« Je suis bien contente, parce qu’on était bien tannées ! », s’exclame Francine Desrochers, locataire de la résidence du Jardin Botanique, qui célèbre ses 70 ans alors que le milieu de vie se déconfine enfin. Son cadeau : la liberté, ou presque.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Depuis lundi, les mesures d’assouplissement se mettent en place dans les résidences privées pour aînés (RPA) de la province en fonction de leur palier de déconfinement. Dans les salles à manger, des groupes de taille variable selon les zones peuvent désormais manger ensemble, sans mesures de distanciation. Les visites sans rendez-vous sont aussi permises, une personne à la fois en zone rouge et jusqu’à neuf personnes en zone verte. Pour ce qui est des sorties, elles sont maintenant autorisées pour les résidants sans besoin d’observer de quarantaine à leur retour. Ils devront cependant se plier aux mêmes règles que la population en général.

Dans la salle commune de la résidence du Jardin Botanique, située sur le boulevard Pie-IX à Montréal, une dizaine de dames jouent une partie de bingo, assises à des tables éparpillées et séparées par des plexiglas. Elles en profitent pour chanter « bonne fête » à Francine Desrochers, au grand dam de cette dernière, qui aurait préféré éviter l’attention.

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Francine Desrochers (en turquoise) célébrait lundi son 70e anniversaire.

La résidence du Jardin Botanique a été l’une des rares épargnées par la pandémie. Les mesures sanitaires n’ont pas été plus faciles à supporter pour autant, indique la directrice générale, Chantal Pelletier. Parmi les histoires qui l’ont touchée, celle de la doyenne de l’établissement, Mme Cécile Inglis, qui a traversé la barre des 100 ans sans ses enfants, puisque les visites étaient limitées et que ceux-ci résidaient en Colombie-Britannique. « C’est sûr que de retrouver une certaine normalité, toute minime soit-elle, ça va leur faire beaucoup de bien », souligne la directrice de l’établissement.

La vie quotidienne reprend

Les trois grandes soirées de bingo hebdomadaires pourront donc finalement reprendre à la résidence du Jardin Botanique, à raison de 25 personnes à la fois, soit le nombre maximal que peut contenir la salle commune en respectant la distanciation physique.

Autre changement attendu : le retour à une salle à manger pleine. Depuis octobre, deux services étaient requis le midi pour servir tout le monde en respectant les mesures sanitaires et pour le souper, chacun prenait son repas « pour emporter ». Or, dès mercredi, ils pourront se réunir à quatre par table, de logements différents.

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Chantal Pelletier

Partager un repas, c’est une activité. Surtout en résidence. La nourriture, c’est quelque chose qui reste, donc c’est important.

Chantal Pelletier, directrice générale de la résidence du Jardin Botanique

La messe reprendra aussi sa place les vendredis, tandis que les têtes retrouveront leur pimpant grâce aux bons soins de Brigitte, la coiffeuse à domicile de l’établissement qui ne pouvait plus faire de visite depuis près de 10 mois.

Le retour des visiteurs

Dans la salle commune, les résidantes discutent surtout de leurs envies de sorties, sans quarantaine au retour. Interrogée sur ce qu’elle fera lors de sa première escapade, la fêtée, Mme Desrochers, pince-sans-rire, affirme sans ambages : manger des cuisses de grenouille au restaurant.

À la table d’à côté, Claire Lavoie a aussi hâte de pouvoir s’évader. Pour elle, théâtre et cinéma seront la priorité, suivis d’un bon restaurant. « Dans la dernière année, je suis sortie pour aller faire des commissions, c’est tout », déplore celle qui a fait une carrière de finisseuse dans la fourrure.

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Claire Lavoie, locataire de la résidence du Jardin Botanique, après sa victoire au bingo

Accueillir des visiteurs, en dehors des deux personnes considérées comme « aidants naturels », est l’autre bonne nouvelle du jour. En face de Mme Desrochers, celle qu’on surnomme « Mimi » n’a pas vu sa famille depuis plus d’un an. « Je vais enfin pouvoir regarder le hockey avec ma fille », se réjouit Mme Lepage, qui suit les séries éliminatoires avec passion. « Mais on ne parlera pas de hockey ici, précise Mme Desrochers, parce qu’on risque de se chicaner ! »

« Bingo ! », s’écrie Mme Lavoie à la fin de la partie. Que ce soit le bracelet qu’elle vient de gagner ou les assouplissements aux mesures sanitaires, son sourire rayonnant fait espérer que l’arc-en-ciel des paliers de déconfinement continue de se déployer en direction du vert.