair. Le 11 juin, la Dre Theresa Tam indiquait « qu’évidemment, les enfants ne peuvent pas être séparés de leurs parents ». Mais aussi que « quiconque n’est pas vacciné devra rester en quarantaine plus longtemps », a-t-elle évoqué, « et il pourrait y avoir des protocoles différents selon les membres d’un groupe ». Vendredi, en conférence de presse, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas apporté de réponse plus précise, mais a rappelé que les enfants, s’ils sont moins malades, peuvent aussi transmettre la COVID-19. À suivre lundi…

6. En attendant, les Canadiens (vaccinés ou non) sont accueillis (presque) partout

Et pendant qu’on s’inquiète de la nécessité d’avoir un « passeport vaccinal » pour pouvoir voyager, les règles s’assouplissent déjà pour recevoir les Canadiens… vaccinés ou non. Par exemple, les États-Unis interdisent l’entrée au pays des personnes qui ont fréquenté certains pays, comme l’Inde, la Chine, le Brésil, le Royaume-Uni et la plupart des pays d’Europe, mais pas le Canada. Les Canadiens ne peuvent entrer par la frontière terrestre, mais peuvent prendre l’avion sans devoir être vaccinés. Ils doivent aussi fournir un résultat de test négatif et respecter les consignes sanitaires de l’État où ils se rendent. La France accueille désormais les Canadiens, vaccinés ou pas, sans quarantaine – ceux qui ne sont pas vaccinés doivent fournir un résultat de test négatif. Au Royaume-Uni, le test de dépistage et une quarantaine de 10 jours sont en vigueur à l’arrivée. L’Australie et la Nouvelle-Zélande demeurent fermées à tous les touristes étrangers.

« Guéris » de la COVID-19 : une dose de plus pour un casse-tête de moins ?

Christian Drainville fait partie de ces 373 000 Québécois qui ont reçu un test positif à la COVID-19 depuis le début de la pandémie. Et comme tous ceux dans la même situation qui sont allés se faire vacciner, il s’est fait dire qu’il n’aurait pas besoin de recevoir une deuxième dose puisque son infection à la COVID-19 équivalait à une « première dose ». Il est donc, aux yeux des autorités de santé publique, un Québécois « pleinement vacciné ».

Fort bien. Mais les scientifiques et la Santé publique ne gèrent pas les frontières. Est-ce que sa protection vaccinale à une dose sera suffisante aux yeux des nombreux douaniers des pays qu’il doit visiter dans le cadre de son travail ? À commencer par les douaniers canadiens, à son retour au pays ?

Là, c’est beaucoup moins évident.

« Il ne semble pas encore clair si les personnes qui ont guéri de la COVID et qui ont reçu une seule dose pourront revenir au pays sans quarantaine à l’hôtel », souligne notre lecteur. « Je ne sais pas encore quels pays exigeront un passeport vaccinal et, le cas échéant, si une seule dose de vaccin pour les personnes ayant eu la COVID sera considérée comme une vaccination complétée. »

M. Drainville n’a pas voulu courir de risque. Ainsi, lorsqu’il est allé recevoir sa première dose de vaccin, à la fin mai, il a insisté pour avoir une date de rendez-vous pour une deuxième dose. Le préposé à l’inscription a d’abord refusé de lui donner une date, en conformité avec les consignes en vigueur. Devant l’insistance de M. Drainville, une infirmière a été appelée pour trancher la question et, finalement, une date de deuxième dose lui a été accordée.

De très nombreux lecteurs dans la même situation jonglent avec l’idée d’aller chercher une deuxième dose, essentiellement pour les mêmes raisons que Christian Drainville. « J’aimerais voyager à la fin de l’été et ma destination requiert une preuve que j’ai reçu les deux vaccins », écrit Lauriane Lamothe. « Sur le code QR que nous avons reçu, il est indiqué que nous avons eu une dose, mais ce n’est pas indiqué que nous avons eu la COVID-19 », note Jacques Brien.

Recevoir ou pas une deuxième dose quand on a eu la COVID-19 ? La réponse dépend de la personne à qui on pose la question.

Les experts en immunologie sont généralement unanimes : la littérature scientifique a démontré que la réponse immunitaire après une seule dose de vaccin chez ces « guéris de la COVID » est excellente. Elle équivaut à celle qu’obtiennent ceux qui n’ont jamais attrapé la COVID-19 après deux doses. C’est pourquoi le Comité d’immunisation du Québec (CIQ) est d’avis qu’une seule dose est suffisante, particulièrement dans le contexte d’un approvisionnement limité en vaccins. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a suivi cette recommandation. D’ailleurs, les statistiques sur les Québécois adéquatement vaccinés incluent désormais les personnes guéries qui ont reçu une dose.

(À noter que cette recommandation ne s’applique pas aux personnes qui ont reçu un test positif APRÈS avoir reçu la première dose. « On manque de données scientifiques sur l’immunité de ces personnes », dit le DNicholas Brousseau, président du CIQ. « C’est pourquoi on recommande que ces personnes reçoivent les deux doses. »)

Proportion de Québécois de 12 ans et plus entièrement vaccinés

Deux doses : 16,9 %

En incluant les personnes qui ont un antécédent de COVID-19 et qui ont reçu une dose : 19,2 %

Source : INSPQ, en date du 17 juin

La science nous a aussi appris qu’il n’est pas « dangereux » d’administrer deux doses de vaccin à quelqu’un qui a eu la COVID-19, même si le risque de souffrir de réactions indésirables après cette deuxième dose est plus élevé. Les chercheurs en immunologie, comme Andrés Finzi de l’Université de Montréal, s’intéressent maintenant à la durée de l’immunité procurée par une infection passée à la COVID-19 et une dose de vaccin. « Malgré leur protection, ça ne veut pas dire que ces personnes n’auront pas besoin un jour d’une dose de rappel, dit-il. On cherche à savoir quel est le meilleur moment pour leur donner cette deuxième dose. »

La science et la politique

Au Canada, le Comité consultatif national d’immunisation (CCNI) penche pour une stratégie à deux doses pour tout le monde, pas tant pour assurer une meilleure immunité que pour éviter de créer la confusion dans la communication. De fait, plusieurs provinces distribuent automatiquement deux doses aux « guéris » de la COVID-19.

Mais si on souhaite profiter des avantages d’être « pleinement vacciné », il faut étudier les règles en vigueur selon le pays où on voyage. À titre d’exemple : la France (qui distribue aussi une seule dose à ceux qui ont eu la COVID-19) accepte déjà de recevoir sans quarantaine tous les Canadiens, vaccinés ou pas. Les États-Unis, qui recommandent les deux doses à tout le monde, permettent aux personnes « entièrement vaccinées » d’éviter de se soumettre à un test de dépistage lorsqu’elles voyagent à l’intérieur du pays.

Au MSSS, on reconnaît que pour le moment, la preuve de vaccination électronique avec code QR « ne fait pas état de la notion d’avoir fait la maladie ou non, ou de la notion d’être adéquatement vacciné ». Néanmoins, « ces informations seront ajoutées au cours des prochaines semaines », indiquent ses porte-parole.

On promet aussi que « les personnes qui, après consentement éclairé, souhaitent quand même recevoir deux doses de vaccin après avoir fait la COVID-19, pourront obtenir un rendez-vous pour une deuxième dose ».