Les personnes, souvent âgées, qui se présentaient mercredi après-midi à la clinique de vaccination du Carré Décarie ont dû s’armer de patience. Certains ont dû patienter près de deux heures pour recevoir leur injection. Un contretemps causé en partie par une nouvelle directive qui invite certains usagers incapables de devancer leur deuxième dose en utilisant le portail Clic Santé à se présenter en personne dans une clinique de vaccination.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Vers 14 h 30, environ 300 personnes qui avaient pris rendez-vous attendaient dans les corridors du centre commercial Carré Décarie dans un certain chaos. Une poignée de chaises étaient disponibles pour que ces personnes, dont plusieurs semblaient âgées de plus de 70 ans, puissent se reposer en attendant.

Sylvia Venditti était sur place avec sa mère de 91 ans qui avait devancé sa deuxième dose. Complètement à l’arrière de l’imposante file d’attente, Mme Venditti s’expliquait mal « le manque d’organisation ». « Il y a des gens partout. Plusieurs lignes… Comment va-t-on savoir que c’est notre tour ? », demandait-elle. Monique Savage était pour sa part parvenue à devancer sa deuxième dose sur la plateforme Clic Santé, mardi matin. « La journée était totalement libre aujourd’hui. Je ne m’attendais pas à ça ! », a dit la dame en pointant l’imposante file d’attente.

Vers 15 h, un gardien de sécurité invitait les personnes ayant un rendez-vous à 13 h 30 à s’avancer un peu plus loin. Plusieurs personnes munies de marchettes et de cannes se déplaçaient tranquillement. Certains cachaient mal leur frustration alors que les gardiens de sécurité s’époumonaient en demandant aux gens de respecter la distanciation de deux mètres. On soulignait aussi que l’attente n’avait pas été aussi importante pour la première dose.

Au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, on explique que l’importante affluence constatée au Carré Décarie mercredi découle en partie du fait que les gens qui ont essayé de modifier leur rendez-vous en ligne sur la plateforme Clic Santé, mais qui ont obtenu un message d’erreur, ont été invités depuis mercredi à se présenter en personne dans une clinique de vaccination sans rendez-vous de leur région pour corriger leurs informations.

Depuis lundi, des personnes admissibles au devancement de leur deuxième dose éprouvent des difficultés à effectuer l’opération sur le web.

La plateforme de Clic Santé fonctionne, explique le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Mais dès qu’une erreur a été commise dans l’entrée de données lors de la première prise de rendez-vous, les gens sont incapables de devancer leur deuxième dose sur le web.

À la clinique du Carré Décarie, Theodora, 72 ans, a justement expliqué à La Presse avoir été en mesure de devancer la deuxième dose de sa mère Tamara, 91 ans, qui sera vaccinée jeudi. « Mais j’ai été incapable de retrouver mon dossier par Clic Santé », dit-elle.

Elle a appelé la ligne de soutien téléphonique, où on lui a dit de se rendre en personne à la clinique de vaccination pour régler son dossier. Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal dit avoir « donné des tickets avec une heure à laquelle revenir pour le vaccin ». « Mais plusieurs ont décidé de rester dans la file », ce qui explique l’engorgement constaté, indique le CIUSSS.

Québec élargit son offre de cliniques sans rendez-vous

Mercredi après-midi, le ministère de la Santé a annoncé qu’il élargissait son offre de cliniques sans rendez-vous pour faciliter l’administration de la deuxième dose chez les Québécois qui veulent devancer la date de leur injection.

Le MSSS admet que « certaines personnes ont eu quelques difficultés sur Clic Santé et n’ont pu devancer leur rendez-vous » depuis le déploiement de cette nouvelle étape de la campagne de vaccination, le 7 juin. Selon le MSSS, la situation est « probablement due à une disparité dans les renseignements personnels ou des informations manquantes lors de la prise de rendez-vous de la première dose ».

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a souligné que plus de 200 000 personnes avaient devancé leur rendez-vous depuis lundi, dont 100 000 personnes mercredi. « Au total, 3 millions de personnes pourront devancer leur rendez-vous dans les prochaines semaines. Comme on le fait depuis le début, on suit ce qui se passe sur le terrain et on corrige le tir quand nécessaire », a-t-il indiqué sur Twitter.

Le MSSS indique que les personnes qui n’arrivent pas à s’inscrire en ligne pour devancer l’administration de leur deuxième dose peuvent se rendre dans une clinique sans rendez-vous pour corriger les renseignements erronés et obtenir la seconde dose, si le vaccin reçu en première dose est offert. Le MSSS confirme par ailleurs que l’offre de service de cliniques sans rendez-vous sera élargie pour rendre ce type de clinique accessible dans chaque région. L’autre possibilité est de conserver sa date de rendez-vous initiale, écrit-on.

Les CISSS et CIUSSS seront responsables d’élargir leur offre. Mercredi après-midi, le CIUSSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a justement annoncé qu’il élargirait son offre de cliniques sans rendez-vous et augmenterait leurs heures d’ouverture dès jeudi.

À ce jour, 643 000 Québécois ont reçu leur deuxième dose, soit 7,5 % de la population. Le Québec doit administrer 5 millions de deuxièmes doses d’ici la fin d’août pour atteindre son objectif de couvrir 75 % des 12 ans et plus. Cela représente un rythme de 59 200 doses par jour. À l’heure actuelle, le Québec administre en moyenne 23 000 deuxièmes doses par jour, soit le quart des doses administrées quotidiennement. Cette proportion grimpe toutefois rapidement.

Moderna arrive

Pour l’heure, il est possible de devancer sa deuxième injection pour ceux ayant reçu une première dose du vaccin Pfizer. Ottawa a confirmé mercredi que le Canada recevra 7 millions de doses du vaccin Moderna d’ici à la fin du mois de juin. « Grâce à cette annonce, nous pourrons devancer rapidement les deuxièmes doses de ceux qui ont reçu Moderna », a indiqué le ministre Dubé, également sur Twitter.

« Nous attendons les détails du fédéral pour le nombre de doses. Dès que nous aurons les confirmations, nous donnerons les indications pour devancer les rendez-vous de ceux qui le désirent », a-t-il ajouté.

Quant à ceux qui ont reçu le vaccin AstraZeneca en première dose et qui souhaitent garder le même vaccin pour la deuxième dose, il est possible de se rendre à une clinique sans rendez-vous, ou de devancer son rendez-vous sur Clic Santé – certaines plages ont été ouvertes récemment, confirme le MSSS. Par contre, pour ceux qui veulent changer pour un vaccin à ARNm, il n’est pas possible pour le moment de devancer son rendez-vous. « L’interchangeabilité des vaccins sera possible à la fin du délai de 16 semaines, indique le Ministère. Ainsi, une personne ayant reçu une première dose du vaccin AstraZeneca doit attendre son rendez-vous fixé à 16 semaines après la première dose, si elle souhaite obtenir le vaccin Pfizer en seconde dose. »

Mercredi, la province a enregistré 178 nouveaux cas de COVID-19, et 8 décès. Les hospitalisations poursuivent leur baisse, et on en dénombrait mercredi 257, une diminution de 6 comparativement à la veille. Le nombre de patients aux soins intensifs n’a pas bougé, demeurant à 60.

En ce qui a trait à la vaccination, 74 208 doses avaient été administrées dans les 24 dernières heures.

Avec Pierre-André Normandin, Mélanie Marquis et Judith Lachapelle, La Presse, et La Presse Canadienne